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Santé

Etude : 70% des futurs médecins déclarent vouloir quitter le Maroc

L’émigration des médecins marocains s’intensifie d’une année à l’autre, même si le Royaume n’est pas le seul pays concerné au sud de la Méditerranée. Un constat confirmé, chiffres à l’appui, par une récente étude réalisée par plusieurs chercheurs marocains.

Etude : 70% des futurs médecins déclarent vouloir quitter le Maroc
Par et
Le 23 février 2022 à 17h10 | Modifié 24 février 2022 à 11h10

L’étude en question est intitulée "Migration intention of final year medical students". Seul un résumé des principaux résultats est disponible pour l’instant. Joints par Médias24, ses auteurs nous ont confié que la rédaction du papier était en cours pour une publication dans les prochains mois.

L’étude a été réalisée entre le 1er et le 31 janvier 2021, auprès de 251 étudiants marocains en dernière année de médecine. Ils ont suivi l’intégralité de leurs études à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca (FMPC).

63,6% des étudiantes en médecine envisagent de quitter le Maroc

Principal résultat : 70,1% de ces étudiants déclarent avoir l’intention de quitter le pays dès l’obtention de leur diplôme.

Contactée par Médias24, Nadia Tahiri Jouti, vice-doyenne chargée de la recherche, de la coopération et du partenariat à la FMPC, nous confirme l’accélération de ce fléau d’une année à l’autre. "Je peux vous assurer que l’immigration des étudiants en médecine est une réalité qui s’est malheureusement accélérée ces deux dernières années. J’ai tellement de dossiers et de demandes sur mon bureau que je ne sais plus où les mettre", regrette-t-elle.

Confrontée de très près à cette situation, Nadia Tahiri Jouti regrette que ces demandes soient principalement déposées par les élèves les plus brillants de la faculté.

"Toutes les étapes de leur démarche d’immigration sont autorisées. Quand ils viennent nous voir, ils demandent un relevé de notes ou une attestation de réussite. Administrativement, nous n’avons pas le droit de refuser leurs demandes," ajoute-t-elle.

Autre résultat saillant : 63,6% des étudiants ayant l’intention de quitter le pays sont des femmes. Ce résultat s’explique, selon un professeur en médecine joint par Médias24, par le fait que la femme marocaine "ne peut s’épanouir sur les plans professionnel et personnel qu’en quittant le pays".

"C’est un problème culturel", explique-t-il. "A partir d’un certain âge, notre culture impose aux jeunes femmes de se marier pour fonder une famille. Pour s’épanouir sur les plans personnel et professionnel, fuir les jugements et profiter de leur vie, celles qui font sept années d’études pour devenir médecins n’ont d’autres choix que d’aller vivre et exercer ailleurs."

Un constat confirmé par des étudiantes en 7e année de médecine sondées par Médias24. "Si j’ai choisi de partir en Allemagne pour y exercer ma spécialité, c’est aussi pour mon épanouissement personnel. Je trouve qu’au Maroc, nous n’avons pas assez de soutien moral", déplore l’une d’elles. Et d’ajouter : "En Allemagne, je serai respectée en tant qu’être humain et en tant que médecin."

A la recherche de meilleures conditions de travail

L’étude démontre également que les conditions de travail dans les pays étrangers sont le premier facteur qui attire ces étudiants (à hauteur de 99%). 97,6% sont attirés par une meilleure formation ; 97,2% par une meilleure qualité de vie ; tandis que 50% désirent obtenir la nationalité du pays de destination.

Les raisons qui les poussent à quitter le Maroc sont multiples, à leur tête le salaire très bas. En effet, 97% des sondés se disent insatisfaits du salaire au Maroc après sept années d’études. 95,2% se disent, pour leur part, insatisfaits de la formation au Royaume ; 83,6% veulent quitter le pays en raison du dénigrement du médecin dans les médias ; 74% pointent du doigt le manque de budget alloué à la recherche dans le secteur de la santé.

Des témoignages recueillis par Médias24 auprès d’étudiants en dernière année de formation, qui partagent le même projet de mobilité en Allemagne pour y faire leur spécialité, confirment ces résultats. "Ce n’est pas un hasard si le diplôme allemand est reconnu partout dans le monde. Les médecins y passent tous les trois ans un examen de compétence pour rester à jour. C’est le meilleur pays pour faire sa spécialité, en termes d’avancées scientifiques en médecine et d’organisation des études médicales", s’enthousiasme l’un d’eux.

