L’AGE de la SAMIR valide l’augmentation de capital
Il y aura bien une augmentation de capital de 10 milliards de DH. L’AGE de la SAMIR, réunie ce vendredi 16 octobre au siège social, a validé cette proposition du conseil d’administration. Récit exclusif.
La réunion de l’AGE de la SAMIR est une procédure légale. Mais vraiment de pure forme, car Cheikh Al-Amoudi n’a pas besoin de ce vote, il détient la majorité fatidique des deux tiers (67,2%) lui permettant de passer outre tout avis des actionnaires minoritaires.
Il n’a pas eu besoin de passer outre. Devant un parterre composé d’une soixantaine de personnes qui s’étaient déplacées, la résolution relative à l’augmentation de capital a été adoptée à une confortable majorité [les trois résolutions sont visibles ici]
Al-Amoudi et Corral étaient représentés par Jason T. Milazzo. Jamal Baâmer, le DG, était présent, ainsi que les commissaires aux comptes KPMG et Price Waterhouse.
Milazzo expédie l’AGE au pas de course. Moins d’une heure, vote et lecture des résolutions compris. Il a dit qu’ils devaient faire vite, car les administrateurs avaient encore d’autres réunions programmées. Bigre. C’est comme cela que l’on traite les petits minoritaires qui ont acheté quelques actions ou quelques milliers d’actions en bourse.
Baâmer lui, ne branche jamais son micro avant d’avoir recherché du regard l’assentiment de Milazzo.
Déception et attentisme
Les minoritaires étaient venus avec l’espoir de comprendre.
Ce qui se disait depuis le fameux conseil d’administration de mi-septembre, c’est que l’on finira par en savoir davantage sur les intentions de l’actionnaire de référence, à l’occasion de l’AGE du 16 octobre.
On attendait les réponses à trois questions au moins, indispensables pour se déterminer et décider si l’on suit ou pas l’augmentation de capital:
1. A quel prix se fera l’émission?
2. Quel est le plan de sauvetage financier? (par exemple que va-t-on faire à l’égard des créanciers)
3. Quelle est la nouvelle gouvernance si nouvelle gouvernance il y a. (et par exemple, gardera-t-on le même DG ? et s’il reste, gardera-t-il tous les pouvoirs?)
Et d’autres questions encore: quel est l’état réel de l’endettement? Où en sont les procédures de saisie lancées par des créanciers dont l’Etat ? que dit l’Etat, quelles sont ses exigences? comment a-t-on pu en arriver là? comment Cheikh Al-Amoudi, réputé milliardaire en dollars (si Forbes est crédible), peut-il laisser couler un ex-fleuron de l’industrie marocaine? s’il a réellement les moyens qu’il prétend, pourquoi retarde-t-il le sauvetage? pourquoi n’injecte-t-il pas de compte courant? pourquoi n’assume-t-il pas ses responsabilités en tant qu’actionnaire de référence et responsable de la gestion écoulée? Pourquoi les commissaires aux comptes n’ont pas tiré la sonnette d’alarme? Pourquoi les banques ont-elles été si généreuses et si imprudentes?
Cette AGE aura au final servi à une seule chose: Al-Amoudi et Corral prennent l’engagement solennel et écrit de verser leur quote-part de l’augmentation de capital, c’est-à-à-dire 672 millions de dollars au plus tard le 15 novembre. Et en cash.
Sur tout le reste, aucune réponse précise ne sera donnée.
On a toutefois compris que les rumeurs qui ont secoué Casablanca au sujet d’une augmentation de capital par compensation de créances de banques ou de fournisseurs, se sont avérées de fausses pistes.
Le jeu des questions-réponses
Question: il y a une tombée obligataire de 800 MDH en fin d’année. La SAMIR compte-t-elle, aura-t-elle, les moyens de rembourser?
Cinq fois, la question est posée par différents intervenants. Cinq fois, on botte en touche, dans le style: “si nous effectuons une augmentation de capital, c’est bien pour retrouver l’équilibre financier“.
La cinquième fois, le maître de céans, qui répond au gracieux nom de Jason T Milazzo, réplique sèchement: nous avons déjà répondu à cette question, passons à autre chose.
Plusieurs voix dans la salle: non, vous n’avez pas répondu.
Le représentant de BMCE Capital: “nous sommes actionnaires et nous avons le droit de savoir“.
