Gouvernement: vive tension entre le PPS et le PJD à cause du départ de Charafat Afilal
Dans un communiqué au ton dur, le PPS s'en prend directement à Elotmani. Il indique qu'il suivra cette question et que son comité central tiendra une réunion extraordinaire le 22 septembre prochain. Il devra décider s'il reste ou non au sein du gouvernement.
Le gouvernement Elotmani surmontera-t-il cette énième crise de la majorité ? La lune de miel entre le PPS et le PJD semble de l'histoire ancienne. En tous les cas, ce n'est pas le goût du miel mais celui de l'amertume qui vient à l'esprit lorsqu'on lit le communiqué du parti ou que l'on écoute son secrétaire général (ci-dessous, vidéo).
Le secrétariat d'Etat chargé de l'Eau (portefeuille du PPS), auprès du ministre de l'Equipement, du Transport, de la Logistique et de l'Eau (PJD) a été supprimé à la demande du chef du gouvernement qui n'a pas informé son allié de cette décision, accuse le PPS.
Le Parti du Progrès et du socialisme a demandé des explications au chef du gouvernement. Il affirme ne pas avoir été convaincu. Lundi 27 août, Benabdellah a rencontré Saadeddine Elotmani. Mardi 28, l'affaire "Charafat" était au centre de la réunion de son bureau politique.
A l'issue de cette réunion, le PPS a exprimé dans un communiqué "son étonnement" face à la manière dont a été gérée la question de la suppression du secrétariat d’État chargé de l’Eau. Selon le bureau politique du PPS, ni le parti ni la secrétaire d’Etat, qui est la première concernée, n’ont été informés de cette proposition avant qu'elle ne soit présentée [au Roi] pour approbation", rappelant que le parti "fait toujours preuve d'estime et de plein respect pour les Hautes décisions royales et s’y conforme".
Le PPS a également exprimé "son incompréhension quant à la signification de cette proposition (....) qui a concerné uniquement le secteur de l’eau, sans prendre en considération les constantes politiques et déontologiques nécessaires en matière de gestion des alliances et des relations au sein de toute majorité gouvernementale mûre".
Alors que pour le PPS, "la situation des secrétariats d’État et de ceux qui en ont la charge pose un véritable problème pour toutes les instances politiques formant la majorité gouvernementale en ce qui concerne les prérogatives et la relation avec les ministres qui en assurent la supervision".
Le bureau politique a souligné que le traitement de cette question est "en contradiction totale avec les efforts requis pour donner un nouveau souffle à la vie politique et réunir les conditions susceptibles afin d’améliorer l’action du gouvernement pour qu'il puisse jouer un rôle essentiel en faveur d'une mobilisation nationale à même de promouvoir une nouvelle relance économique plaçant la question sociale au centre du projet réformiste et consolidant l’édification démocratique".
En politique, un tel acte peut briser des alliances. Dans communiqué au ton fort le PPS indique qu'il "veillera au suivi de cette question dans la perspective de la convocation de son comité central pour une réunion extraordinaire le 22 septembre prochain en vue d'approfondir l'analyse de la situation et d'adopter la position qui s'impose".
Sans le dire en des termes clairs, le PPS doit se décider s'il va rester ou non au gouvernement. Après le départ de Chrafat Afilal, le PPS est représenté au sein de l’Exécutif par deux ministres: Anas Doukkali à la Santé et Abdelahad Fassi-Fihri à l’Aménagement du territoire, l’Habitat et l’Urbanisme.
La décision de supprimer ce poste "vise à l'amélioration de la gouvernance des chantiers relatifs à l'eau et de leur efficacité et efficience, ainsi que le renforcement de la cohérence et la complémentarité entre les services et établissements concernés par l'eau relevant de ce ministère, en harmonie avec l'intérêt que le Roi leur accorde", avait indiqué un communiqué du cabinet royal publié le 20 août 2018. Ce qui laisse supposer que ce chantier n'a pas été correctement assuré par Chrafat Afilal.
Mais le PPS n'est pas du même avis. Son bureau politique "salue l’action remarquable de Charafat Afailal, une militante responsable qui a fait montre de compétences avérées, d’un sens élevé de patriotisme, de dynamisme et d’honnêteté, de présence estimée sur le terrain et de capacité d'action reconnue par les différents acteurs aux niveaux national et local, et ce durant l’accomplissement de ses responsabilités à la tête de son département", affirme le parti dans son communiqué.
Voici le texte intégral du communiqué du PPS:
"Le Bureau Politique du Parti du Progrès et du Socialisme a tenu, mardi 28 août 2018, une réunion consacrée essentiellement à l'examen du sujet de la suppression du Secrétariat d'Etat à l'eau de la configuration gouvernementale et son intégration dans le Ministère de l'Equipement, du transport, de la logistique et de l'eau, et ce, sur une haute décision de Sa Majesté le Roi et sur proposition du Chef du Gouvernement comme indiqué dans un communiqué officiel.
