Bourse. Marsa Maroc: Souscrire ou pas?
Rachid El Rhana, administrateur du forum des petits porteurs, répond ci-dessous aux principales questions que se posent ces derniers au sujet de l'introduction en Bourse de Marsa Maroc: Les arguments pour et contre la souscription; quelle attitude suivre pour les petits porteurs?
>Marsa Maroc, une introduction, une vraie!
C’est l’une des plus grosses opérations de privatisation. L’Etat, en cédant 40% du capital de Marsa Maroc, donne au marché financier une occasion tant attendue pour qu’il montre sa maturité à accueillir un actif de qualité et à absorber une introduction à 2 milliards de DH, destinée en grande partie aux institutionnels et investisseurs particuliers locaux.
Pour ces derniers, la question qui se pose est celle de souscrire ou pas.
Si les profils, les attentes en termes de placement diffèrent d’une personne à une autre, on peut dire globalement que l’introduction de Marsa Maroc conjugue les avantages d’un placement opportuniste à court terme, mais aussi offre aux investisseurs long termistes un placement intéressant dans une entreprise stratégique.
Certainement, ce deuxième type d’investissements est le plus prometteur.
>Une opportunité à court terme
En effet, les petits porteurs bénéficieront d’un prix à 65 DH l’action et surtout d’une décote de 5% pour les 250 premiers titres alloués dans le cadre du type d’ordre 2 qui accapare 31,5% de l’offre.
Sachant qu’à l’opposé, les institutionnels se verront attribuer leurs actions à 71 DH l’action correspondant à 25% de l’offre.
De ce fait, on pourrait prévoir que dans un premier temps, et lors des premières séances de cotation, le cours arrivera à ce seuil de 71 DH.
Il est fort à prévoir que la demande des institutionnels se poursuivra sur le marché principal pour ramasser la part des petits porteurs durant les premières séances de cotation qui débuteront le 19 Juillet 2016.
En donnant cet avantage aux petits porteurs, l’Etat veut, à notre sens, éviter le scénario catastrophe d’une cotation en dessous du prix d’introduction et réussir cette introduction censée apporter du sang neuf à la Bourse!
Dans le cas de Marsa Maroc, mettre ses actions à la vente dès le premier jour de cotation équivaut à un manque à gagner qu’il sera difficile de combler ensuite.

>Ceux qui peuvent attendre, gagneront mieux.
Pour les profils moyens long termistes, le couple risque/gain à étudier dépasse les pronostics techniques des premiers jours de cotation.
Le Business plan de Marsa Maroc demeure largement conservateur, laissant au passage une opportunité pour le marché d’anticiper un dépassement des objectifs et partant du rendement.
Des inquiétudes persistent sur le niveau de distribution des dividendes. A 3,4 DH/an pour les 5 prochaines années (prévisions issues de calculs de valorisation mais qui peuvent être modifiées), on peut dire que le rendement est en ligne avec celui du marché, mais il peut être concurrencé par le rendement d’autres valeurs à profil semblable agissant dans des secteurs défensifs.
Par ailleurs, cette inquiétude est d’autant plus prononcée que l’observation des dividendes versés avant l’introduction montre que le dividende servi chaque année à l’Etat peut varier du simple au double.
Il est à noter que le dividende de Marsa Maroc, où l’Etat est toujours majoritaire, est “fixé“ par l’Etat lui-même, dans le cadre de sa loi de finances, présentée au Parlement.
Il aurait été mieux, d’une façon ou d’une autre, de garantir aux investisseurs un pourcentage minimum de distribution des résultats…
>L’Etat, cet actionnaire parfois versatile!
Par ailleurs, l’expérience des petits porteurs est quelque peu amère avec l’Etat actionnaire. Entre les objectifs de rentabilité que peut exiger un actionnaire et les impératifs de rendement économique à la nation voire de service public (politique ?), les intérêts financiers peuvent diverger.
Ainsi, les investisseurs particuliers ont toujours en mémoire les péripéties douloureuses de la radiation de la CGI ou de la BND! Cependant, les institutionnels participeront aux organes de gouvernance de Marsa Maroc pour représenter leurs intérêts. De quoi atténuer ce risque.
Mis à part ces deux éléments, l’investissement dans Marsa Maroc est un actif de qualité, du fait qu’il correspond aux besoins du marché:
-Une entreprise de grande taille par son chiffre d’affaire.
-Un secteur défensif mais à potentiel et stratégique, qui diminue les risques liés à un retournement de conjoncture.
-Secteur nouveau pour la Bourse, de ce fait, Marsa Maroc ne devrait pas souffrir d’arbitrage au niveau de l’allocation sectorielle des actifs.
-Société à capitaux publics qui a des compétences managériales reconnues.
-Première opération de privatisation depuis celle d’IAM en 2004.
-Un actionnaire majoritaire (Etat) stable à 60% du capital, qui a conclu avec les institutionnels un pacte d’actionnaires fixant l’inaliénabilité des titres à 3 ans post introduction.
-Une qualité de signature appuyée par la présence d’un actionnaire de référence (l’Etat) permettant de lever de la dette à des conditions avantageuses pour se développer.
-Un flottant de 40% qui assurera à la valeur une bonne liquidité et dynamisera les échanges anémiques de la BVC.
-Un dividende au moins (chiffre non contractuel) de 3,4 DH qui correspond à un rendement correct de 5% au cours d’introduction pour les 5 prochaines années.
-Un profil de société hybride offrant à l’investisseur l’avantage d’accompagner l’entreprise dans sa croissance, tout en s’assurant un volume d’activité minimum.
-Une valorisation au départ correcte, basée sur les investissements programmés et budgétisés et qui offrira aux nouveaux investisseurs un upside sur les projets et concessions qui viendront s’ajouter à l’exploitation de Marsa Maroc : ainsi, l’évaluation ne prend pas en compte le redémarrage de la Samir, ni le lancement du futur port de Kénitra ou de Nador West Med et autres projets dans la ligne de mire du management.
En conclusion
Interrogé sur cette introduction, un éminent membre du forum Bourse Maroc synthétise:
«Globalement, une opération «populaire», visant à réconcilier le grand public avec la Bourse, au regard de la taille de l’offre réservée aux petits porteurs et la décote appliquée sur la valorisation.
Un conseil Evitez de balancer vos titres les premiers jours et attendre au moins jusqu’à la publication des premiers résultats semestriels en septembre»
Bon investissement!
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