Tourisme: La saison printanière définitivement compromise?
Alors que la reprise des arrivées et des réservations semblait être au rendez-vous, les opérateurs touristiques s’inquiètent de l’incidence négative des attentats de Bruxelles. Prudent, le directeur général de l’ONMT préfère temporiser, tandis que le vice-président de la CNT est très pessimiste.
"Selon les derniers chiffres de l’Office des changes, les recettes touristiques en devises ont enregistré une hausse de 1,1% en février 2016, par rapport à février 2015. Nous sommes ainsi passés de 7,392 à 7,477 MMDH. Il s'agit d'une excellente performance dans le contexte actuel post-attentats de Paris", déclare à Medias 24, Abderrafie Zouiten, DG de l'ONMT.
Mais qu'en sera-t-il de la saison du printemps, démarrant le 1er avril prochain? "Le Maroc était sur une bonne tendance de reprise, au vu de l'état des réservations, jusqu’à il y a quelques jours", affirme-t-il. Et de poursuivre: "il est difficile de se prononcer sur l’avenir, sachant que les événements tragiques de Bruxelles risquent d’avoir encore une fois des conséquences fâcheuses sur la destination marocaine".
Concernant l’état du marché français, Abderrafie Zouiten tient à corriger une information publiée par le SETO (syndicat des entreprises du tour operating) faisant état de 30% de départs en moins vers le Maroc.
«Cette tendance (du 1er novembre au 29 février) doit être relativisée, car les tours-operateurs au départ du marché français n’ont plus le même poids qu’ils avaient il y a une dizaine d’années. Ce marché n’a pas baissé de 30%. Du fait de la proximité de l’open sky et de l’achat sur Internet des séjours, les touristes français ne passent plus par le canal des tours-opérateurs".
Il met en avant les données du graphique suivant, montrant que de 2005 à 2014, les arrivées des Français n’ont pas arrêté de croître (source DGSN), tandis que le flux des départs par le canal des T.O. n’a cessé de baisser. Ils sont 50% moins nombreux à passer par ce canal: 265.000 en 2014 contre 526.000 en 2004.
"Les tours opérateurs français restent certes importants pour le Maroc, même s’ils ne représentent plus que 8% du volume total du marché émetteur français", souligne-t-il.

Pour Fouzi Zemrani, vice-président de la Confédération nationale du tourisme (CNT), la situation est pourtant plus qu’inquiétante, au niveau de tous les marchés émetteurs étrangers.
"Pour ce qui est des réservations émises au niveau des tour-operateurs, la situation est plus que morose. Jusqu’au début de la semaine en cours, cela allait à peu près, en termes d’arrivées aux frontières. Avec ce qui vient de se passer à Bruxelles, il y a déjà un contrecoup au niveau des vols low-cost, avec des annulations qui se multiplient. Tout cela n’augure rien de bon pour la saison, censée être à son apogée entre les mois d’avril et mai. Le carnet de commandes se réduit comme peau de chagrin".
Contrairement au directeur général de l’ONMT, notre interlocuteur n’hésite pas à affirmer que la saison touristique de printemps est définitivement compromise.
«Les opérateurs ont toujours attendu et espéré une reprise, mais la récurrence des attentats les impacte durement et directement. On a beau jeu d’affirmer que les amalgames ne doivent pas concerner le Maroc, mais la réalité est différente, car notre destination est stigmatisée et on ne sait plus quoi faire pour y remédier».
Selon Fouzi Zemrani, s’il n’y avait pas eu les attentats de Bruxelles, la destination aurait pu simplement se stabiliser, grâce aux promotions tarifaires et non décoller, comme l’affirment certains.
«Il y a eu un petit frémissement en termes d’arrivées, mais certainement pas de tendance à la hausse, comme certaines destinations européennes affichant déjà complet (Italie, Canaries, Bulgarie, Croatie …)».
Le vice-président conclut que l’ensemble de la profession n’a aucune visibilité sur l’avenir et que le sentiment général qui prédomine est au pessimisme et au découragement, induit par le manque de soutien du gouvernement actuel.
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