Levothyrox : l'absence de communication accentue la crise
Un premier stock de Lévothyrox a bien été injecté sur le marché marocain. Mais en l'absence de communication et d'un plan de gestion de crise, les patients restent pris de panique et n'hésitent pas à constituer des réserves à leur niveau, accentuant ainsi la pénurie sur le marché.
Le Lévothyrox, médicament pris à vie par des patients atteints de troubles de la thyroïde, est en rupture de stock depuis plus d’un mois.
Le 16 juillet dernier, le ministère de la santé a publié un communiqué affirmant qu’en coordination avec le distributeur et le producteur du Lévothyrox, un stock disponible de ce produit vital a été injecté sur le marché.
Une semaine plus tard, Medias24 a cherché à savoir si la situation s’est réellement rétablie. Mais les sons de cloche diffèrent selon les interlocuteurs.
Selon un pharmacien d'officine, "il n’y a rien de nouveau". Il ne constate aucun changement depuis la publication du communiqué.
Même son de cloche auprès d'un médecin endocrinologue qui nous affirme "qu’il n’y a toujours pas retour à la normale". Selon ce médecin qui est en contact avec les patients, "une partie des malades ont une réserve, d'autres s'aident les uns les autres et les plus démunis sont abandonnés à leur sort".
l'Ordre des pharmaciens: "La situation est correcte, sans plus"
Le président de l’ordre des pharmaciens, Hamza Guedira nous affirme pour sa part, "que les choses évoluent correctement. Un premier stock a été mis à la disposition des pharmaciens qui restent néanmoins obligés de limiter les ventes ».
Selon notre interlocuteur, nous ne sommes pas loin d’un retour à la normale. "En général, la situation est correcte", nous dit-il, sans plus de détails.
Mais quand on l'interroge sur les quantités mises sur le marché, le plan de distribution adopté, ou encore les consignes communiquées, il n’a pas d’informations et il nous renvoie au ministère de la santé.
Contacté, le directeur du Médicament et de la Pharmacie a promis de nous rappeler pour nous communiquer les éléments demandés, sans donner suite à l’heure où nous publions.
De son côté, le fabricant Merck nous a répondu sans donner de chiffres précis. Il affirme qu’un "réapprovisionnement graduel commencera à partir de la fin de ce mois et visera une reconstitution optimale des stocks au courant de l’année 2019". Le Laboratoire ajoute qu’afin "d’assurer une disponibilité équitable pour tous les patients, nous recommandons que la dispensation du médicament se fasse uniquement pour l’équivalent d’un mois de traitement pour les semaines à venir".
Les dosages suivants sont concernés : le Levothyrox 25µg, le Levothyrox 50 µg et le Levothyrox 100µg.
Au niveau international, le Laboratoire assure avoir pris des mesures urgentes pour contenir la situation à savoir :
- Augmenter la capacité de production, afin de répondre à cette augmentation accrue de la demande au niveau mondial aussi rapidement que possible.
- Atténuer les effets à court terme en surveillant de près le niveau des stocks du Levothyrox sur tous les marchés mondiaux afin d'ajuster l'offre à la demande de chaque pays et de limiter ainsi, autant que possible, l'impact au niveau des patients.
Aucune communication à l’égard des malades
Si le producteur du Lévothyrox travaille en concertation avec le ministère pour contenir l’ampleur de la crise sur le marché marocain en injectant des quantités pour combler les besoins, aucun effort de communication n’est fait à l’égard des patients pour les rassurer avec des données précises et fiables.
Quelle quantité est actuellement disponible sur le marché marocain ? Quel plan de distribution a été adopté pour couvrir le pays ?
Quelles officines ont été approvisionnées ? Comment le patient peut-il savoir quelle pharmacie dispose du produit sans devoir faire le tour de la ville ?
L’absence d’information accentue la crise sur le marché. Pris de panique, et en manque de visibilité, les patients qui trouvent une pharmacie qui dispose du produit, achètent en quantité privant d’autres patients du produit à court terme.
Cela renvoie à l’absence d’un système d’information permettant un monitoring en temps réel des médicaments essentiels tels que le Lévothyrox.
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