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EDUCATION

Ce qu'il faut savoir sur le nouveau système Bachelor dans les universités

Les universités fixeront les contenus fin mars et les inscriptions seront ouvertes à partir de juin. Les langues, les soft skills, le numérique et le système flexible des UV sont les grandes nouveautés du système. Le démarrage de l’année universitaire est prévu pour le 7 septembre. Le projet fait d’ores et déjà face à l’opposition des enseignants.

Ce qu'il faut savoir sur le nouveau système Bachelor dans les universités
M.M.
Le 14 janvier 2020 à 14h16 | Modifié 11 avril 2021 à 2h44

Après 17 ans de système LMD (licence en 3 ans), les universités marocaines s’apprêtent à renouer dès la rentrée prochaine avec la licence à 4 ans qui sera appelée Bachelor, diplôme très en vogue dans les pays anglo-saxons.

Médias 24 a pu consulter un document qui détaille les nouveautés de ce système.

Celui-ci est organisé en UV, 240 au total, soit 60 UV par année, l’année étant organisée en deux semestres.

Possibilité d’obtenir son Bachelor en moins de 4 ans

Pour valider une UV, l’étudiant doit avoir une note supérieure à 10/20.

Le système est très flexible : un étudiant qui arrive à obtenir ses 240 UV en moins de 4 ans pourra décrocher son Bachelor sans attendre la fin du cursus.

Celui qui rate une UV peut en revanche s’y réinscrire autant de fois qu’il le souhaite jusqu’à obtention de la note qualifiante.

Le cursus est organisé en 4 ans.

La première année est une année de transition. Elle vise à faciliter l’intégration de l’étudiant dans le cursus universitaire, à l’aider à choisir son orientation, à lui donner les outils pour réussir son Bachelor.

Elle sera axée essentiellement sur les langues étrangères, les soft skills, l’ouverture sur de nouveaux champs de connaissances, la culture générale, les valeurs, en plus des matières fondamentales.

Un tronc commun pour tous les étudiants est prévu en deuxième année, avant que chacun ne choisisse sa spécialisation en troisième année. La quatrième année est dédiée à l'approfondissement de la spécialisation choisie.

Langues étrangères : sans niveau B2, pas de Bachelor

Les langues ont une place particulière dans le nouveau système. Et sont mises au même pied d’égalité que les matières fondamentales à raison de 6 UV.

Trois langues étrangères seront enseignées : le français, l’anglais et l’espagnol.

Des tests de langues seront dispensés à l’entrée universitaire pour fixer le niveau des étudiants. Chaque étudiant sera orienté selon son niveau en langues. Un étudiant qui maîtrise le français et réussit avec brio le test d’entrée, par exemple, sera dispensé de cette langue, mais sera orienté vers l’anglais ou l’espagnol.

Les langues ne sont plus des matières complémentaires, mais essentielles. La formation en langues sera sanctionnée par des certificats reconnus comme le TOIC en anglais par exemple.

Grande nouveauté : l’obtention du niveau B2 (ou équivalent) dans les différentes langues devient une condition sine qua none pour l’obtention du Bachelor. Un étudiant qui n’atteint pas le niveau souhaité en langues n’obtiendra pas son diplôme universitaire.

En plus des langues classiques, le coding sera également introduit. Il est considéré comme la langue du futur. Tous les étudiants auront des cours en codage.

Le numérique est considéré en cela comme un outil pédagogique d’apprentissage et non seulement une simple matière à enseigner. Il sera utilisé dans tous le cursus, notamment dans l’apprentissage à distance.

Objectif : améliorer l’employabilité et la mobilité internationale

Les objectifs de ce nouveau système sont multiples selon le ministère.

Il vise d’abord à améliorer le rendement de l’université en augmentant le taux de « diplomation ».

C’est une des grandes failles du système actuel où plus de la moitié des inscrits (47,2%) quitte le navire sans le moindre diplôme, selon les chiffres du ministère.