"Tout en soulignant que le Parti du Progrès et du Socialisme traite toujours avec respect et considération les hautes décisions royales auxquelles il se conforme, le Bureau Politique exprime sa surprise quant à la manière et la méthode avec lesquelles le Chef du Gouvernement a géré cette question, puisque ni le Parti ni la Secrétaire d'Etat concernée n'ont été informés de cette proposition avant sa présentation pour adoption.
"A ce propos, le Bureau Politique du Parti du Progrès et du Socialisme souhaite tout d'abord rendre hommage à la camarade Charafat Afailal, la responsable et la militante et lui rendre hommage pour ses prestations remarquables ainsi que pour le sens patriotique élevé, le dynamisme caractéristique, la vitalité notoire, la haute probité, la présence remarquée sur le terrain et la capacité de réalisation qui lui sont reconnus par les différents acteurs, concernés et responsables locaux et nationaux et dont elle a fait preuve en prenant en charge la responsabilité de la gestion du secteur de l'eau, aussi bien au sein du gouvernement précédent en qualité de Ministre Déléguée que durant la période passée au sein de l'actuel gouvernement en tant que Secrétaire d'Etat.
"Après un examen exhaustif de la question sous tous ses aspects , à la lumière du rapport présenté par le Secrétaire général du Parti contenant les conclusions de la rencontre ayant réuni une délégation de la direction du Parti avec le Chef du Gouvernement, le lundi 27 août courant, le Bureau politique exprime l'incompréhension du PPS quant à la finalité de cette proposition, émanant du Chef du Gouvernement et dans laquelle le Ministre tuteur du secteur de l'Equipement, du transport, de la logistique et de l'eau supporte une responsabilité directe, cette proposition n'ayant concerné que le secteur de l'eau à l'exclusion des autres secteurs gouvernementaux.
"Cette proposition n'a absolument pas tenu compte des considérations politiques et morales requises pour la gestion des alliances et des rapports à l'intérieur d'une majorité gouvernementale mûre et surtout de la relation particulière qui réunit notre Parti avec le Parti du Chef du Gouvernement, sachant que la situation des Secrétariats d'Etat et des membres du gouvernement qui les supervisent pose un problème véritable à toutes les organisations politiques composant la majorité gouvernementale en ce qui a trait aux attributions et à la relation avec les Ministres qui supervisent ces secteurs.
"Tout en rappelant les nombreuses interventions et initiatives répétées prises en particulier par le Secrétaire général et la camarade Charafat Afailal pour régler les difficultés ayant surgi dans les relations entre la camarade Secrétaire d'Etat et le Ministre responsable du secteur, et qui pouvaient être évitées à travers diverses formules positives disponibles, le Bureau Politique considère que le Chef du Gouvernement ayant présenté cette proposition est tenu de présenter à notre Parti et à l'opinion publique nationale, de manière transparente et convaincante, les explications nécessaires et les réponses convaincantes aux nombreuses interrogations légitimes qui se posent en ce qui concerne la méthode et la manière avec lesquelles ce sujet concernant directement le Parti du Progrès et du Socialisme a été géré, et ce pour couper court aux révélations orientées et aux suppositions tendancieuses , sachant que le PPS subit des coups depuis qu'il a choisi de participer en 2011 au gouvernement aux côtés du PJD et d'autres partis politiques amis.
"En dépit de cela, il a accompli cette participation avec courage, audace et abnégation et est demeuré attaché à ce choix en partant de sa ferme détermination à défendre le projet démocratique pour lequel il milite.
"Le Bureau Politique souligne que cette gestion va totalement à l'encontre de ce qui est requis en termes d'actions pour insuffler un nouveau souffle dans la vie politique, pour promouvoir la pratique et l'action politiques et assurer les conditions susceptibles de développer qualitativement le rendement du gouvernement. Le but, en l'occurrence est que celui-ci puisse jouer un rôle capital dans une mobilisation nationale capable de réaliser une nouvelle dynamique de développement plaçant la question sociale au cœur du projet réformiste et renforçante le processus de la construction démocratique en conformité avec la haute volonté telle qu'exprimée dans plus d'un discours royal et en particulier dans les deux Discours du Trône et de l'anniversaire de la Révolution du Roi et du peuple de cette année.
"C'est pourquoi, et dans l'attente de disposer de réponses convaincantes et d'amples données expliquant ce qui s'est passé, le Bureau Politique a décidé de continuer à suivre la question dans la perspective d'une convocation du Comité central à tenir une session spéciale, le samedi 22 septembre 2018, en vue d'affiner les analyses du Parti et de prendre la position que requiert l'étape". [FIN DU COMMUNIQUE]
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