Les dernières annonces de la Samir suscitent un scepticisme général
Les dernières annonces faites par Cheikh Al-Amoudi, P-DG et actionnaire majoritaire de la Samir sont accueillies avec un grand scepticisme par les différents partenaires du groupe Samir. Désormais, c’est la gouvernance qui détermine le destin de cette entreprise.
Cette semaine, commenceront les travaux pour définir une nouvelle organisation avec une nouvelle gouvernance du groupe Samir. Derrière cette annonce, se profile en fait l’essentiel: personne ne fait plus confiance à la direction actuelle.
Al-Amoudi, P-DG et actionnaire majoritaire, Ba-Amer, DG de la Samir, sont grillés sur la place de Casablanca. Seuls les incorrigibles naïfs continueront à faire confiance à leurs promesses.
Un professionnel de la place commente: “ils sont à la tête d’une galaxie de sociétés, mais ils n’ont jamais fait entrer un centime au Maroc, ni sorti un centime de leurs poches. Tout a été financé soit à crédit (bancaire ou fournisseur), soit en pompant la trésorerie des entreprises. Par contre, ils ont transféré vers l’étranger 7 milliards de DH de dividendes et pas seulement, et ont financé l’acquisition initiale à crédit“.
La société a perdu [résultat net consolidé déclaré] 2,5 milliards de DH en 2014. Pour le premier semestre 2015, la perte est de 2,2 MMDH. La raffinerie est à l’arrêt depuis le 6 août 2015.
A la bourse de Casablanca, la cotation est suspendue depuis le 6 août 2015. Le dernier cours était de 127,80 DH, se rapprochant vertigineusement des 100 DH fatidiques, ceux de la valeur nominale. Sans la suspension de la cotation, effectuée à la demande du CDVM, l’action aurait plongé en dessous des 100 DH. L’action a perdu 82% de sa valeur depuis début 2012.
Les dettes à l’égard des seules banques marocaines étaient de 8,5 milliards de DH début septembre. A l’égard de la douane, 13 MMDH. Et à l’égard de l’Etat, 2 MMDH supplémentaires, (hors douane).
La quasi-totalité des fournisseurs, au Maroc et à l’étranger, détiennent des créances qui se sont accumulées au fil des promesses généralement non tenues.
Plusieurs accords de restructuration ont été conclus avec les banques, mais M. Al-Amoudi n’a jamais honoré ses engagements. En 2015, il n’avait qu’un mot à la bouche: “je vais mettre 1,5 milliard de DH“. Les banques n’en ont pas encore vu la couleur.
La capacité d’endettement sur le marché marocain a été rapidement épuisée: même les factures des clients marocains étaient affacturées.
Le tandem qui dirige la Samir s’est tourné vers le marché international. Tout y passé, même les clients, mis à contribution pour préfinancer une production pré-achetée à prix préférentiel. Dans les manuels de management, ça s’appelle une fuite en avant.
Début 2014, un communiqué victorieux de la société annonçait notamment :
«Dans le cadre du re-engineering des finances de la SAMIR à court et moyen terme, la société a entamé, durant le 2ème semestre 2013, des négociations avec plusieurs banques et compagnies pétrolières internationales afin de lever un financement de 500 Millions de dollars USD, qui sera réalisé sur plusieurs échéances, pour:
- L’amélioration de la trésorerie de l’entreprise afin de garantir l’approvisionnement en matières premières, notamment le pétrole brut et les produits d’appoints.
-L’accélération des remboursements des emprunts locaux.
- La signature de contrats à l’export avec des compagnies pétrolières internationales afin de garantir l’écoulement des excédents de la production de la raffinerie dans un contexte de rude concurrence.
La première étape de ce financement s’est clôturée avec succès par la signature avec Chartered Standard, Dubai Bank, soutenue par BP Oil International London, d’un contrat de financement de 200 Millions de dollars USD, portant sur une durée de deux ans avec des conditions avantageuses(…)».
La BP (British Petroleum) cherche depuis début aout à récupérer, par voie judiciaire, 1,5 milliard de DH qu’elle a avancés à la Samir.
