Une chaire de l’innovation managériale va être créée à Marrakech
C’est une première au Maroc. Deux professeurs universitaires, Chafik Bentaleb et Soufyane Frimousse, viennent de créer, à Marrakech, la première chaire d'innovation managériale, axée sur la recherche et la formation.
L’annonce officielle de cette création sera faite le 14 avril, lors des 2e Rencontres internationales des sciences du management.
Professeur universitaire, directeur du GREGO, le Groupe de recherche en gestion des organisations, président de l’Association marocaine de gestion des ressources humaines, Chafik Bentaleb est fier du bébé qu’il vient de lancer avec son collègue Soufyane Frimousse, professeur à l’université de Corse, grâce au soutien actif de chercheurs et d’entreprises privées.
Avec un objectif qu’explicite Chafik Bentaleb: «Nous voulons, dans le cadre d’un observatoire, dresser l’inventaire de ce qui se fait en termes de pratiques managériales au sein des entreprises marocaines, mais également faire un benchmark de ce qui se fait ailleurs, dans un objectif non pas de transposition, mais d’inspiration, afin d’adapter ces best practices au contexte culturel, économique et de management que l’on observe dans notre pays et dans d’autres pays du Sud».
L’idée a séduit les partenaires approchés, comme l’ESSEC Business School de Paris, l’Université de Montréal, HEC Liège ou encore un laboratoire de recherche de l’université de Montpellier.
Côté entreprises, les contacts sont déjà bien avancés, avec Ménara Holding, qui a donné un accord de principe, la fondation OCP, la fondation Attijariwafabank ou la fondation Banque Populaire.
Chafik Bentaleb ne manque pas d’arguments: «Nous voulons orienter la recherche académique au Maroc vers les besoins réels des entreprises nationales, pour qu’il y ait une utilité sociale à la recherche. On va d’ailleurs intégrer les entreprises dès la définition des thématiques de recherche, pour qu’elles y participent“.
Et, au final, elles seront gagnantes.
En faisant appel à la chaire Innovation managériale, les entreprises pourront bénéficier ainsi d’un accompagnement savant de la part de chercheurs internationaux confirmés, avec une possibilité d’accueillir durant 1 à 3 ans des chercheurs qui aborderont en profondeur les problématiques vécues par ces entreprises.
Les bienfaits d’une telle démarche d’immersion prolongée dans le temps consistent à garantir un ancrage des solutions proposées dans leurs contextes et à dépasser les approches qui prônent la transposition et la standardisation des solutions appliquées ailleurs.
Même si cette chaire Innovation managériale n’en est qu’à ses débuts, Chafik Bentaleb s’est déjà fixé 3 axes de recherche. Le premier est celui de la diversité au travail et de toutes les questions que cela pose: par exemple, comment les entreprises marocaines traitent-elles les minorités et les femmes notamment. Mais aussi les personnes en situation de handicap: comment sont prises en charge, dans l’entreprise, ces personnes, qui représentent quand même 5% de la population marocaine?
Sans oublier que d’autres marqueurs de la diversité vont bientôt faire leur apparition, notamment la question de l’âge: quelle place pour les séniors? Doit-on les gérer de façon spécifique, en fonction de leurs contraintes, de leurs besoins, de leurs attentes?
Et puis la question des étrangers va se poser de plus en plus, avec l’ouverture du Maroc sur les pays du Sud: il faudra que les entreprises, qui vont recruter des Subsahariens, apprennent à gérer des situations auxquelles elles n’étaient pas confrontées auparavant, comme la juxtaposition des cultures, pour ne pas parler du choc des cultures.
Le deuxième axe que s’est fixé Chafik Bentaleb est celui du changement. Aujourd’hui, la majorité des entreprises doivent faire face à un changement d’organisation, de mode de gestion, imposé par la mondialisation. Il faudra répondre à une question: comment conduire le changement, notamment sur le plan humain?
Enfin, le troisième axe de travail est lié au caractère très familial de nombre d’entreprises marocaines. «Est-ce que le caractère familial d’une entreprise lui confère une particularité de management? Se demande Chafik Bentaleb. Est-ce que les problèmes de l’entreprise interviennent dans les discussions familiales? A l’inverse, retrouve-t-on au niveau de l’entreprise les soucis familiaux?
On va aussi s’intéresser à une question cruciale: les entreprises familiales préparent-elles sereinement leur succession? “Certaines de ces entreprises restent viscéralement dépendantes de l’omniprésence de leur fondateur. Sa disparition occasionne souvent une déstabilisation profonde du fonctionnement de l’entreprise familiale, voire même sa fermeture“.
Ce sont autant de questions qui trouveront sans doute leurs réponses lors des 2e Rencontres internationales des sciences du management, qui se tiendront à Marrakech les 14 et 15 avril, autour d’un thème: les défis du management dans les pays émergents.
Seront présents, pour participer pendant ces deux jours aux différents ateliers et tables rondes, des chercheurs confirmés, mais aussi beaucoup de professionnels marocains et étrangers, qu’ils soient directeurs généraux, directeurs des ressources humaines ou directeurs marketing.
Chacun apportera son expérience, son vécu, pour que le Maroc puisse se doter, en toute connaissance de cause, des outils de management dont il aura besoin pour faire face aux défis de demain…
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