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POLITIQUE

Gestion de Tanger: le PJD défend son bilan, le PAM et le RNI pointent les échecs

Moins de 6 mois avant les élections communales, Medias24 a invité le vice-président PJD de la commune de Tanger et deux élus de l’opposition PAM-RNI à faire le bilan du mandat 2015-21. Mohamed Amahjour avance que son équipe a amélioré la gouvernance de la ville du détroit alors que ses opposants Mohamed Razouani et Hassan Bouhriz déclarent que la majorité s’est contentée d’alourdir la charge fiscale des habitants.

Gestion de Tanger: le PJD défend son bilan, le PAM et le RNI pointent les échecs
Samir El Ouardighi
Le 11 mars 2021 à 15h28 | Modifié 11 avril 2021 à 2h50

Après avoir donné la parole à la majorité PJD qui dirige les villes de Rabat et de Marrakech, ainsi qu’à son opposition constituée par la FGD et le PAM, Médias24 a sollicité les 3 grands partis qui gèrent la commune de Tanger pour revenir sur leur bilan durant les six dernières années.

« Notre bilan s’est caractérisé par une bonne gouvernance »

Sans surprise, le membre du secrétariat général du PJD et premier vice-président de la commune, Mohamed Amahjour se dit très satisfait des actions communales entreprises par la majorité depuis 2015.

« Etant le 2ème pôle économique du Maroc, et compte tenu du fait que la commune n’est qu’un acteur parmi d’autres dans la gestion des affaires locales, la tâche n’a pas été facile mais s’il fallait résumer l’apport du PJD, je mettrais en avant la bonne gouvernance.

« En effet, nous avons installé une bonne gestion urbaine en rationalisant les dépenses et en optimisant les projets lancés avec une rigueur dans leur suivi.

Le PJD a rééquilibré les comptes historiquement déficitaires

« Le deuxième apport du PJD a été financier car la ville souffrait depuis longtemps d’un déséquilibre structurel des finances locales avec des contribuables qui ne payaient pas assez leurs impôts.

« Cela occasionnait de nombreux problèmes liés aux recettes fiscales notamment le recouvrement de la part non équitable de la commune au produit de la TVA et la part faible des recettes gérées par l’Etat, anciennement dénommées les taxes rétrocédées.

« Pour y remédier, notre équipe a eu pour priorité de contribuer à rééquilibrer le budget communal même si nous savions dès le départ qu’un mandat de six années ne serait certainement pas suffisant.

« Malgré l’énormité de la tâche, nous avons battu des records en faisant progresser de 8 à 10% chaque année les recettes qui sont passées de 2015 à 2019 de 527 millions de dirhams à 801 MDH ce qui correspond à un taux de croissance de presque 52%.

Fermeture de la décharge clandestine et amélioration de la qualité environnementale

« Concernant la propreté de la ville et avec une politique consciente et volontariste, en impliquant toutes les parties prenantes de la ville (wilaya, arrondissements, autorités locales…), nous avons amélioré encore plus le cadre environnemental de la ville de Tanger.

« L’action phare et historique a été la fermeture de l’ancienne décharge de Mghogha qui polluait les Tangérois depuis plus de 40 ans.

« Pour ce qui est de la propreté de la ville, nous avons mis en œuvre avec nos partenaires institutionnels (ministère de l’Environnement, la wilaya et l’APDN) un nouvel écosystème avec des infrastructures avant-gardistes notamment le centre de transfert des déchets ménagers unique au Maroc, ainsi que le Centre d’enfouissement et de valorisation.

« Il convient aussi de citer la superficie des espaces verts qui a doublé grâce à la mobilisation d’un budget d’entretien annuel de plus de 80 millions de dirhams, soit plus de 3 fois celui de 2015.

« Cette politique qui a augmenté la surface des espaces verts, passée de 300 Ha en 2015 à 400 Ha en 2020 sans compter les 200 Ha qui sont en cours de réalisation, a donc amélioré le cadre de vie des Tangérois y compris dans les quartiers défavorisés qui n’ont pas été oubliés.

Les grands équipements polluants ont été délocalisés à la périphérie de Tanger

« Pour décongestionner la ville, les grands équipements communaux ont été délocalisés dans le cadre du programme Tanger Métropole dans sa périphérie comme la gare routière, les abattoirs, la fourrière, les marchés de gros (poissons, fruits et légumes).

« Nous avons saisi cette opportunité pour moderniser la gestion et l’exploitation de plusieurs équipements comme la gare routière en procédant à une refonte du système de gestion axé sur la digitalisation qui a permis de généraliser ce modèle à toutes les gares routières du Royaume .

Modernisation des process qui a augmenté le chiffre d’affaires

« A titre d’exemple, la digitalisation a permis de générer en seulement 3 mois, un chiffre d’affaires habituellement réalisé en 1 an par rapport à l’ancienne gare routière.

« Idem pour le marché de gros des fruits et légumes informatisé de bout en bout ce qui va nous permettre de passer d’un chiffre d’affaires annuel de 38 millions de dirhams à 60, voire même 70 MDH.