Dans sa communication financière relative à l’exercice 2014, la Samir écrit:
«La baisse des cours à partir du 2ème semestre 2014 et la dépréciation des stocks se sont traduites par une tension sévère sur la liquidité. Pour honorer au mieux ses engagements vis-à-vis de ses partenaires et continuer à assurer l’approvisionnement du marché de manière fiable, la Société a mis en place les mesures suivantes:
• Entrée en vigueur de deux lignes internationales de financement de pétrole brut de 600 millions US$;
• Négociations avancées pour l’extension du plafond des facilités de financement à l’export;
• Démarrage des négociations avec un fonds d’investissement international pour un éventuel renforcement des fonds propres de la Société;
• Mandat à une banque d’affaires pour étudier les différentes options de financement envisageables (intégrant la participation de l’actionnaire majoritaire) pour le renforcement du haut de bilan et le rétablissement des équilibres financiers.»
Comme on le voit, l’augmentation de capital n’est «qu’une option envisageable».
Le plan indiqué a été effectivement élaboré mais il est complètement dépassé. Non seulement le chairman n’a pas versé la modique somme (au regard des besoins) promise (1,5 milliard de DH), mais en plus, il n’a fait que gagner du temps.
Soit il ne saisit pas l’urgence de la situation. Soit il n’a pas les moyens ou l’intention de casquer.
C’est pourquoi de nombreux créanciers ont les yeux rivés sur cette nouvelle organisation et cette nouvelle gouvernance. M. Al-Amoudi acceptera-t-il de passer la main en matière de gestion? Sans cela, il n’obtiendra aucun assouplissement, ni au Maroc ni à l’étranger. Même si l’augmentation de capital de 10 milliards de DH était effectivement bouclée.
La situation actuelle d’arrêt d’activité ne peut se poursuivre indéfiniment sans porter un grave préjudice à l’outil de production. Une raffinerie n’est pas une piscine que l‘on peut vider puis remplir. L’outil nécessite de l’entretien et du suivi.

Pour résumer:
-un actionnaire de référence dont la gestion suscite la plus grande défiance ;
-il détient les deux tiers fatidiques (67%) du capital;
-la dette listée par les pouvoirs publics marocains (de source autorisée) se situe entre 43 et 45 milliards de DH ;
-au regard de cette dette colossale, les fonds propres déclarés sont de 7 milliards de DH ;
-les principales victimes de ces agissements sont l’Etat marocain, les banques marocaines, et si une solution n’est pas trouvée, les minoritaires marocains (33% du capital), le personnel, et 200 sous-traitants marocains…
La question se pose également sur le non-fonctionnement des systèmes de contrôle, ce qui a conduit à un désastre de cette ampleur.
Une audit de tout le groupe serait la bienvenue, pour éclairer l’opinion et être enseignée dans les écoles de management.
Fermeté absolue des autorités marocaines, suivi du dossier
Les autorités marocaines sont parfaitement conscientes de la situation et ne s’en laissent pas conter. Des décisions de fermeté et des messages d’intransigeance quant à l’intérêt du pays ont été envoyés.
Médias 24 a appris de sources sûres que le dossier est suivi personnellement par le Roi Mohammed VI qui a chargé Mohamed Hassad de piloter la recherche d’une solution, avec le concours des deux ministres des Finances et de l’Energie, Mohamed Boussaid et Abdelkader Amara.
La priorité avait été de garantir l’approvisionnement du pays.
En second lieu, sécuriser les salariés.
En troisième lieu, récupérer les sous de l’Etat et notamment douane et banques.
L’ATD de la douane pour plus de 13 milliards de DH ainsi que l’instauration d’un contrôle préalable de la part de l’Office des changes sur toutes les opérations de transfert d’argent vers l’étranger sont des signaux qui ne trompent pas.
Selon une source autorisée, l’Etat poursuivra sa gestion de ce dossier avec la plus grande fermeté, pour défendre les intérêts du pays et compte bien aller jusqu’au bout du dossier.
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