Ferroviaire. Les ambitions de Bombardier Transport au Maroc
"Le Maroc doit savoir qu’il y a une alternative à Alstom en tant qu’acteur ferroviaire". C’est en gros le message qu’a voulu véhiculer Bombardier Transport, en organisant sa rencontre fournisseurs le 20 octobre 2016 à Casablanca, en présence de Mamoun Bouhdoud, ministre de la PME.
Une centaine de fournisseurs potentiels de l’opérateur canadien ont assisté à cette rencontre. Marocains et Européens sont venus s’enquérir des opportunités qui se présentent, de la vision du gouvernement marocain et des exigences de Bombardier en tant que donneur d’ordre. Dans le lot, certains fournisseurs figurent déjà dans le portefeuille de l’opérateur ferroviaire, qui ambitionne de devenir la première locomotive de l'écosystème de cette filière au Maroc.
N’est-ce pas mettre la charrette avant les bœufs, que d’engager des discussions avec des fournisseurs, alors qu’aucune stratégie ferroviaire n’est encore tracée?
"Pas du tout. Le raisonnement valable pour l’aéronautique ne l’est pas pour le ferroviaire qui est une industrie où les cycles sont très longs et dont l’activité ne peut être lancée du jour au lendemain. Il faut au moins deux ans d’ingénierie avant de pouvoir commencer la production. A ce moment-là, il faut avoir une connaissance précise de ses fournisseurs. Ce sont eux qui permettent de déterminer les niveaux de prix que nous incluons dans notre offre, en réponse aux appels d’offres", nous répond Taoufiq Boussaid, Pdg de Bombardier Transport Maroc.
"Notre ambition est claire. Nous voulons que les gens commencent à se préparer à l’existence d’un écosystème ferroviaire et à y réfléchir sérieusement. De notre côté, nous devons être en mesure de savoir, d’ici quelques mois, qui sont les fournisseurs prêts à nous accompagner. Nous avons perçu une volonté affichée du Maroc de se positionner sur la carte des écosystèmes avec des réussites en automobile et aéronautique. C'est suffisant pour nous pousser à nous préparer", ajoute-t-il.
Un écosystème ferroviaire, pourquoi pas?
Même son de cloche du côté du ministère de l’Industrie. «Après avoir réussi dans l’automobile et l’aéronautique, nous n’avons aucune excuse pour ne pas dupliquer ce modèle dans le ferroviaire», a déclaré Mamoun Bouhdoud, venu en remplacement de Moulay Hafid Elalamy, initialement invité pour présenter la stratégie nationale en la matière.
«Le Maroc a lancé le PAI avec pour objectif la création de 500.000 emplois à l’horizon 2020 par voie d’écosystèmes avec des locomotives et des tissus de fournisseurs. Il reste 75.000 emplois à trouver, peut-être qu'ils seront créés dans le ferroviaire», a-t-il lancé.
Il enchaîne les déclarations positives à l'adresse de l'entreprise: «Bombardier et le Maroc ont appris à se connaître au fil des années, d'abord dans l'aéronautique. Vous avez une bonne image au Maroc et nous aimons la marque. Nous ne pouvons que soutenir la volonté de Bombardier Transport d’occuper une place encore vide, celle de locomotive dans l’industrie ferroviaire».
Un train made in Morocco dans les usines Bombardier
C'est un message politique encourageant pour Bombardier dont le top manager assure tenir des réunions régulières avec les équipes du ministère de l'Equipement et du transport.
Il a déjà des objectifs chiffrés: créer une usine ciblant la création de 600 emplois directs pour fabriquer un train marocain. «Ce chiffre a été calculé en se basant sur les discussions que nous avons eues avec l’ONCF autour de leurs besoins en trains», précise M. Boussaid.
L’idée est de démarrer avec un taux d’intégration de 30% et d’arriver à 70% dans 10 ans.
Pour l’instant, la présence de Bomardier Transport au Maroc se limite à deux commandes:
-le renouvellement de 14 trains électriques de l’ONCF opérant sur la ligne Casablanca-Rabat (11 millions d’euros).
-Le contrat de signalisation pour équiper la ligne ONCF entre Casablanca-Kénitra et Sidi Yahya-Tanger, remporté en 2014 pour 3 millions d’euros.
Ceci étant, le Maroc n’est pas un objectif en soi, mais un projet de hub pour couvrir l’Afrique. «Le business model européen ne sera pas audible pour nos interlocuteurs potentiels en Afrique. Il faut arriver à asseoir une base solide au Maroc pour en faire une tête de pont par la suite. Le pays constituera une référence de taille pour soumissionner à des projets africains qui s'y reconnaitront comme référence», confie M. Boussaid.
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