Habitat: prévisions ambitieuses pour 2016
Malgré un bilan 2015 globalement positif, certains points relatifs à la gouvernance, à l’orientation des projets et à l’attribution des marchés sont à revoir.
Si le bilan 2015, tel qu’il a été énoncé par le ministre de l’Habitat lors de la présentation du budget prévisionnel pour l’année 2016 à la Chambre des représentants, a globalement été salué par l’auditoire, les représentants ont quand même émis des réserves, pour la plupart relatives au mode de gouvernance et à l’orientation des projets.
La première réserve concerne le budget 2016, qui, du point de vue des représentants, devra être revu à la hausse. En effet, celui-ci est jugé insuffisant, au regard de la feuille de route ambitieuse exposée par le ministre pour l’année 2016.
Le ministère a également été appelé à simplifier les démarches administratives se rapportant à l’investissement. Cette simplification, adossée aux efforts de communication interne et externe entrepris par le ministère, encouragera encore plus les investissements directs étrangers dans le secteur, essentiels à la création d’emploi et à la diversification de l’offre.
D’un autre côté, le manque d’infrastructures au niveau des villes nouvelles ainsi que leur éloignement des principaux points de convergence ont été pointés du doigt. La raison de ce sous-équipement: l’attribution de ces marchés à des entreprises dont le budget ne pouvait pas assumer un investissement aussi conséquent.
La question de l’attribution des marchés est donc à étudier car, s’il est louable de privilégier les constructeurs locaux pour les encourager, cette position ne doit en aucun cas impacter la qualité du produit fini.
En parallèle, l’offre locative à caractère social, ainsi que l’offre de logements destinés à la classe moyenne, ont été jugées insuffisantes, voire absentes, bien qu’une cinquantaine d’accords ont été signés entre 2013 et 2015, pour la livraison de 20.000 unités destinées à la classe moyenne.
Celle-ci se retrouve face à un marché immobilier binaire, composé d’un côté de produits haut-standing, hors de sa portée, et de l’autre côté de logements économiques non adaptés à ses exigences. Or c’est cette classe moyenne qui influe le plus la demande et qui est en mesure de dynamiser le secteur.
Cependant, bien que ces points aient été relevés, la stratégie du secteur de l’habitat a globalement porté ses fruits en 2015.
Ainsi, selon les données de la présentation, les investissements étrangers, en hausse de 43%, ont conduit à la création de 16.000 emplois dans le secteur.
La cadence de livraison des logements sociaux s’est établie à 170.000 unités par an, contribuant ainsi à la diminution du déficit en logement, ramené de 800.000 unités manquantes en 2012 à 500.000 en 2015.
Quant aux efforts fournis en matière d’éradication des bidonvilles, ils ont permis aux villes de Touissit et Khémisset d’être ajoutées au palmarès des villes sans bidonville au courant de l’année 2015, les villes de Kalâa des Sraghna, Ksar El Kébir, Sidi Slimane, Moulay Yaâcoub, Settat, et d’autres, devant suivre d’ici la fin de l’année.
En parallèle, 6.720 familles originaires des bidonvilles bénéficieront de projets de relogement, estimés à 790 millions de DH. La réhabilitation des logements insalubres profitera quant à elle à 1.923 familles.
Enfin, les projets visant l’amélioration des conditions de logement dans les zones rurales, salués par l’auditoire, se poursuivront en 2016.
Des défis demeurent
Malgré ce bilan plutôt positif, des défis de taille, prévus par la feuille de route 2016, sont encore à relever, dont:
- L’amélioration de la gouvernance, et la modernisation de l’administration, via la formation continue des ressources humaines dans les domaines de la construction et de l’habitat, ainsi que l’amélioration de la communication interne et externe des organes du ministère;
- L’unification et l’homogénéisation du cadre juridique réglementant le secteur;
- La décentralisation des projets dans le cadre de la régionalisation, ainsi que l’appui des pôles urbains et des villes nouvelles;
- La responsabilisation de l’ingénieur dans son rôle de superviseur, assurant la qualité de la construction, à travers la réglementation de la profession;
- L’adoption d’un guide méthodologique du secteur de l’habitat pour l’encadrement technique (normes de contrôle thermique, résistance sismique, chauffe-eau solaires pour les bâtiments municipaux…) et juridique (copropriétés, rénovations, coopératives, profession d’agent immobilier…);
- L’appui du Conseil national de l’habitat dans son rôle de modérateur de la réflexion autour des stratégies du secteur.
Enfin, notons que le budget 2015 s’est décliné comme suit:
- Un budget de gestion, de l’ordre de plus de 250 MDH, se rapportant aux salaires des fonctionnaires (178 millions) et aux autres dépenses, dont l’équipement (74 millions) - Ce budget, à fin octobre 2015, avait été entamé de 72%;
- Un budget d’investissement, de 577 MDH, dont 56% ont été dépensés à fin octobre, l’investissement effectif devrait atteindre 70% de cette somme en fin d’année;
- 2,4 MMDH ont été consacrés au Fonds de solidarité pour l’habitat et l’intégration urbaine.
Pour 2016, seul le budget se rapportant aux autres dépenses de gestion connaîtra une variation significative. Ainsi, 20 MDH additionnels ont été prévus à cet effet.
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