Réponse donc: Nous allons nous focaliser sur l’augmentation de capital, le reste viendra après.
Question: Oui, mais quelles sont vos intentions, sachant qu’il y a cette tombée en fin d’année?
Réponse: Il n’existe pas de société sans dette. Nous essayons de revenir seulement à un endettement acceptable. Une fois la stabilité financière de retour, la société deviendra moins vulnérable.
Question: Oui mais précisément, la dette obligataire? Et si les minoritaires ne suivent pas l’augmentation de capital? allez-vous payer ou serez vous en défaut de paiement?
Réponse: Le plan de redressement financier (élaboré par Attijari Finances, c’est précisé ailleurs), comporte le paiement de ce montant. Il y aura soit paiement du montant soit renouvellement de l’émission obligataire.
Question: M. Al Amoudi s’engage à combler le reliquat si des actionnaires minoritaires ne souscrivent pas à l’augmentation de capital. Le fera-t-il en cash ou par compensation de créances?
Réponse: Dans un cas comme celui là, il fera de son mieux pour apporter le reliquat au 1er trimestre 2016. Les formalités s’étaleront au moins jusqu’à février 2016, voire début mars. L’intention de M. Al Amoudi est d’injecter en cash et d’ici le 15 novembre, couvrir sa part qui est de 672 millions de dollars. Après, il fera de son mieux. Cela pourrait être du cash ou par d’autres moyens.
Nous pensons pouvoir rétablir notre part de marché. Cette année, c’était une année de bonne marge de raffinage. Malheureusement, il y a eu l’arrêt de la raffinerie.
Ni dans leurs réponses, ni dans leur présentation préliminaire, le management et l'actionnaire de référence ne répondent aux questions essentielles:
-le prix de l'émission? réponse: au moins le numéraire (100 DH), nous sommes encore en discussion avec notre conseiller financier. Vous le saurez dans la notice d'information du CDVM.
-la gouvernance? réponse: des comités sont en train de travailler dessus. Ce n'est pas finalisé.
-Les intentions de l'Etat? des créanciers? les négociations financières? réponse: nous sommes en contact permanent, notamment avec la douane, nous comptons sur la bonne foi réciproque. Tout dépendra de la position de l'Etat, il faut qu'il se montre compréhensif. Chacun doit faire un effort.
Question: Quand comptez vous redémarrer l'activité? "Nous ne savons pas. Question difficile. Une fois l'injection fe cash lancée, la position de l'Etat va changer. Nous allons relancer l'activité. Nous sommes désireux de faire au plus vite, minimiser les pertes en reprenant l'activité mais ce sont des décisions qui ne nous incombent pas à nous seuls. Dès que le cash sera reçu, je suis sûr que l'Etat donnera son feu vert à une reprise de l'activité" [NDLR: autrement dit, lever ou geler les saisies sur les comptes bancaires].
Question: allez-vous revenir vers le marché financier cette fin d'année? [en d'autres termes, y aura-t-il levée de dette au Maroc?]
Milazzo: l'intention est d'appuyer la société, continuer à la soutenir. On va voir ce qui va être nécessaire.
Question: l'injection de 10 MMDH ou de 672 millions de dollars selon les scénarios est une injection a minima. Suffira-t-elle? L'Etat pourrait exiger le remboursement de sa dette de suite et dans ce cas que feriez-vous? A quel horizon la société retrouvera-t-elle son équilibre financier?
Réponse: il est impossible de donner un horizon. 10 MMDH, c'est la solution que nous recommandent nos conseils financiers. Les Fonds propres reviennent à un niveau confortable. Pour l'Etat marocain, tout est une question de dialogue. Il y a une détermination des actionnaires à injecter du cash, en quantité suffisante et consistante. Je n'ai aucune idée de la position de l'Etat. Je pense que comme nous, il souhaite un règlement à l'amiable.
Voilà.
Après l'AGE, des minoritaires marocains échangent autour d'un thé, offert par la SAMIR. C'est déjà ça de pris, faute de dividende.
L'impression générale est que l'actionnaire de référence ne prendra pas de risques. Les 672 millions de dollars seront probablement levés sur les marchés internationaux. C'est en tous les cas, un sentiment partagé. Il continuera sur la même voie que depuis le premier jour: investir à travers la dette et rembourser, quand cela est possible, cette dette par les dividendes. Cela a bien fonctionné les premières années!
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