Des milliers de Marocains pris au piège libyen
La communauté marocaine installée en Libye a le sentiment d’être abandonnée à son sort. Le personnel diplomatique s’est replié en Tunisie et de nombreux immigrés sont bloqués sur place faute de pouvoir se rendre en sécurité à la frontière tuniso-libyenne.
«Face à la déliquescence des autorités libyennes en charge de la sécurité, nous n’avons eu d’autre choix que de rapatrier en Tunisie tout notre personnel diplomatique et consulaire».
C’est par ces termes qu’une source autorisée du ministère des Affaires étrangères explique le retrait de ses diplomates de Libye, malgré le fait que les Marocains sont nombreux et que leurs besoins sont immenses, à commencer par les documents administratifs ou le renouvellement de passeports périmés indispensables pour quitter le pays.
«L’absence de structures étatiques en Libye et la peur que notre personnel diplomatique ne soit victime d’un attentat nous a conduit à nous replier sur la Tunisie qui est frontalière avec la Libye».
Interrogé par notre rédaction, Rachid El Moura, consul marocain à Benghazi installé à Tunis, affirme que les expatriés marocains ne sont pas pour autant abandonnés à leur sort.
«Ceux qui souhaitent regagner le Maroc sont entièrement pris en charge au niveau de la frontière tuniso-libyenne de Ras Jedir». Sous l’égide de ce consul, une cellule de crise a été mise en place pour les accueillir et les diriger vers Tunis afin de rentrer au Royaume.
«Nous sommes présents au poste frontière pour venir en aide à nos concitoyens et délivrer des laissez-passer à ceux dont les passeports ont expiré. Pour les démunis, nous assurons toutes les dépenses comme la nourriture, les frais d’hébergement et même le billet d’avion vers le Maroc. Entre août et février 2015, nous avons totalement pris en charge 1.800 de nos concitoyens sans le sou sur un total de 5.600 rapatriements effectués».
Oui, mais comment atteindre la frontière? Et si on l’atteint, comment la traverser si votre passeport est périmé?
Actuellement, le flux journalier de retour au poste frontalier tuniso-libyen, compris entre 10 et 100 Marocains en fonction de la virulence des attaques terroristes et des conditions de sécurité pour faire le trajet.
A la question de savoir combien de Marocains sont toujours présents en Libye, nos interlocuteurs ont été incapables de répondre avec précision car aucune statistique officielle n’est disponible. Aucune source n’a été capable de nous fournir un chiffre précis, même à Rabat.
«Avant la révolution de 2011, la communauté marocaine était estimée à 80.000 migrants installés en Libye mais nombre d’entre eux sont rentrés au Maroc. Ce qui est sûr, c’est qu’il en reste quelques dizaines de milliers mais seule la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) pourrait faire le calcul restant car nous n’avons pas effectué de décompte».
Une communauté fataliste vivant dans la peur
Installée depuis 40 ans dans la ville de Tripoli, Madame L. M. nous déclare a contrario que les diplomates marocains ont déserté il y a un mois le terrain libyen du jour au lendemain sans crier gare et sans prévenir nos concitoyens. Ils se sont volatilisés, accuse-t-elle, jointe par Médias 24 par téléphone.
«Ils n’ont prévenu personne de leur brusque repli en Tunisie et nous sommes choqués par leur comportement car nous avons désormais l’impression d’être seuls au monde».
Selon elle, de nombreux Marocains se sentent bloqués sur place car ils ont des documents de voyage périmés et ne veulent pas prendre le risque de se faire refouler par les Tunisiens. Elle poursuit que même ceux qui ont un passeport en règle ont peur d’effectuer le voyage par route jusqu’à la frontière tuniso-libyenne à cause des «milices armées qui dépouillent tout ce qui bouge».
Même si le Maroc a été avec l’Italie un des derniers pays à maintenir sa présence diplomatique, notre interlocutrice qualifie ce retrait d’anormal car nombre de Marocains ne veulent pas quitter la Libye et ont besoin d’être soutenus par un consulat ou une ambassade.
Ils refusent de quitter ce pays car «ils ne sont pas assurés d’y revenir avec le prix du visa libyen compris entre 800 et 1.000 dollars dont la Majorité des marocains est incapable de s’acquitter »
«La plupart de nos expatriés sont des petites mains travaillant comme domestiques et ouvriers qui ne veulent pas perdre leur gagne pain et rentrer dans leur pays sans perspectives aucunes.
Ces irréductibles doivent faire face à des coupures de courant de 14 heures par jour, aux pénuries d’essence, à la flambée des prix des produits alimentaires multipliés par 5 en un an sans parler des bombardements et des attaques armées. .
Malgré l’anarchie régnante et le départ de leurs représentants diplomatiques, ils restent stoïques et fatalistes car ils refusent de rentrer au Maroc, «une main devant, une main derrière».
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