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CULTURE

Mohamed Amin Benamraoui, réalisateur d'Adios Carmen: “Après Tanger, c'est le bonheur total”

Après que son long-métrage ait reçu deux prix à l’occasion du Festival national du film de Tanger, le réalisateur revient sur le tournage, le film, entièrement tourné en rifain, et la place de la culture du Nord du Maroc.  

Mohamed Amin Benamraoui, réalisateur d'Adios Carmen: “Après Tanger, c'est le bonheur total”
Jamal Amiar
Le 19 février 2014 à 11h16 | Modifié 19 février 2014 à 11h16

Né en 1970 à Zghanghan (Nador) et ayant vécu à Nador jusqu'à la fin de ses années études secondaires en 1988, Mohamed Amin Benamraoui est parti en Belgique cette année-là pour y rejoindre sa mère et  poursuivre des études de sociologie.

Benamraoui, qui a vécu avec sa grand-mère à Nador, et a été témoin des émeutes et des violences de 1984 à Nador, a réalisé un film en rifain qui a agréablement surpris par son scénario, sa maîtrise technique et sa rigueur intellectuelle. Le public, la presse et les professionnels présents à Tanger pendant le 15ème Festival national du film ne s'y sont pas trompés. Il a remporté deux prix : celui du premier film et celui du second rôle masculin.

Un premier film et déjà les premières récompenses, qu'est-ce que cela vous fait?

Je ne me rends pas encore compte de ce qui m'arrive. Cela m'a bouleversé d'avoir reçu une telle ovation du public et d'avoir rencontré un public si sensible et si chaleureux, la presse, les jeunes, les amis, les autres réalisateurs. Cette reconnaissance est très importante et elle me touche.

Avec les prix que j'ai obtenu dont celui du premier film et le fait que beaucoup de gens auraient aimé me voir obtenir le Grand prix du jury, je ne peux qu'être satisfait. Il y a eu une reconnaissance pour le jeu des acteurs. Pour moi, c'est le bonheur total. C'est aussi la reconnaissance d'une région et d'une culture et d'un vivier d'acteurs et de comédiens.

En parlant de la région justement, quel est votre rapport avec le Rif, mais aussi avec le Maroc et la Belgique?

Le film se déroule en rifain. Moi j'ai quitté Nador après mon bac. J'ai eu la chance de vivre avec ma grand-mère qui m'a initié à la culture et à un regard culturel sur les choses. Elle me racontait des contes. Ses connaissances linguistiques et culturelles étaient impressionnantes. Mes frères qui étaient partis vivre en Belgique avec ma mère lorsque moi je suis resté à Nador, n'ont pas eu ce privilège. J'étais "dépassé" par ce que ma grand-mère savait et ce qu'elle m'apprenait. Je me disais "il y a quelque chose à faire avec ça".

J'ai aussi eu la chance à la fin des années 70 d'être au bon endroit au bon moment avec une renaissance de la musique et de la culture rifaines avec des musiciens comme Benaâman, Mimoun... J'ai été bercé là-dedans et j'ai milité pour la reconnaissance de la langue et de la culture.

Le fait que j'ai rencontré Carmen et qu'elle m'a fait découvrir le cinéma bollywoodien m'a ouvert les yeux, sans compter les navets italiens de l'époque et les différentes versions de Dracula, les Charlie Chaplin. Tout cela je m'en souviens très bien.

Lorsque je suis allé étudier en Belgique et que j'ai retrouvé ma mère et mes frères, j'ai réalisé que j'étais le seul à pouvoir chanter des chansons en rifain. La culture c'est important pour l'évolution, pour la communication et pour comprendre les autres. Cela m'a été très utile durant mes études en Belgique pendant lesquelles j'ai fait du travail social avec les jeunes Marocains dans les quartiers et dans le théâtre.

Peut-on dire que votre rapport au Maroc est votre rapport au Rif ?

Pour moi le Rif est une des richesses du Maroc et en vivant à Bruxelles j'ai découvert toutes les richesses du Maroc ! J'ai aussi vu et appris comment les Flamands et les francophones vivent ensemble avec des cultures différentes, comment ils échangent.

Mais sur le plan politique les relations entre Flamands et francophones ne sont pas forcément un bon exemple?

C'est vrai par moments. Mais moi je vois le côté résistance et affirmation culturelles. Les politiques s'affrontent peut-être, mais les acteurs culturels coopèrent.

Il y a des coproductions cinématographiques, des coproductions théâtrales.

Votre rapport à la Belgique, ce sont les études, votre mère, le cinéma?

La Belgique a toujours été associée à ma mère car je devais toujours la rejoindre.

Lorsque je suis arrivé en Belgique, j'ai fait d'autres connaissances, j'ai eu accès à d'autres façons de penser. J'ai eu accès à un répertoire de cinéma, à une cinémathèque importante et cela me manquait au Maroc. Internet n'existait pas encore. Bruxelles est également l'une des villes européennes, voire la ville d'Europe avec le plus grand nombre de théâtres rapportés au nombre d'habitants.

Comment avez-vous découvert le cinéma?

D'abord avec Carmen à Nador. Pour moi c'était une découverte et un réconfort. Je vivais avec ma grand-mère, ma mère était partie en Belgique. Vers 10, 11, 12 ans, j'ai commencé à me dire que je ferais bien du cinéma plus tard.

Donc même si je suis d'abord allé faire "socio", cela me permettait de mieux saisir mon environnement. Mais mon intérêt était dans le cinéma.

Pour ce premier long-métrage, qu'avez-vous trouvé de plus difficile : écrire le scénario, diriger les acteurs ou organiser la technique et la logistique?

J'essaie de me former, de voir beaucoup de films avec un principe : sur le tournage, j'aime sentir la vie. Je travaille avec les acteurs de manière naturelle et authentique. Ensuite j'adapte ma manière de diriger aux acteurs, à leurs rôles, à leur place dans le film.

Pour ce film, j'ai aussi choisi des acteurs que je connais personnellement afin de m'assurer d'une bonne communication. Comme plusieurs de mes acteurs ont une première expérience au théâtre, ils ont tendance à surjouer. Donc l'une des choses que je devais faire était d'attirer l'attention sur ce biais, changer certains réflexes. Cela a demandé des séances de répétition.

Le film est sorti du festival de Tanger avec plusieurs prix. Que va-t-il se passer maintenant?

Je suis en contact avec une distributrice marocaine connue et qui a adoré le film. Il devrait donc bientôt sortir au Maroc, et pour moi c'est un rêve. Pour moi, le défi c'est de faire découvrir et aimer au public marocain qui ne parle pas et ne comprend pas le rifain, mon film. Il y a une région, une culture, une langue à faire découvrir. Ce sera intéressant à suivre. Plusieurs festivals en Europe sont également à mon programme.

 


 

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Tags : Sebta
Jamal Amiar
Le 19 février 2014 à 11h16

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