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Plus nombreux avec la crise, les livreurs à domicile travaillent dans la précarité

La pandémie du Covid-19 a boosté l'activité de livraison à domicile et le nombre de livreurs. Ce boom a permis à plusieurs jeunes Marocains d’échapper au chômage mais pour travailler dans des conditions précaires. Témoignages.

Plus nombreux avec la crise, les livreurs à domicile travaillent dans la précarité
Imane Boujnane
Le 11 mars 2021 à 14h37 | Modifié 10 avril 2021 à 23h24

Avec le confinement, la pandémie qui persiste et le changement des modes d'achat et de consommation, les entreprises de livraison à domicile sont de plus en plus sollicitées. Cela profite aux nouveaux comme Kaalix par exemple, alors que d’autres ont même vu le jour pendant la crise comme Yassir Express. Quant aux leaders du marché comme Glovo et Jumia Food, ils ont renforcé leurs services pour faire face aux commandes croissantes des Marocains.

Cet essor de la livraison à domicile engendré par la pandémie s’est traduit par la création de nombreux emplois et a permis à plusieurs jeunes de trouver un travail en pleine crise économique, mais en pleine crise sanitaire aussi. Dans l’exercice de leur fonction, les livreurs sont exposés à plusieurs risques sanitaires, puisqu’ils sont toujours en déplacement et en contact constant avec les clients, d’autres livreurs, la monnaie, etc. D'autres risques sont encourus, comme les accidents et les agressions. Et tout cela pour une rémunération faible et plusieurs dépenses à leur charge.

En somme, la crise a créé des opportunités d'emploi pour des milliers de jeunes dans la livraison à domicile, mais leurs conditions de travail sont pour le moins précaires.

Médias24 a contacté des livreurs qui travaillent pour plusieurs entreprises de livraison à Casablanca ou pour leur propre compte. Voici leurs témoignages.

Tous les livreurs nous expliquent qu’ils travaillent avec le statut d'auto-entrepreneur. Les motos, vélos, abonnements de téléphone et frais de carburant sont à leur charge. Ils sont payés par livraison et selon le kilométrage, les tarifs dépendent des sociétés de livraison où ils travaillent. 

Karim travaille en tant que livreur depuis 2015. Il nous explique que depuis un mois, il ne travaille plus dans une société de livraison et a décidé de basculer vers un concurrent, à cause de conditions de travail "inhumaines". 

"La société où je travaillais ne s'intéressait qu’à sa rentabilité et à la livraison de toutes les commandes, surtout pas à notre sécurité et bien-être", déclare-t-il. Toutefois, ça se passe mieux là où il travaille aujourd’hui, selon lui. 

"Il y a des zones à risques, notamment des quartiers populaires, où nous n’avons pas le droit de livrer. Si jamais on le fait, nous perdons des points. L’entreprise a imposé cette règle pour éviter l’agression des livreurs", explique Karim. 

Travailler pour son propre compte 

Travaillant dans la même société, Achraf, étudiant à Casablanca nous explique que la livraison lui permet de travailler tout en poursuivant ses études à la faculté. Il ajoute qu’il a pu réaliser plusieurs projets personnels grâce à ce job.

Il est ravi du fait qu’il peut être autonome et travailler quand il le souhaite sans que ça n’impacte ses études. Cependant, plusieurs de ses collègues ont été agressés, ont perdu leurs téléphones ou ont subi des accidents en exerçant leur métier, selon lui.

De son côté, Ahmed, qui travaille depuis 2018 dans la même société, nous exprime sèchement son mécontentement. Pour lui, ça allait mieux avant. Aujourd'hui, la situation est inacceptable. Et ce, pour plusieurs raisons.

"Nous ne sommes plus autant rémunérés qu’avant, à cause d’un changement de grille tarifaire depuis 2019. En plus, on est beaucoup plus stressé depuis le début de la pandémie", soupire Ahmed.  

"Par exemple, hier, j’ai gagné 81 DH en travaillant de midi à 20H", explique-t-il. "On va dire qu’on gagne en moyenne entre 70 DH à 150 DH par jour, si on a un peu de chance. Des fois, on peut très bien dépenser plus que ce qu'on gagne, ou passer des heures à attendre une commande qui ne nous fera même pas gagner 10 DH."

Généralement, Ahmed se repose les lundis car selon lui, c’est le jour où il y a le moins de commandes. Il travaille donc environ 26 jours par mois avec 100 DH gagnés en moyenne, soit 2.600 DH mensuellement, un montant proche du Smig. Avec un revenu pareil, les livreurs doivent également payer leur carburant, abonnement téléphonique et tout ce dont ils ont besoin pour exercer leur métier. 

"On a l’impression que le client est la seule préoccupation de la société. On n’écoute jamais le livreur quand il y a un problème au niveau d’une commande. Des clients peuvent parfois nous traiter de manière inappropriée", ajoute-t-il. Et si jamais quelque chose de mal arrive au livreur pendant l'exercice de son travail, la société n’intervient pas. "Selon eux, c’est la responsabilité du livreur", affirme Ahmed. 

Travailler pour ne pas chômer 

Le livreur nous exprime son malaise et explique que cette situation est temporaire pour lui. Il travaille en tant que livreur pour ne pas chômer jusqu’à trouver un autre plan ou de meilleures conditions de travail. 

Travaillant dans une autre société, Houssam, 26 ans, nous décrit à peu près les mêmes méthodes de travail. Il travaille 6 heures minimum par jour mais nous explique que pendant le confinement il a décidé de ne pas travailler, par peur d’attraper le Covid-19. "On avait le choix, on ne nous a pas imposé de travailler", affirme-t-il.

Enfin, Khalid, qui travaillait depuis 2018 dans une société de livraison, a décidé depuis 9 mois environ de travailler pour son propre compte. 

"A un moment donné, je n’en pouvais plus et subissais beaucoup trop de pression. J’ai donc décidé de travailler quand je veux, pour des restaurants et des magasins à Casablanca. Ils ont leur clientèle, je revois souvent les même visages, c’est beaucoup plus sécurisé et ça paie mieux que dans une entreprise de livraison", a déclaré Khalid.

"Je suis payé instantanément après la commande entre 10 et 25 DH, selon la distance. Ainsi, sans compter les pourboires, avec 5 ou six commandes j’arrive à gagner plus que ce que je gagnais en une journée, en travaillant pour la société où j’étais", nous confie Khalid. 

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Imane Boujnane
Le 11 mars 2021 à 14h37

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