2019, une mauvaise année pour le Maroc sur le plan économique
A l’issue de son troisième conseil de politique monétaire de l’année, Bank Al-Maghrib a livré des prévisions économiques globalement négatives pour l’année 2019. Il s’attend à une amélioration en 2020 mais les facteurs de risque sont importants.
Sur le plan international d’abord, il y a une dégradation des perspectives de la croissance mondiale qui induit une baisse de la demande étrangère adressée au Maroc.
« Les conflits commerciaux, les tensions géopolitiques et les incertitudes entourant les modalités du Brexit induisent une volatilité accrue des marchés et continuent de peser sur les échanges commerciaux et sur l’investissement des entreprises. Dans ces conditions, les perspectives de l’économie mondiale se sont dégradées, avec un ralentissement diffus prévu cette année », indique la Banque centrale.
Seul point positif pour le Maroc dans cette conjoncture internationale, les cours du pétrole devraient rester bas : ils termineraient l’année sur une moyenne de 63,7 dollars le baril, avant de baisser de nouveau à 60,9 dollars en 2020.
Tassement des exportations
Dans ces conditions, les comptes extérieurs du Maroc (compte courant de la balance des paiements) devraient continuer à afficher un déficit élevé : 5,1% du PIB en 2019 après 5,5% en 2018. BAM prévoit une amélioration en 2020 à 3,6%.
Plusieurs conditions doivent être réunies pour atteindre ces niveaux : baisse de la facture énergétique, montée en puissance des exportations automobiles de l’usine PSA de Kénitra, et réception du reliquat des dons du Conseil de coopération du Golfe (3,8 milliards de DH).
Dans le détail, le rythme des exportations pour l’année 2019 a été revu à la baisse à 3,9%, en relation essentiellement avec des réalisations au premier semestre en deçà des attentes aussi bien pour les ventes de la construction automobile que pour celles des phosphates et dérivés.
En 2020, ce rythme devrait s’accélérer à 8,4%, résultat principalement de la montée en puissance de l’usine PSA.
Quant aux importations, leur progression devrait décélérer à 3,4% en 2019 puis à 2,6% en 2020, sous l’effet principalement de la baisse de la facture énergétique ainsi que du ralentissement de la progression des acquisitions de biens d’équipement.
Pour leur part, les recettes de voyage progresseraient de 4,5% en 2019 et de 3,2% en 2020 et les transferts des MRE afficheraient des augmentations de 1,5% et 3,6% respectivement.
Quant aux IDE, après des recettes exceptionnelles en 2018 liées à la cession de Saham Finance à Sanlam, leur niveau devrait se stabiliser à un montant équivalent à près de 3,5% du PIB.
Dans ces conditions, et en tenant compte à la dois du reliquat des dons du CCG et des deux emprunts internationaux du Maroc, les réserves de change devraient atteindre 239 milliards à fin 2019 et 234,3 milliards en 2020, soit l’équivalent d’un peu plus de 5 mois d’importations de biens et services.

Un déficit budgétaire relativement élevé
Les finances publiques ne devraient pas faire mieux. BAM s’attend à un ralentissement du processus de consolidation budgétaire.
Le déficit budgétaire hors privatisation devrait se situer autour de 4% du PIB en 2019 avant de s’atténuer à 3,8% du PIB en 2020.
L’impact du dialogue social (hausse de la masse salariale) et la baisse des recettes de l’IS seraient légèrement atténués par la baisse de la charge de compensation.
Une croissance de 2,7%
En termes de croissance économique, on devrait également enregistrer une dégradation. La croissance devrait de nouveau décélérer à 2,7% en 2019, en raison d’une récolte céréalière (52 MQ) moins importante que prévu et de la poursuite du redressement des activités non agricoles (3,6% contre 2,6% en 2018).
En 2020, la croissance devrait s’accélérer à 3,8%, un rythme moins rapide que prévu par BAM en juin dernier, compte tenu essentiellement des perspectives moins prometteuses de la demande étrangère.
Cette évolution reflèterait une amélioration de 6,3% de la valeur ajoutée agricole, sous l’hypothèse d’une récolte céréalière moyenne (80 MQ). Pour sa part, la valeur ajoutée non agricole devrait croitre de 3,6% (contre 3,9% communiqué en juin).
Et c’est la demande intérieure qui continuerait à porter la croissance, grâce notamment à une inflation contenue, la revalorisation salariale et l’augmentation des allocations familiales décidées dans le cadre du dialogue social.
Les échanges extérieurs maintiendraient, eux, une contribution négative à la croissance.
Pour rappel, l’inflation devrait nettement ralentir, passant de 1,9% en 2018 à 0,4% en 2019, avant de s’accélérer modérément à 1,2% en 2020.


Redressement du crédit bancaire mais aggravation du déficit de liquidités
Seule prévision positive au tableau, le crédit bancaire au secteur non financier devrait connaître une amélioration pour s’accroître à un rythme avoisinant 3,7% en 2019 et 4,7% en 2020. Mais compte tenu du ralentissement des dépôts, de la hausse de la circulation du cash et des sorties de devises, le déficit de liquidités des banques deviendrait important.
C’est d’ailleurs ce qui a poussé BAM à baisser le taux de la réserve monétaire obligatoire pour injecter des liquidités dans le système.

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