Le Pr Adib plaide en faveur de l’installation de défibrillateurs dans l’espace public
Ce professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech déplore un manque de crédibilité des formations à l’utilisation des défibrillateurs, alors même que les espaces publics n’en sont pas équipés. Il rappelle que ces appareils, lorsqu’ils sont utilisés dans les cinq minutes qui suivent un arrêt cardiaque, augmentent de 50% les chances de survie.
Des formations au secourisme, mais aucun, ou si peu de défibrillateurs dans nos espaces publics. C’est le grand regret que formule auprès de Médias24 Ahmed Rhassane El Adib, professeur en anesthésie-réanimation au CHU Mohammed VI de Marrakech.
Depuis vingt ans, il plaide en faveur de l’installation de défibrillateurs automatisés externes (DAE) dans les espaces publics et dans tout établissement accueillant un public nombreux, en l’occurrence les centres commerciaux, restaurants, cinémas et hôtels, par l’intermédiaire de « personnes relais, comme les agents de sécurité dans les malls par exemple ». Et surtout, surtout, dans les hôpitaux. Car jusqu’à présent, ils n’en sont pas équipés. Le Pr Adib en recommande également la présence, lors de grands événements comme les concerts, festivals, séminaires ou congrès.
Autrement dit, dans un périmètre géographique avec un accueil important du public (et donc un risque important de crise cardiaque). «On peut aussi mutualiser un défibrillateur dans un lieu commun, dans un quartier notamment, qui soit accessible en moins de 5 minutes», souligne-t-il.
Des formations mais pas de défibrillateurs
« On ne peut pas dispenser des formations sur le secourisme sans faire un focus sur les défibrillateurs. Mais la crédibilité nous fait défaut lors des sessions de formation : on forme les gens aux gestes de premiers secours et à l’utilisation du défibrillateur… alors qu’il n’y en a même pas dans l’espace public. Ce sont pourtant des appareils très simples que tout citoyen peut utiliser. Certaines études ont montré que l’utilisation du défibrillateur par une personne qui n’en a absolument jamais vu, n’a jamais été formée à son utilisation, peut augmenter de 25% – minimum – les chances de survie, simplement en allumant l’appareil et en suivant ses instructions », explique le Pr Adib.
« Récemment, j’ai emprunté Al Boraq. J’y ai vu des équipements de protection contre les incendies partout, mais aucun défibrillateur. Le personnel a pourtant été formé à son utilisation, mais sans en avoir à sa portée. La mise en place d’une circulaire, à défaut d’une véritable réglementation, ne coûte rien et permettrait d’exiger que toute structure qui accueille du grand public soit équipée d’un défibrillateur. A Marrakech par exemple, il y a quelques années, il n’y en avait que deux dans toute la ville. Aujourd’hui, des franchises hôtelières internationales en exigent la présence au sein de leurs établissements, mais cela reste dérisoire. Et là encore, le personnel ignore souvent où ils se trouvent. Parfois, ils sont cachés derrière la réception, dans des recoins… Difficile de les détecter très rapidement », ajoute le Pr Adib.
Car une fois installés (surtout dans l’espace public), encore faut-il que ces appareils fassent l’objet d’une signalisation. « Les gens doivent être au courant de la présence de défibrillateurs dans l’espace public et de leur localisation précise. Il faut absolument un cadrage législatif impliquant les moyens d’une bonne utilisation. La bonne volonté ne suffit pas : il faut passer par un système de contrôle et par une législation. »
Augmentation de moitié des chances de survie
Le Pr Adib le dit et le redit : le recours au défibrillateur dans les cinq minutes qui suivent un arrêt cardiaque augmente de 50% les chances de survie. Mieux encore : s’il est utilisé dès la première minute, les chances de survie montent à 90%. « Une minute passée représente 10% de chances de survie en moins », dit-il.
Il cite le cas du joueur danois Christian Eriksen, victime d’un malaise puis transporté par civière lors du match Danemark-Finlande, samedi 12 juin lors de l’Euro 2021. « Une chaîne de survie s’est immédiatement mise en place. On a bien vu que les joueurs avaient été formés aux premiers secours ; préparés à d’éventuelles situations graves. Ils ont reconnu l’arrêt cardiaque, pris conscience de la gravité de la situation, alerté les secours et commencé le massage cardiaque avec le défibrillateur… Il n’y a eu aucune improvisation ; leur attitude a été extrêmement fluide. Au Maroc, il n’y a pas de cadrage ; les gens ne savent pas prendre en charge ce type de situation. Les fédérations investissent dans des déplacements très chers, mais pas dans des défibrillateurs qui coûtent en moyenne 18.000 dirhams.» Un coût dérisoire par rapport à la vie.
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