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PORTRAITS

Notre série: Madame la juge. II. Aicha Naciri, la féministe

En dépit d’une féminisation de plus en plus palpable, la magistrature au Maroc demeure à ce jour, une discipline à dominance masculine. Il s’agit là d’un constat chiffré. Aux postes de décisions judiciaires, le nombre d’hommes magistrats dépasse largement celui des femmes. Sur le terrain de la compétence, en revanche, les magistrates marocaines n’ont rien à envier à leurs confrères. Là aussi, c’est un constat. Et c’est celui que Médias 24 entend dresser, en vous proposant cette série de portraits de «Femmes magistrates» qui, de par leurs parcours, forcent le respect de tous. 

Notre série: Madame la juge. II. Aicha Naciri, la féministe
Abdelali El Hourri
Le 5 octobre 2015 à 17h18 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Le premier portrait, nous l’avons consacré à Mme Saadia Belmir, l’une des figures les plus respectées de la sphère judiciaire.

Aujourd’hui, l’honneur est au féminisme. Féministe, en effet, est l’adjectif qui qualifie le mieux Mme Aicha Naciri, fondatrice de l’unique association au monde arabe consacrée à la femme juge, et première femme marocaine désignée Procureur du Roi auprès d’un tribunal ordinaire.

Pourtant, rien ne prédestinait cette Casablancaise à une carrière de magistrat. "Après l’obtention de mon baccalauréat, je n’avais qu’une idée en tête, entamer des études de philosophie", nous confie-t-elle. Ses parents, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille, puisqu’il n’était pas question que leur fille quitte le bercail, sachant qu’à l’époque, la seule faculté de philosophie au Maroc se situait à Rabat.

Que voulez vous? La vie est faite de choix. Ceux que l’on fait, mais aussi ceux que l’on ne fait pas. Celui que la jeune bachelière n’a pas pu faire lui a plutôt bien réussi. A la faculté de droit d’Aïn Chock, elle troque ses livres de pensée philosophique contre la Constitution, le code pénal ou encore le dahir des obligations et des contrats. Un glissement radical, mais que l’intéressée ne regrettera pas.

Lorsqu’elle obtient sa licence, elle passe avec brio le concours d’accès à la magistrature, à une époque où la sélectivité est de mise, surtout pour les femmes. "J’ai rejoint la magistrature en 1985. Au sein de notre promotion, pour cent hommes, nous n’étions que sept à représenter la gent féminine. Pour nous, le contexte était difficile. En dehors des grandes villes, le citoyen acceptait mal l’idée d’être jugé par des femmes. Et celles-ci, qui plus est, refusaient de s’exiler hors des zones urbaines", ajoute notre interlocutrice.

2011, naissance du féminisme façon magistrate?

Mais comment faire pour que cela change? Mme Naciri a une idée. Elle ne peut la mettre en œuvre qu’à partir de 2011, avec la promulgation de la nouvelle Constitution. Celle-ci, dans son article 111, octroie aux magistrats la liberté d’expression, le droit d’adhérer ou de créer des associations professionnelles.

Un acquis majeur pour un corps jusque là acculé au silence quasi absolu. Pour Mme Naciri, une aubaine, car elle pourra clamer officiellement la cause de la femme magistrate. Pour ce faire, elle crée l’association marocaine de la femme juge, ou comment porter un regard féministe sur la magistrature.

"La création de cette association, la première au Maroc et dans le monde arabe, part d’un constat: la femme marocaine a longtemps bataillé pour accéder aux pouvoir exécutifs et législatifs mais a complètement éluder le troisième pouvoir, le pouvoir judiciaire", a-t-elle observée.

Et d’ajouter: "Aujourd’hui, notre association milite pour que la femme, de manière générale, puisse accéder au métier de magistrat. Mais nous travaillons surtout pour qu’elle puisse, en vertu du principe de la parité et de l’approche genre, accéder aux postes de responsabilité".

Au Maroc, plus de 200 magistrats hommes dirigent les juridictions marocaines, en tant que premiers présidents, présidents ou procureurs généraux, contre seulement une dizaine de femmes. On est très loin de la parité.

Mais pas de quoi décourager notre magistrate car, comme le lui a bien signifié son président, "Chghol l3ialate", elle s’y connait. A ce titre, vers la fin des années 90,  elle nous raconte avoir fait le forcing pour obtenir la présidence, dans un tribunal où elle siégeait, de la chambre afférente au statut personnel.

Son passage dans cette branche ne passa pas inaperçu, puisqu’elle en profita pour distiller quelques jugements favorisant la participation de la femme dans la fortune familiale, et ce à l’encontre de ce qui était de rigueur à l’époque. "Nous, magistrats, sommes tenus moralement au respect des jurisprudences établies par la cour suprême, mais je prenais tant de précaution à bien motiver mes jugements qu’il finissaient toujours par passer."

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Abdelali El Hourri
Le 5 octobre 2015 à 17h18

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