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ECONOMIE

Le microcrédit: un succès mondial et au Maroc, au-delà de toute espérance

Marrakech.- Depuis 2005, «"année internationale du microcrédit" 2,5 milliards de personnes ont bénéficié à travers le monde de ce système innovant. Et le Maroc n’est pas en reste: 8 millions de personnes ont déjà profité d’un tel prêt.

Le microcrédit: un succès mondial et au Maroc, au-delà de toute espérance
Patrick Marescaux
Le 2 juin 2016 à 17h36 | Modifié 2 juin 2016 à 17h36

Pas étonnant, dans ces conditions, que la conférence annuelle de la SPTF, la Social Performance Task Force, qui s’est tenue à Marrakech du 30 mai au 2 juin, ait réuni autant de monde : organismes de microfinance, investisseurs, associations diverses, chercheurs etc…

Ce fut une première: jamais cette conférence n’avait eu lieu sur le continent africain. La Fédération nationale des associations de micro-crédit et le Centre Mohammed VI de soutien à la micro-finance solidaire étaient donc des partenaires tout désignés, heureux de pouvoir apporter leur expérience.

Comme l’a rappelé le représentant du ministère marocain de l’Economie et des finances, "Le microcrédit s’inscrit dans une approche de proximité auprès des plus vulnérables, avec la volonté de concilier marché et solidarité».

Mohammed Elmazouri, délégué général de la FNAM, complète: "La notion de responsabilité sociale est dans l’ADN de la micro-finance! Il s’agit de financer des activités génératrices de revenus, à partir de micros-projets, présentés par une population exclue du système financier classique: le fait de s’adresser à cette population exclue fait qu’on est, dès le départ, dans la responsabilité sociale».

Et ça marche! En 2015, 920.000 clients marocains ont profité de ces prêts, avec un portefeuille crédits dépassant 6 milliards de DH. Mohamed Elmazouri précise:«Sur ces 900.000 clients, 55% sont des femmes et plus de 15% sont des jeunes: voilà, là aussi, un engagement social évident!».

Pour parvenir à ces résultats, les organismes de microcrédit ont multiplié les points de vente: 1.500 à travers tout le royaume et 150 points de vente mobiles, des véhicules aménagés pour aller principalement dans les zones les plus reculées.

En effet, les organismes de micro-finance ont fait le choix d’une présence accrue dans les zones rurales: 50% des points de vente sont à la campagne, dont 30% dans les zones enclavées.

«C’est notre mission qui veut cela, précise Mohamed Elmazouri. Ce serait plus facile pour nous de nous positionner dans les quartiers populaires au sein des villes. Mais nous voulons que tout un chacun ait accès aux services financiers. Si vous regardez la répartition de notre réseau au niveau de la carte du Maroc, vous allez trouver une très forte capillarité dans les zones où le taux de pauvreté est le plus élevé. C'est tout le contraire de la logique d’une banque, qui va s’implanter là où le potentiel, en termes de collecte de dépôts ou de placement de crédit, est le plus élevé. On est sur des logiques d’intervention totalement différentes».

Cela s’explique par le fait qu’au Maroc, selon les textes en vigueur, seules les associations ou les fondations peuvent faire du microcrédit. Autrement dit, les bénéfices ne sont pas une finalité et s’il y en a, ils ne sont pas distribués à des actionnaires, mais intégralement réinvestis.

Quelles sont les activités financées par le microcrédit? Essentiellement des activités de commerce, qui représentent 58% des prêts accordés. Viennent ensuite l’artisanat (21%), les services (15%) et enfin l’agriculture (6%). Et pour des prêts qui peuvent paraître assez faibles: 10.000 DH en moyenne, la réglementation marocaine fixant de toute façon un plafond à 50.000 DH. Mais il faut savoir que certains clients reprennent un crédit lorsqu’ils ont remboursé le premier.

«Notre idée, précise Mohammed Elmazouri, est toujours d’y aller pas à pas, le temps d’accompagner notre client. En matière de microcrédit, il n’y a pas que les produits financiers : il y a aussi la formation, l’accompagnement, l’éducation financière etc. pour aider cette population à mieux gérer ses petites affaires. Et nous l'aidons à répondre à des questions de base essentielles: comment travailler avec une comptabilité simplifiée? Comment faire la différence entre chiffre d’affaires et revenu? Et ainsi de suite».

Tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la micro-finance mettent l’accent sur un point: l’accompagnement de ceux qui empruntent.

Pour cela, il faut que les organismes disposent d’un personnel bien formé. Le Centre Mohammed VI de soutien à la microfinance solidaire joue là un rôle essentiel, depuis 2007. Comme le rappelle son directeur, Az El Arab Alami Ouazzani, «on accompagne les associations de microcrédit en termes de formation, en leur offrant une structure, des salles pour former leur personnel sur différents thèmes de la micro-finance. On leur offre même souvent les formateurs. Mais nous voulons aussi aider les clients de ces AMC: par exemple, pour ceux qui ont choisi l’artisanat, nous organisons des rencontres régionales qui leur permettent de vendre leurs produits. Depuis la création du Centre, ce sont plus de 30.000 personnes qui ont pu ainsi proposer leur marchandise à la vente. Et cela à travers tout le Maroc.»