"C’est aussi une opportunité de mieux s’exercer et d’apprendre avec plus de compliance, aux côtés de professionnels qui savent transmettre l’information", ajoute une autre étudiante.

Outre la qualité de la formation, un troisième étudiant évoque les opportunités et conditions en matière de recherche scientifique, qu’il juge attrayantes en Allemagne. "J’aimerais faire de la recherche et je pense que je pourrais y parvenir plus facilement en Allemagne, notamment parce qu’il y a beaucoup de centres de recherche. Cela me paraît donc plus accessible qu’au Maroc", estime-t-il.

L’Allemagne, destination favorite des futurs médecins

L’étude démontre également que l’Allemagne est la destination favorite des étudiants marocains en médecine, dans la mesure où 34% ont l’intention de s’y rendre. Elle est suivie de la France, des Etats-Unis, du Sénégal et du Canada.

D’après un document obtenu par Médias24 auprès de l’Agence fédérale allemande pour l’emploi, le nombre de médecins marocains en Allemagne a été multiplié par dix en quelques années, passant de 33 en juin 2013 à 352 en juin 2021. L’Agence nous a toutefois précisé qu’il était très difficile de faire la différence entre les médecins ayant une double nationalité et ceux ayant uniquement la nationalité marocaine.

Nadia Tahiri Jouti explique ce phénomène comme suit : "Il y a deux cas de figure. D’un côté, les étudiants qui décrochent des stages en Allemagne pendant les vacances d’été. Même si ces stages n’entrent pas dans le cadre de leur cursus, ils leur permettent d’accumuler de l’expérience et surtout, de prendre contact avec des structures hospitalières allemandes. De l’autre, les étudiants en 7e année qui sont dans l’obligation d’effectuer cinq stages : médecine, pédiatrie, gynécologie obstétrique, chirurgie et un stage en centre de santé. Mais seul ce dernier doit être impérativement effectué au Maroc."

Pour les étudiants en médecine, la dernière année est un moment important. A ce stade de leur cursus, "ceux qui décident de poursuivre leurs études en Allemagne ont le plus souvent déjà pris contact avec des hôpitaux allemands pour y décrocher des services et y effectuer des stages, mais uniquement après avoir demandé et reçu l’autorisation du ministère de la Santé", indique la vice-doyenne de la FMPC. "Cette autorisation est obligatoire, car les étudiants en 7e année sont prévus dans des hôpitaux périphériques marocains. La demande évite aussi à l’étudiant d’être considéré comme absent."

Par ailleurs, "les étudiants qui décident de partir en Allemagne, le décident assez tôt, généralement à partir de la 4e ou 5e année de médecine, afin de commencer à étudier la langue".

Susanne Baumgart, directrice du Goethe Institut de Rabat et de Casablanca, qui permet de suivre des cours de langue et de passer les tests linguistiques nécessaires à l’embauche dans les hôpitaux allemands, corrobore ce constat. "Nos départements de langue ont l’impression que de plus en plus de médecins apprennent l’allemand afin de poursuivre une qualification ou une migration professionnelle. D’autres instituts de langue partagent cette impression", assure-t-elle.

A ce rythme, l’hémorragie des départs des blouses blanches n’est pas près de s’arrêter, alors que le Maroc connaît une pénurie de personnel médical depuis plusieurs années déjà.

Le besoin s’élève à plus de 32.000 personnes, alors qu’une moyenne de 600 médecins quittent annuellement le pays pour exercer à l’étranger.

Avec un ratio de 7,3 médecins pour 10.000 habitants, le Royaume est loin de répondre au standard de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), fixé à 15,3 médecins pour chaque 10.000 habitants.

Pour réduire la migration des étudiants en médecine, les auteurs de l’étude suggèrent aux décideurs politiques d’ "améliorer les conditions de travail dans le secteur, la qualité de la formation et le salaire des agents de santé".

"L’intention de migration des étudiants à la fin de leur cursus de médecine est l’un des indicateurs clés de l’avenir du système de santé du pays", ajoutent-ils. Et de conclure : "La réduction de ce fléau est cruciale pour construire et maintenir un système de santé solide."

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Tags : Médecins
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Le 23 février 2022 à 17h10

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