16,5% des étudiants quittent d’ailleurs l’université dès la première année de licence. Ce taux atteint 27,1% dans les filières scientifiques. Et seule une petite part de 13,3% obtient la licence au bout de 3 ans. Ce taux est de 9% seulement dans les filières scientifiques.

Quant à la durée moyenne pour l’obtention de la licence, elle se situe entre 4,5 à 5 ans. Cet allongement de la durée dû au redoublement et à l’interruption temporaire des études a un coût pour les universités, notamment en matière de frais de gestion : le ministère l’estime à 3,7 milliards de dirhams par année.

Deuxième objectif du système du Bachelor : améliorer l’employabilité des étudiants en mettant l’accent sur les langues étrangères, le savoir-être, les soft skills, les life skills, les civic et professionnal skills. La culture générale devient également une composante essentielle dans la formation, selon le ministère.

Ces skills visent à donner à l’étudiant des outils pour apprendre à résoudre des problèmes complexes, développer son sens critique, la créativité, le sens de l’initiative, le leadership, développer l’intelligence émotionnelle, la capacité d’arbitrage et de prise de décision…

Cette nouvelle orientation vise à remédier à l’autre faille du système : l’intégration des diplômés universitaires dans l’entreprise. Actuellement, 25% des étudiants des universités à accès ouvert finissent au chômage.

Troisième objectif : ouvrir l’université marocaine sur l’international, le Bachelor étant le système le plus répandu dans le monde. Ceci facilitera également la mobilité des étudiants marocains à l’international. Et rendra les universités marocaines plus attractives pour les étudiants étrangers.

Les inscriptions démarrent début juin

Son application sera effective dès la rentrée prochaine, prévue le lundi 7 septembre.

D’ici là, les universités doivent s’atteler à fixer les contenus des différentes branches. Le ministère a fixé le 31 mars comme date limite pour cela.

Un site d’orientation des candidats au BAC sera lancé fin mai pour un démarrage des inscriptions en Bachelor dès début juin.

Une période de transition est toutefois prévue. Le système du Bachelor ne concernera que les nouveaux inscrits. Ceux qui sont déjà en deuxième année universitaire poursuivront leurs études selon l’actuel système (LMD).

La réforme face à la résistance des enseignants chercheurs

Ce changement risque toutefois de se heurter au refus des enseignants-chercheurs. Réuni le 4 janvier à Fès, leur bureau syndical, réputé puissant, s’est opposé frontalement au nouveau système. Un communiqué publié à l’occasion présente leur argumentaire.

Ils estiment d’abord qu’ils n’ont pas été consultés par le ministère pour donner leur avis sur le nouveau système. Selon eux, aucun projet officiel n’a été présenté pour l’instant. Seules les fuites de certains documents font état du changement imminent du système. Ils revendiquent ainsi que le ministère leur fasse part de manière officielle du contenu de cette réforme.

Ils considèrent aussi, sur la base des documents fuités, que la nouvelle approche ne valorise pas l’identité nationale notamment sur la question des langues. Ils pointent l’importance que prendront désormais les langues et les soft skills au détriment des matières fondamentales.

Ils considèrent par ailleurs qu’il n’existe aucune justification scientifique pour changer le système actuel et revenir à la licence à 4 ans, système abandonné pourtant en 2003.

Cette réforme, ajoute leur communiqué, est « un coup porté à l’indépendance pédagogique de l’université comme le stipule la loi 01.00 qui régit l’enseignement supérieur ». « Le projet a été préparé dans le secret, en cachette par le ministère qui essaie aujourd’hui de l’imposer en haut sans faire participer le corps des enseignants ».

Cette réforme sera-t-elle prise en otage par un nouveau bras de fer syndicat-ministère ? A suivre…

>>Lire aussi: Les premiers détails sur le modèle universitaire du Bachelor

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M.M.
Le 14 janvier 2020 à 14h16

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