Tourisme: la sinistrose gagne Marrakech
La ville ocre commence à souffrir sérieusement de la crise consécutive à la multiplication des attentats terroristes dans le monde.
Le Maroc est touché par la baisse de l'activité touristique internationale.
Tout en espérant un improbable rebond des touristes étrangers et marocains après Noël, les opérateurs se disent très inquiets de cette situation.
La locomotive touristique du Maroc va-t-elle faire les frais de la menace terroriste mondiale et des amalgames qui en découlent?
"Ce n’est que le 26 décembre que nous saurons si la saison d’hiver est sauvée ou pas, mais je peux déjà vous dire que je n’ai jamais vu Marrakech aussi désert qu’en ce début de mois de décembre." C’est ainsi qu’un grand hôtelier requérant l’anonymat "pour ne pas faire fuir le chaland", juge la situation de morosité voire la "sinistrose" qui frappe sa ville.
"Pour la 1re fois depuis la première guerre du Golfe, nous avons affaire à des clients qui demandent des réductions de 25 à 40% ou des nuitées gratuites pour des séjours d’à peine deux ou trois jours. Nous espérons rattraper le coup, mais notre chiffre d’affaires sera impacté, car nous ne pourrons pas servir d’alcool aux nationaux pour cause d’Aïd El Mawlid qui tombera le même le jour du réveillon de Noël."
Si tout le monde attend avec impatience le 26 décembre pour se prononcer sur la fréquentation des hôtels, certains grands établissements font déjà les frais d’une vague d’annulations sans précédent.
Les grands hôtels vides
Le 5 étoiles "Four Seasons", jouissant pourtant d’une excellente réputation, a dû fermer jusqu’au 22 décembre un de ses cinq restaurants par manque de clientèle. Selon un employé, pour la 1re fois depuis son ouverture, un des 4 restaurants n'a pas servi un seul couvert jeudi 10 décembre et seules 20 chambres sur les 130 de l’hôtel étaient occupées à la même période.
De manière inédite, le palace "La Mamounia" recourt à une publicité radiophonique pour vendre ses dîners de réveillon en insistant sur le fait qu’ils sont ouverts aux non résidents de l’établissement.
Interrogé par nos soins, Lahcen Haddad, ministre du Tourisme, confirme que la situation à Marrakech est "très calme". Si cela ne l’empêche pas de rester optimiste pour 2016, il refuse de se prononcer sur un calendrier de reprise et ne sait pas si le rebond aura lieu au lendemain de Noël, qui a toujours été faste pour la ville.
Tous les chauffeurs de taxi interrogés sur place se sont montrés très inquiets, en affirmant que contrairement à son habitude, le festival du film n’a pas drainé son flot de festivaliers.
Contacté par Médias 24, un Français propriétaire de plusieurs maisons d’hôtes à Marrakech, installé au Maroc depuis huit ans, confirme une désaffection galopante pour la destination Marrakech. "Contrairement aux années précédentes, on voit de moins en moins d’étrangers, de R'batis et de Casablancais dans la ville. Certains restaurants qui cartonnaient en termes de couverts atteignent difficilement quatre tables pleines en semaine."
Selon un guide de la ville, "depuis les attentats parisiens, le nombre de randonneurs étrangers a tellement chuté que nous avons fini par annuler nos excursions par manque de clients. Devant cette désaffection, les agences organisant des circuits-randonnées au Sahara vers Ouarzazate et Zagora ou à Imlil au Toubkal ont été forcées de mettre leur personnel au chômage technique".
La CNT accuse les autorités de tutelle
Abdellatif Kabbaj, président de la Confédération nationale du tourisme (CNT) nous confirme que la ville ocre n’a pas été aussi désertée par les étrangers et nationaux depuis de nombreuses années. "Le phénomène de désaffection n’est pas aussi grave que pendant la 1re guerre du Golfe de 1991, mais nous frôlons la catastrophe, avec une très grosse baisse des arrivées et des nuitées."
"On peut à la rigueur comprendre la chute des marchés étrangers mais maintenant, les nationaux commencent à avoir peur de se rendre à Marrakech ou dans d’autres villes touristiques. La crise qui impacte l’ensemble des marchés est telle que tout le monde se met à communiquer dans les médias pour essayer de vendre ses chambres vides ou ses soirées de réveillon. Certains ont commencé à brader les prix et d’autres n’hésitent pas à faire du dumping pour limiter la casse."
Abdellatif Kabbaj pense que si les autorités (gouvernement, ONMT, RAM, ambassades…) ne bougent pas tout de suite, la saison d’hiver qui fait d’habitude la part belle aux marchés étrangers sera perdue. "Elles comptent sur nous pour ramener des clients, mais que pouvons-nous faire de plus, les ramener d’Europe à dos de chameau ou de mulets? Il faut qu’elles mettent la main à la pâte pour développer de nouvelles lignes aériennes et de nouvelles campagnes de promotion et de publicité."
Se félicitant de l’efficience des services de sécurité marocains, le président du CNT se désole toutefois de l’effet destructeur des fréquents communiqués de presse du ministère de l’Intérieur faisant état d’arrestation de cellules terroristes. "Etalées dans la presse, ces arrestations quasi-hebdomadaires font effet de repoussoir pour les Marocains qui ne veulent pas devenir des cibles potentielles du terrorisme. Ils se disent que s’il y a autant de cellules démantelées, un jour ou l’autre, une finira par passer entre les mailles du filet."
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