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Crise sanitaire: le ras-le-bol des adolescents raconté par les pédopsychiatres

Les adolescents ont le sentiment d’être les grands oubliés du contexte social qui prévaut depuis maintenant une année. Alors que l’adolescence est une période de construction identitaire, la réduction drastique de la vie sociale est difficilement propice à cette construction.

Crise sanitaire: le ras-le-bol des adolescents raconté par les pédopsychiatres
Solène Paillard
Le 5 avril 2021 à 17h25 | Modifié 11 avril 2021 à 2h51

Les adolescents sont à la peine. Les restrictions engendrées par le contexte sanitaire et l’apparition de nouveaux variants qui n’augure rien de bon quant à la situation épidémiologique, pèsent lourd sur le moral des lycéens en particulier. "Les enfants sont moins impactés car ils ne sont pas tenus de porter le masque à longueur de journée, ce qui n’est pas le cas des adolescents. Il y a un relâchement énorme des gestes barrières chez les adolescents, notamment par rapport à la distanciation sociale et au port du masque, parce qu’il y a un ras-le-bol de toutes ces mesures", observe le Dr Soraya Dorhmi, pédopsychiatre.

Sarah Berrada, psychologue, dit recevoir "beaucoup de jeunes patients qui, vraiment, n’en peuvent plus de cette situation". Et pour cause : "Cela fait déjà un an qu’on les empêche de vivre leur vie, de se retrouver pleinement entre amis… Avoir une vie sociale drastiquement limitée tout en passant par une période dédiée à la construction identitaire qu’est l’adolescence, forcément, ça ne va pas ensemble. J’ai beaucoup de patients qui font des crises d’angoisse, qui disent ne plus vouloir aller à l’école et préférer le 100% distanciel, qui se révoltent contre l’autorité, en l’occurrence celle des parents et des enseignants."

Certains adolescents se sont en effet tellement repliés sur eux-mêmes qu’ils finissent par ne plus vouloir franchir le seuil de l’établissement scolaire. "Des patients ont énormément régressé en termes d’adaptation sociale, à tel point qu’ils préfèrent désormais être entièrement en distanciel ou passer le baccalauréat en candidat libre. Sauf que sur le plan académique et pédagogique, l’impact s’en ressent. Sur le plan social également, ils se privent, ou sont privés, de ces moments de rencontres, de partages. L’agenda social qu’ils avaient auparavant a disparu. Il est certain qu’on ne se construit pas dans ces conditions", indique le Dr Soraya Dorhmi.

"Des promesses non tenues"

Pour d’autres, les conséquences sont plus lourdes. Dépressions qui apparaissent ou s’aggravent, pensées suicidaires, automutilation, consommation de cannabis… "J’ai des patients âgés de 22, 23 ans, et pour eux aussi, la situation est extrêmement difficile. Avec le Ramadan qui arrivent, il y a peu de chances qu’ils puissent compter sur les sorties après le jeûne. Ils ont l’impression qu’une partie de leur jeunesse leur a été volée", indique de son côté le Dr Naoual Ajoub, pédopsychiatre.

Et d’ajouter : "La dépression a un impact considérable sur les capacités cognitives. Beaucoup d’adolescents ne parviennent plus à se concentrer en cours, à apprendre… D’autres ont inversé le rythme de vie : ils vivent la nuit et dorment le jour. Même des élèves brillants qui étaient prédestinés à suivre des formations très sélectives, notamment à l’étranger, se rabattent désormais sur des choix qui n’était pas initialement les leurs car ils sont dans le doute, dans le flou permanent – et la fermeture des frontières n’arrange rien. Ils craignent aussi que les ressources familiales soient fragilisées parce que les parents ne pourront probablement pas venir les voir, ou inversement. Certains étudiants sont partis à l’étranger en septembre et ne sont pas rentrés une seule fois depuis. Ils ont déjà en partie perdu leurs amis, alors s’ils doivent en plus perdre cette précieuse ressource qu’est la famille… Tout cela leur fait très peur et nécessite une énergie pour s’adapter que tous ne peuvent pas forcément déployer."

Ces adolescents ont l’impression, également, de ne pas voir les efforts qu’ils fournissent depuis un an être récompensés. "La grande majorité des jeunes respectent le couvre-feu et ont malgré tout le sentiment d’être punis. Ils vivent cela comme une injustice. Les adolescents, lorsqu’ils font des efforts, doivent avoir en face un système de récompense. C’est le principe du plaisir qui domine : ils veulent des résultats et les veulent tout de suite. Ils n’ont plus la patience d’attendre, et les prolongations des restrictions sanitaires toutes les deux semaines ne les incite pas à garder confiance. Cela leur fait l’effet de promesses non tenues", reprend Sarah Berrada.

Selon cette psychologue, les adolescents sont nombreux à avoir compris que "leurs plus belles années ne seront pas celles du lycée et qu’ils devront s’en construire d’autres. Pour eux, il y a comme un goût d’inachevé".

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Solène Paillard
Le 5 avril 2021 à 17h25

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