Su-57 en Algérie : l’annonce qui masque mal le décrochage face au Maroc
Souvent présentée comme une rupture stratégique, l’arrivée annoncée du chasseur russe de 5e génération reste entourée d’incertitudes. Pour Alger, elle permet surtout de projeter une image de puissance, alors que le Maroc a déjà engagé une modernisation profonde de ses capacités aériennes.
Depuis l'acquisition des F-16, le Maroc a opéré un saut technologique décisif. Pendant que les Forces royales air intégraient des standards de pointe, l'aviation algérienne restait figée dans une doctrine dépassée. Jusqu'en 2022, ses Su-30 et MiG-29 volaient sans radars à antenne active (AESA) ni pods de désignation laser pour les frappes au sol, utilisant des techniques de ciblage qualifiées d'archaïques.
À l'inverse, le Maroc avait déjà anticipé cette révolution bien avant l'arrivée des F-16, en modernisant ses F-5 et ses Mirage F1 avec des équipements de dernière génération (pods Litening II et Damoclès). Avec l'arrivée prochaine des F-16 Viper (Block 72) entre 2026 et 2029, Alger a pris conscience de son risque de décrochage technologique, l’incitant à rechercher des solutions alternatives comme le MiG-29M2 ou le Su-57 annoncé par Moscou et Alger.
L'éventuelle acquisition de ce chasseur de 5e génération suscite plus de doutes que de craintes. Le Su-57 n'est toujours pas produit en masse en Russie, plusieurs de ses capacités restent discutées, et sa version export serait logiquement moins avancée que celle destinée aux forces russes. Pour Moscou, vendre cet avion à Alger est surtout un moyen de trouver des financements pour ses propres activités de recherche-développement. Même sa furtivité est aujourd'hui remise en cause par les experts internationaux.
Quelle riposte pour le Maroc ? La stratégie de l'intelligence
Face à ces annonces, le Royaume dispose de plusieurs leviers pour maintenir son avance :
- L'option F-35 : si elle est séduisante, elle reste un défi budgétaire et de souveraineté. Cette option extrêmement coûteuse sacrifie souvent la capacité d'emport au profit de la furtivité, une technologie que peu de pays maîtrisent réellement en toute autonomie.
- La supériorité aérienne (F-15EX, Rafale) : ces appareils multi-missions permettraient au Maroc de diversifier ses sources et de garantir une plus grande souveraineté opérationnelle, le F-15EX restant une valeur sûre que même l'armée américaine continue de commander face aux limites du F-35.
- Les "multiplicateurs de force" (AWACS) : une option plus rationnelle consisterait à investir dans des avions de guet aérien. Ceux-ci permettraient de détecter des menaces à longue distance et de guider des missiles sans que les chasseurs marocains aient à allumer systématiquement leurs propres radars. Cette approche, moins spectaculaire que l’achat d’un chasseur de 5e génération, offrirait un avantage tactique majeur.
Mais la supériorité du Maroc ne se joue pas que dans le ciel. Elle repose aussi sur une défense sol-air densifiée (Patriot, Barak-MX) capable de compliquer l'action des menaces dites "furtives". Toutefois, la modernisation de la flotte marocaine d'hélicoptères de transport, bien qu'essentielle pour nos forces spéciales, doit redevenir une priorité alors qu'elle ne représente plus que 25 % de ses effectifs des années 1980.
Si la livraison effective des Su-57 reste à établir, le Maroc aurait intérêt à ne pas se laisser enfermer dans une logique de réaction aux annonces de Moscou et d’Alger. Dans un pays engagé dans des chantiers stratégiques majeurs, la protection des acquis passe par une dissuasion crédible, moderne et cohérente avec ses priorités opérationnelles.
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