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ECONOMIE

L'état des zones industrielles, point faible de la stratégie industrielle du Maroc

Routes défoncées, ramassage des ordures inexistant, faible sécurisation, mauvaise desserte des transports en commun…. Tels sont les maux, dont souffrent les zones industrielles au Maroc, dans l’indifférence des pouvoirs publics.

L'état des zones industrielles, point faible de la stratégie industrielle du Maroc
Adil Boutda
Le 7 février 2018 à 17h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Rareté de l’offre

Quand un investisseur veut créer une nouvelle unité industrielle, il fait face à la rareté des bâtiments appropriés et des terrains viabilisés au cas où il voudrait construire lui-même son usine.

S’il a le malheur de résider dans une des provinces périphériques du pays, l’affaire sera vite pliée, car il ne trouvera même pas une zone industrielle dans sa ville. C’est ce que vient de découvrir Miriem Bensalah Cheqroun, ce 06 février à Er-Rachidia: Aucune zone industrielle équipée, pour une région de 1,6 millions d’habitants.

Même quand les zones industrielles existent, un investisseur y trouvera rarement des lots disponibles. Les spéculateurs acquièrent, dès le lancement des zones, la majeure partie des lots, à des prix symboliques, pour les revendre au prix fort aux véritables entrepreneurs.

Pour déjouer les mesures prises par les pouvoirs publics contre ce genre de pratiques, ils n’hésitent pas à présenter des projets de sociétés factices avec raisons sociales, plans de bâtiments et bien d’autres détails.

En 2017, il a fallu plus de 15 mois à un industriel français spécialisé dans les vêtements de travail, d’abord installé en location dans la zone industrielle de Sidi Ghanem, pour trouver un lot de terrain viabilisé dans la ville de Marrakech, afin d’y construire une nouvelle unité de fabrication.

Aménagements déficients

Quand un industriel finit par trouver un local correspondant à ses besoins, il se heurte vite aux incommodités des zones d’activité du pays. Deux exemples représentatifs, suffisent pour rendre compte du laisser-aller dont souffre la majeure partie des parcs industriels au Maroc. Il s’agit de la grande zone de Bensouda à Fès et la légendaire zone de Aïn-Sebâa.

>Bensouda à Fès

Dans la ville de Fès, un fabricant de sacs à main pour le marché italien, implanté dans la zone industrielle de Bensouda, se désole de l’absence de trottoirs et l’état lamentable des chaussées. Avec ses bosses et ses grandes fosses, ses bouches d’égout grandes ouvertes, celles-ci ressemblent plus aux pistes rurales, qu’à des routes censées accueillir les remorques internationales.

Ce même industriel se rappelle encore du choc ressenti par des acheteuses venues de Milan, pour visiter son usine. La mauvaise image que cette zone délabrée donne aux visiteurs étrangers, n’est pas le seul tort que doivent subir les entreprises qui y sont installées. Un fort «Turn-over» de leurs employés grève leur productivité et rend irrégulières leurs capacités de production.

Des abandons de postes sont la conséquence naturelle de l’insécurité qui règne dans cette zone, surtout durant l’hiver, quand les heures de sortie des usines, coïncident avec la tombée de la nuit. L’absence de la police, un éclairage public défectueux et le relatif isolement de la zone par rapport aux quartiers résidentiels, rend les ouvrières particulièrement vulnérables aux vols à l’arrachée et aux diverses agressions.

Collectivités locales, conseil de la ville et ministère de tutelle ne cessent d’être sollicités par les industriels du quartier Bensouda. Durant ces dix dernières années, des plans de restructuration sont annoncées périodiquement et leurs budgets sont définis, mais jusqu’à ce jour, leur concrétisation n’a jamais pu être initiée.

>Ain Sebâa à Casablanca

Quoi de mieux pour illustrer l’indifférence des pouvoirs publics à l’égard des zones industrielles, que de prendre à témoin, le chaos pérenne du plus grand quartier industriel du pays. Toutes les branches industrielles s’y trouvent et les parcs d'activités des arrondissements de «Sidi Bernoussi» en constituent le cœur battant.

L'état des zones industrielles, point faible de la stratégie industrielle du Maroc

Ce dynamique ensemble, où les boulevards se nomment «Chimie», «Mécanique» ou «Construction», se trouve sur l'axe autoroutier qui relie Casablanca à Rabat, à seulement 20 min du port de Casablanca, 15 km de son centre et 30 min de l'aéroport Mohammed V. Presque 600 unités y sont installées sur une superficie de 1.000 ha et 50.000 salariés s’y rendent chaque jour pour travailler.

L’immense richesse qui s’y crée chaque jour, depuis plus de quarante ans, ne semble pas intéresser les pouvoirs publics, afin qu’ils daignent résoudre ses redondants problèmes.
A cause de son aspect tentaculaire, les déficiences y sont exacerbées. Le quartier est mal desservi. Les ouvrières qui viennent des autres régions de la ville, doivent prendre plusieurs moyens de transport pour s’y rendre. Les camions-poubelles n’y vident que les bennes situées au long des grands boulevards, ignorant les usines sises dans les innombrables rues du quartier. 

Celles-ci sont donc obligées de payer la centaine d’éboueurs informels, qui ont fini par se substituer aux services municipaux. La ville continue pour autant, de percevoir de ces usines des millions de dirhams, en guise de taxes d’édilité!

Les bâtiments qui y sont proposés à la location sont pour la plupart, non-conformes aux standards internationaux, en termes de commodités logistiques et de mesures de sécurité. Cette inadéquation par rapport aux normes internationales, empêche les unités de cette zone, de se faire référencer par les grands donneurs d’ordres occidentaux.

Des parties concernées

L’état de la majorité des zones industrielles du pays ne diffère guère de celui de Ain Sebâa et de Bensouda. Comment réagissent les parties concernées, face à ce problème permanent?

>Les instances élues 

Les collectivités locales n’ont aucune raison objective, pour prendre en charge les maux des zones industrielles. Le développement économique ne les intéresse pas. Leur horizon se limite à la prochaine échéance électorale et leurs électeurs se trouvent dans les quartiers résidentiels et non dans les zones industrielles. Les élus des conseils des villes et des régions obéissent à la même logique.

>Le ministère de l’Industrie

Devant la difficulté de coordonner la multitude des intervenants et le chevauchement des compétences, entre instances élues d’une part et représentants du pouvoir central d’autre part (Wilayas et préfectures), le ministère semble vouloir concentrer ses efforts sur les nouvelles zones uniquement, des parcs dont il a pu chapeauter la réalisation, depuis la conception jusqu’à la livraison. D’ailleurs, dans le site officiel du ministère, les anciens parcs industriels ne sont même pas répertoriés.

>Les opérateurs économiques

 

Les industriels déjà établis dans les zones industrielles, tentent de se prendre en charge, en s’organisant en associations agissantes, afin de pallier à l’inaction des pouvoirs publics. C’est le cas d’Izdihar, qui regroupe les industriels des zones industrielles de Sidi Bernoussi. Selon sa directrice, l’association a plusieurs réalisations à son actif, comme la résorption de poches de bidonvilles, la réparation de l’éclairage, l’aménagement des voiries et la création de zones de stationnement pour les poids lourds.

Conscients cependant, du fait qu’ils n’ont ni les moyens ni les compétences pour affronter tous les problèmes de leur quartier, les adhérents d’Izdihar ont élaboré en 2016, un projet de convention, en vue de réhabiliter la zone. Deux après, les officiels n’y ont toujours pas réagi.

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Adil Boutda
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