Attentat de Berlin: le suspect, un islamiste connu, jamais arrêté
Le suspect tunisien de l'attentat au camion-bélier de Berlin, Anis Amri, est arrivé en Allemagne en 2015, où il a été rapidement identifié comme un militant islamiste dangereux. Mais la police n'est jamais parvenue à l'arrêter, malgré une foule d'indices.
Visage épais mangé par une barbe selon une photo diffusée par le parquet antiterroriste, ce gaillard de 1,78 m et 75 kilos est "dangereux" et peut-être armé, selon les autorités. Dans la nature depuis l'attaque du marché de Noël qui a fait douze morts, lundi 19 décembre dans la soirée, Amri n'est pour les enquêteurs pas un inconnu.
Arrivé en Allemagne en juillet 2015, avant la grande vague migratoire, la police l'a rapidement soupçonné de liens avec la mouvance salafiste. Classé "individu dangereux" depuis des mois dans l'ouest du pays, et disposant de plusieurs identités, il a fini par être signalé au centre allemand national de lutte antiterroriste.
Il était aussi visé depuis mars par une enquête confiée au parquet de Berlin pour "préparation d'un acte criminel grave représentant un danger pour l'Etat".
Concrètement, il était soupçonné de préparer un braquage pour acheter des "armes automatiques et probablement ensuite, avec l'aide de complices qu'il voulait trouver, de commettre un attentat".
Malgré les filatures de la police, les investigations n'ont pas "pu confirmer les soupçons initiaux". L'affaire fut donc classée faute d'éléments suffisants et la surveillance d'Anis Amri a cessé en septembre.
L'homme a passé son temps à se déplacer en divers endroits du pays, manifestement pour brouiller les pistes. Le quotidien Bild affirme qu'il a quitté il y a quelques mois la Rhénanie (ouest) pour Berlin. Là, il a été arrêté puis relâché alors qu'il était déjà soupçonné d'avoir voulu préparer un attentat et de chercher à rejoindre la Syrie.
"Je n'en ai pas cru mes yeux"
Selon le parquet de Berlin, Amri a aussi attiré l'attention de la police dans une affaire de trafic d'une petite quantité de drogue et pour une bagarre.
Selon le quotidien Süddeutsche Zeitung, le Tunisien aurait par ailleurs entretenu des contacts avec un ressortissant irakien de 32 ans, identifié comme Ahmad Abdulaziz Abdullah A. alias "Abou Walaa". Ce dernier a été arrêté en novembre avec quatre complices pour avoir monté un réseau de recrutement pour le compte de Da'ech, selon le parquet fédéral.
Pour sa famille, ces informations sont une surprise.
"Quand j'ai vu la photo de mon frère dans les médias, je n'en ai pas cru mes yeux. Je suis sous le choc et je ne peux croire que c'est lui qui a commis" l'attentat de Berlin, a dit à l'AFP Abdelkader Amri, frère du suspect.
"On n'a jamais eu l'impression qu'il avait quelque chose d'anormal. Il nous contactait via Facebook et il était toujours souriant et joyeux!", a affirmé de son côté sa soeur Najoua à l'AFP.
Les parents du suspect, qui ont été interrogés par la brigade antiterroriste tunisienne, sont installés à Oueslatia, une bourgade du centre du pays à 60 km de Kairouan. Quatrième ville sainte de l'Islam, elle fut à ce titre un des bastions des salafistes tunisiens après la révolution.
Selon une source sécuritaire tunisienne, le jeune homme a émigré vers l'Italie clandestinement après la révolution de janvier 2011, comme beaucoup de jeunes du pays qui ont à l'époque profité des troubles dans leur pays pour fuir la misère et le chômage et rejoindre l'Europe, souvent par la mer.
Anis Amri a vu sa demande d'asile en Allemagne rejetée en juin 2016, mais la Tunisie a bloqué la procédure d'expulsion, refusant longtemps de reconnaître l'individu comme l'un de ses ressortissants. Hasard de calendrier, le document devant permettre de le renvoyer dans son pays est arrivé mercredi 21 décembre en Allemagne.
"La course mortelle du camion polonais"
Lundi, selon son employeur polonais, le chauffeur attitré du camion ayant servi à l'attentat, un homme de 120 kilos mesurant 1,83 m, est à Berlin pour livrer un chargement de 24 tonnes d’éléments en acier provenant d'Italie. Mais cette livraison est remise au lendemain, si bien que le routier doit rester dans la capitale allemande et gare son camion dans une zone industrielle dans le nord-ouest de la ville, selon Bild.
Vers 15h00, il parle brièvement à son épouse et le couple décide de se reparler une heure plus tard, un contact téléphonique qui n'aura jamais lieu. En revanche, selon son patron, les données GPS du camion montrent que le véhicule a été mis en marche, mais en ne faisant que de petits mouvements "comme si quelqu'un apprenait à le conduire".
Toujours selon cette source, le poids-lourd quitte finalement son stationnement vers 19h40, parcourt dix kilomètres environ du nord-ouest vers un quartier très fréquenté de l'ouest de Berlin. Là, il fonce sur la foule rassemblée sur un marché de Noël sur une place, vers 20h00.
Mais après 60 à 80 mètres, le camion, au lieu de poursuivre sa course tout droit à travers le marché, dévie sur sa gauche, transperçant un stand, pour s'immobiliser sur l'avenue bordant la place. Cette sortie de trajectoire met fin au carnage. Elle pose aussi des questions.
La police retrouve le chauffeur polonais mort, tué par balle, dans la cabine sur le siège passager. Selon son patron, qui a vu des photos du corps, son employé portait "des traces de coups, il était évident qu'il s'était battu. Son visage était ensanglanté, tuméfié. Il y avait une blessure à l'arme blanche".
Selon des médias, le conducteur a pu être kidnappé et forcé de conduire le camion vers la foule avant de se débattre et d'être tué. Ou alors, tenu en respect par une arme sur le siège passager, il a tenté de prendre le contrôle du véhicule et forcé celui-ci à quitter sa trajectoire mortelle.
(Avec AFP)
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