Efficacité énergétique: 1 DH investi rapporte trois fois plus en gains sur la facture énergétique
Une réglementation solide incitative et dissuasive, combinée à des mesures d’accompagnement et de financement: tels sont les principaux piliers de l’efficacité énergétique, susceptibles de booster le développement de la filière au Maroc et à travers le monde.
Le Maroc est un pays "exemplaire" en matière de transition énergétique: ce constat fait l’unanimité chez plusieurs experts participants aux premières rencontres de l’efficacité énergétique à Casablanca, organisées ce 2 février par AOB Group, un cabinet de conseil.
Cette transition énergétique passe inévitablement par l’efficacité énergétique, une efficacité qui doit s’inscrire dans le long terme: "Avec la baisse conjoncturelle des cours du pétrole, il ne faut pas appréhender l’efficacité énergétique comme une politique à court-terme, mais plutôt à moyen ou long termes", estime Saïd Mouline, directeur de l’agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique (Aderee).
Il poursuit : "Chaque dirham investi en efficacité énergétique rapporte trois fois plus à l’Etat en termes de gains en facture énergétique et en réduction d’émission de gazes nocifs pour l’environnement."
Une réglementation étoffée pour l’efficacité énergétique au Maroc
Le Royaume a posé, dès 2009, les premières briques de sa stratégie énergétique, qui a érigé l’efficacité énergétique en priorité nationale. A cet effet, le Maroc dispose d’un cadre réglementaire encadrant l’efficacité énergétique, qui a été acclamé par les experts prenant part à cette rencontre.
La loi 47-09 relative à la filière, qui a été adoptée la même année, trace les grandes lignes de l’efficacité énergétique et la définit comme étant toute action agissant positivement sur la consommation de l’énergie, tendant à une gestion optimale des ressources énergétiques.
Outre la loi 47-09, le décret 2-13-874, entré en vigueur en novembre 2015, expose les exigences liées aux règles énergétiques des constructions. "Ce décret a pour objectif la rationalisation de la consommation énergétique des constructions, en fixant les exigences thermiques et de performance énergétique que doivent respecter les bâtiments résidentiels et tertiaires", a déclaré Aicha Laabdaoui, représentante du ministère de l’Energie, des mines, de l’eau et de l’environnement.
Ainsi, des prototypes de logements sociaux respectant les normes d’efficacité énergétique ont été élaborés et neuf projets de démonstration des techniques d’efficacité énergétique ont été lancés.
Outre les constructions, les programmes d’efficacité énergétique s’étalent transversalement sur plusieurs secteurs et branches d’activité: au niveau des villes, à travers l’intégration de la planification énergétique, au niveau de la planification communale et de l’aménagement urbain; dans les transports, à travers le rajeunissement du parc des véhicules; dans l’agriculture, notamment à travers l’usage des pompes à eau solaire.
Le financement, une entrave
La réglementation, à elle seule, ne suffirait pas à concrétiser une véritable efficacité énergétique. Benoît Lebot, directeur exécutif du partenariat international pour la coopération sur l’efficacité énergétique du G20, se réjouit de ce qui se passe au Maroc en matière de transition énergétique, en évoquant néanmoins un besoin de financement encore persistant. Le secteur financier préfère, selon lui, investir dans les énergies à base de carbone.
Mme Laabdaoui, du ministère de l’Energie, a toutefois rappelé les mesures d’accompagnement financier initiées par l’Etat dans cette optique, à savoir le fonds pour le développement énergétique, ainsi que les différentes incitations fiscales, comme la réduction des droits de douane appliqués aux équipements performants et les voitures économiques ou la réduction de la TVA à 10% sur les équipements des chauffe-eaux solaires dans le cadre de la loi de finances 2015.
En outre, Meriem El Mandjra, représentante du programme de la ligne marocaine de financement de l’énergie durable MorSEFF (Morocco Sustainable Energy Financing Facility), a rappelé que ce programme, initié par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), mobilise pour le Maroc un montant de 80 millions d’euros via les banques marocaines, pour le soutien de projets allant dans une optique d’efficacité énergétique.
Ceci dit, Benoît Lebot regrette la place que l’on octroie à l’efficacité énergétique durant les sommets du climat, notamment la cop21, où "le souci de multiplier les mécanismes réduisant la consommation énergétique figure loin derrière le souci de multiplier les sources d’énergies renouvelables et de réduire les gazs à effet de serre". Il espère que la cop22, qui se tiendra à Marrakech, remettra l’efficacité énergétique sur le devant de la scène et facilitera, plus essentiellement, l’accès au financement.
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