Les inspecteurs des Finances planchent sur le modèle de développement du Royaume
L’Association des membres de l’inspection générale des finances organise les 2 et 3 juin un colloque sur le modèle de développement du Maroc. Les anciens ministres des finances seront invités à expliquer leurs choix et les politiques prises à leur époque.
« Quel modèle de développement pour l’entrée du Maroc dans le concert des pays émergents ?» Tel est l’intitulé du colloque qu’organisera, les 2et 3 juin, l’Association des membres de l’inspection générale des finances. Ce corps de commis d’Etat, présidé par Fouzi Lekjaa, lui-même inspecteur des finances et directeur du Budget, ambitionne, à travers cet événement, de présenter un référentiel de développement qui sera constamment actualisé, en fonction de l’évolution du contexte national et international.
Comme à l’accoutumée dans ce genre d’événement, les intervenants procéderont à l’analyse des modèles économiques jusque là mis en place par les différents gouvernements, pour en sortir un socle, qui servira à nourrir les ambitions futures du royaume. C’est dire que la tâche ne sera pas facile, ni l’exercice aisé. La cause ? L’intitulé du colloque lui-même pose quelques interrogations.
En effet, le modèle de développement économique est pratiquement défini par le Palais. Les discours royaux depuis plus d’une vingtaine d’années posent les bases de ce modèle, en insistant sur tous ses aspects économique, social et environnemental. Pour résumer, ce modèle repose sur un positionnement sur l’export, à travers une forte industrialisation de l’économie, tout en veillant à ce que le partage de cette richesse créée profite à tous et surtout aux régions les moins bien dotées du pays.
Les premières prémices de ce choix, dès la fin des années 80, se vérifient dans les politiques d’encouragement des exportations, notamment dans les industries due textile, de l'électronique, de la pêche maritime et de la transformation des produits agricoles. Devant les contraintes de déploiement sur le terrain, ce modèle est resté inachevé et a cédé la place à un fort encouragement de la consommation interne. D’un modèle axé sur l’export, le Maroc est resté fidèle à un modèle basé sur la demande interne.
Une correction s’est faite à partir de la fin des années 90, après la vague des privatisations et la libéralisation de certains secteurs, comme les télécoms et la gestion portuaire, mais l’essai est resté timide, ce qui a présidé au lancement d’études stratégiques pour relancer l’export à travers les métiers mondiaux du Maroc et une forte agriculture exportatrice. Sans pour autant oublier la transformation de l’industrie des phosphates, tendant vers plus de valeur ajoutée et l’émergence, plus au moins contrastée, de la nouvelle économie et le potentiel des énergies renouvelables.
Le colloque des inspecteurs des finances sera ainsi l’occasion de revenir sur les politiques de mise en œuvre de ces modèles et les résultats obtenus. Selon les organisateurs, les anciens ministres des finances (Driss Jettou, Salaheddine Mezouar, Mohamed Berrada, Nizar Baraka..) seront invités à expliquer le contexte des politiques prises à leur époque devant un parterre composé , entre autres, d’experts des différents partis politiques. Cela laisse deviner un exercice critique (ou de conditionnement), à la veille des échéances électorales.
En effet, tous les partis politiques préparent des stratégies de développement et des programmes économiques qui seront la base de leurs campagnes électorales, à partir de septembre 2016. L’organisation de ce colloque dans ce timing laisse planer le doute sur ses réelles motivations. Serait-ce une façon de forcer les partis politiques vers une convergence sur le modèle économique à présenter aux électeurs ou à mettre à exécution, une fois le prochain gouvernement formé ?
Le ministre des Finances, Mohamed Boussaid, partenaire de cet événement, s’en défend. «Il ne s’agit pas d’orienter ou de faire le bilan de ce gouvernement. Le but est d’ouvrir le débat sur une question qui a fait couler beaucoup d’encre depuis des années et pourquoi pas, dessiner de nouvelles possibilités de développement pour le pays», répond-il face à une forte assistance représentant les médias nationaux.
Cela est d’autant important que d’autres modèles seront exposés. Pour l’heure, les experts internationaux, invités à participer au colloque, ne sont pas encore connus. «Nous attendons les confirmations, mais je vous assure que ce sont des experts de grande facture», conclut Lekjaa.
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