Il reste un point important, abordé par plusieurs intervenants lors de ce colloque: celui de l’éventuel surendettement des plus vulnérables. Les associations y sont très sensibles et vérifient auprès de la Centrale des risques la situation d’endettement de l’emprunteur. «Cela ne veut pas dire que l’on refuse systématiquement un prêt à quelqu’un qui est déjà endetté: on apprécie sa capacité de remboursement par rapport à son projet. Mais c’est sûr que l’on va regarder d’encore plus près le dossier de quelqu’un déjà endetté. Notre but n’est pas de placer un crédit, mais de financer un projet, sans nuire au client. Et pour tout vous dire, il y a des périodes de l’année où nous sommes particulièrement attentifs: comme on ne finance que des activités génératrices de revenus et que nous n’accordons pas de prêt à la consommation, dans les jours qui précèdent l’Aïd, par exemple, on scrute les dossiers à la loupe, pour être certain que l’argent accordé ne sera pas détourné pour l’achat d’un mouton!»

«Mais de toute façon, souligne Dina Pons, directrice régionale pour l’est de l’Asie de Incofin, l’expérience nous démontre que ces populations, qui étaient précédemment exclues de tout financement, sont tellement reconnaissantes d’avoir enfin la possibilité d’emprunter auprès d’un organisme formel, plutôt que d’aller emprunter auprès de canaux informels, sans contrat et sans assurance, qu’elles ont une volonté de remboursement qui est très forte. Les taux de remboursement de la micro-finance sont donc globalement très élevés».

Mais si le microcrédit s’avère une réussite incontestable, notamment dans les pays émergents ou en voie de développement, il est encore possible d’améliorer les choses.

Un représentant jordanien au colloque a donné un exemple: une étude menée en 2012 dans son pays a démontré que plus de 35% des clients potentiels de microcrédits n’en profitaient pas, car ils ne faisaient pas de demande. Non pas par ignorance, mais parce qu’ils estimaient que ces prêts étaient contraires à la charia. Le gouvernement jordanien a décidé alors de réagir, en créant un financement islamique adapté à cette clientèle. Et le marché est considérable: sur une population de 7 millions d’habitants, ce sont 400.000 clients potentiels qui vont pouvoir bénéficier de ce nouveau microcrédit.

Mais une des grandes questions autour du microcrédit est le plafonnement des prêts dans tous les pays, à 50.000 DH dans le cas marocain. Beaucoup militent pour un relèvement de ce plafond, même s’ils reconnaissent que, par définition, microcrédit veut dire petit prêt. L’exemple fourni par Omar Zouguir, d’Attawfiq Microfinance, une fondation filiale de Banque Populaire incite à la réflexion.

Il y a quelques années, les agences de Banque Populaire du sud du pays ont fait remonter l’info au siège: pour beaucoup de pêcheurs locaux, notamment de Laâyoune, il n’existait pas de formule de crédit adaptée. D’où la création de la fondation, chargée de répondre à cette attente. Et la mise en place de deux types de crédit: un crédit d’investissement, pour permettre à ces pêcheurs de remplacer leur vieille barque en bois par une barque en plastique, beaucoup plus robuste et demandant moins d’entretien. Et un crédit d’exploitation pour leur permettre de financer les dépenses quotidiennes.

Seulement le plafond à 50.000 DH pose un problème: une barque neuve coûte 55.000 DH. Par conséquent, même si un pêcheur emprunte la somme maximale, non seulement il n’a pas assez pour acheter une barque neuve, mais il ne peut pas emprunter pour un crédit d’exploitation.

Omar Zouguir milite donc pour un relèvement du plafond maximum. Ce point de vue est soutenu par Mohamed Elmazouri, mais pour une autre raison: «le microcrédit fonctionne jusqu’à 50.000 DH. Les banques prêtent facilement aux entreprises qui ont besoin de 200.000 DH ou plus. Mais entre les deux, se pose un problème pour une partie non négligeable de la clientèle, notamment les TPE, qui ont besoin par exemple de 100.000 DH et qui ne trouvent pas de financement. On est donc en train de travailler avec le ministère de l’Economie et des finances sur une évolution juridique, réglementaire et fiscale du secteur de la micro-finance au Maroc et le plafonnement du crédit est l’un des aspects qui va être traité».

C’est donc le sort de beaucoup de TPE qui est en train de se jouer et pas seulement celui des populations les plus vulnérables….

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Patrick Marescaux
Le 2 juin 2016 à 17h36

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