Des services de proximité plus fluides

« Au niveau des arrondissements, nos élus ont complètement transformé les services de proximité (légalisation, délivrance d’actes de naissance …) qui sont devenus extrêmement fluides.

« En effet, ces derniers ne demandent que quelques minutes d’attente, le temps d’imprimer le papier demandé », nous explique le 1er vice-président de la commune de Tanger.

« Quoiqu’il arrive, le PJD restera la 1ère force politique de la ville

Sur les chances d’être réélu à la tête de la commune au prochain scrutin, Amahjour se veut optimiste tout en restant prudent en regrettant l’adoption du nouveau mode de scrutin qui, selon lui, va davantage balkaniser le champ politique de la ville du détroit à l’instar du conseil communal de 2003-2009 « au détriment de tous les acquis se rapportant au développement territorial et la démocratie locale ».

« Ce système anti-démocratique va certainement nous faire perdre quelques sièges ; mais au regard de notre bilan qui s’est distingué par une bonne gouvernance et par l’intégrité de nos élus, il n’y a aucune raison que nous ne soyons pas réélus, car aucun parti ne peut nous concurrencer », conclut l’élu qui avance que si tout le monde se mobilise, le PJD reviendra et restera la 1ère force de la ville et du Maroc.

Le PJD s’est contenté d’un matraquage fiscal

Visiblement moins flatteur sur son bilan, le chef du groupe PAM à la commune, Mohamed Razouani Raylani nous a déclaré que l’équipe du PJD n’a pas su résoudre le problème du déficit des finances.

« Quand le PJD a présidé la commune en 2015, il s’est retrouvé avec un budget insuffisant pour couvrir les dépenses de la ville qui n’ont fait qu’augmenter avec le projet du grand Tanger alors que les recettes n’ont pas suivi », déclare l’élu du PAM en reprochant à la majorité de s’être contentée d’alourdir la charge fiscale sur les habitants de la ville alors que d’autres ressources auraient pu être trouvées.

D’autres recettes auraient pu être trouvées

« Sachant que les recettes étaient insuffisantes et qu’il fallait en outre payer des gens qui ont été expropriés après des jugements contre la commune, cette équipe n’a pas cherché un autre moyen de générer des recettes capables de suivre les dépenses.

« Ainsi, la commune qui possède un terrain de 1500 mètres carrés à la place Berrida aurait pu construire des bureaux à 40.000 dirhams le mètre carré, mais aussi des parkings qui auraient permis à la fois de générer des recettes supplémentaires et de décongestionner la ville.

Le prochain conseil va hériter d'une énorme dette

« Au lieu de quoi, le PJD a préféré jouer la facilité en matraquant davantage fiscalement les habitants.

« Malheureusement le problème est devenu structurel car le prochain conseil va se retrouver à devoir gérer les énormes dettes laissées par cette équipe notamment pour le marché de nettoyage qui va coûter plus de la moitié du budget de la commune », conclut le Pamiste en ajoutant que les Tangérois ont été déçus par la politique de la majorité qui s’est contentée d’augmenter les taxes communales.

« La nouvelle transparence est à mettre à l’actif du PJD »

De son côté, Hassan Bouhriz, élu de l’opposition du RNI, se veut tout aussi critique même s’il reconnait quelques progrès à mettre au crédit du président de la commune Bachir El Abdelaoui.

« En effet, s’il fallait résumer le bilan du maire, il faut reconnaître qu’il a amélioré la transparence des finances locales, le service de l’urbanisme qui a été entièrement digitalisé et enfin les services administratifs qui sont plus disciplinés en rendant des comptes aux élus et aux habitants », reconnait d’abord l’élu du RNI, avant de passer aux échecs de la majorité menée par le PJD.

« La majorité a été incapable d’augmenter l’assiette fiscale »

« En six ans de mandat, le premier édile a été incapable d’augmenter l’assiette fiscale avec seulement 30% des habitants de la ville qui s’acquittent de leurs taxes communales.

« D’ailleurs, cette injustice fiscale est la raison pour laquelle la commune a beaucoup de mal à régler ses dépenses obligatoires avec 70% des Tangérois défaillants qui échappent à tout impôt local.

Le budget de Tanger est resté moins important que dans des villes plus petites

« Si l’équipe du maire se dit fière d’avoir augmenté le budget de la ville, il n’empêche qu’il reste encore trop loin du budget de fonctionnement des autres villes du Royaume.

« Ainsi, Marrakech dispose d’un budget de 1 milliard de dirhams alors que Tanger ne dépasse toujours pas les 800 millions de dirhams alors qu’elle est plus riche et qu’elle compte plus d’habitants.

Un manque de ressources humaines qualifiées pour gérer la ville

« En dernier lieu, il faut citer le problème des ressources humaines de la commune qui ne dispose que d’un seul architecte et de seulement trois ingénieurs pour l’ensemble de notre ville.

« Ce dossier du personnel qui n’a pas su être traité est un véritable échec pour Tanger qui mérite beaucoup mieux », conclut Bouhriz en espérant que les électeurs sauront pour qui voter au prochain scrutin.

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Samir El Ouardighi
Le 11 mars 2021 à 15h28

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