Pharma 5, futur acteur majeur dans le cannabis thérapeutique et de bien-être
L'adoption en juin 2021 du projet de loi sur les usages thérapeutiques du cannabis a ouvert des perspectives industrielles insoupçonnées. Depuis cette date, le groupe Pharma 5 s'est engagé dans la recherche et développement. Eclairage.
Pharma 5 prépare un programme de développement et investit déjà dans la filière industrielle du cannabis thérapeutique et de bien-être. “Une filière 100% marocaine, à forte valeur, positionnée dans le haut de gamme“, espère Mia Lahlou Filali, DG du groupe. Pharma 5 est l’un des principaux opérateurs marocains dans le domaine de l’industrie pharmaceutique. Il exporte sur plusieurs zones géographiques et mène une ambitieuse stratégie de développement au Maroc, en Afrique subsaharienne et en Europe.
Mia Lahlou Filali parle avec passion de l’industrie pharmaceutique marocaine, et du groupe qu’elle dirige avec sa sœur et son père. Elle montre la même passion lorsqu’il s’agit de cannabis et elle place la barre très haut dans ce domaine.
Le cadre institutionnel du cannabis licite est désormais très avancé au Maroc, après la tenue le 2 juin, du premier conseil d’administration de l’Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis ; et la publication le même jour, des 6 arrêtés très attendus concernant ce secteur.
Cette étape ouvrira la voie à l'octroi des agréments aux opérateurs nationaux et internationaux, ainsi qu'à la création des premières coopératives de transformation et de fabrication de produits locaux. Les membres de ces coopératives seront désignés parmi les cultivateurs locaux des provinces d'Al Hoceima, Chefchaouen et Taounate, seules zones autorisées pour l'instant.
Les industriels qui vont investir cette filière n’auront pas le droit de produire le cannabis et devront s’approvisionner auprès des cultivateurs, lesquels seront encouragés à s’organiser en coopératives.
Enorme intérêt d'investisseurs étrangers
“Chaque semaine, nous sommes contactés par au moins un investisseur étranger intéressé“, nous révèle Mia Lahlou Filali qui les reçoit avec sa sœur Yasmine, pharmacien responsable, au siège de Pharma 5.
Le groupe a-t-il des projets dans ce domaine ? Oui, confirment-elles. Un bâtiment est d’ailleurs réservé à ces projets industriels. Le processus en lui-même, pour aller de l’idée vers le produit, n’est pas aisé à mettre en place. D’une part, de nouveaux textes réglementaires sont attendus. D’autre part, la chaîne de valeur comme on va le voir, est longue, et nécessite des séquences qui relèvent de l’industrie pharmaceutique, donc des procédures de recherche galénique, d’études cliniques et d’enregistrement.
Voici donc les principaux maillons de cette chaîne de valeur du cannabis médical et bien-être, vue par Pharma 5 :
1- Semences/ culture.
2- Valorisation.
3- Recherche et développement galénique.
4- Essais cliniques pour découvrir et/ou valider de nouvelles indications thérapeutiques.
5- Enregistrement des produits au Maroc et à l’étranger.
6- Production selon les standards internationaux.
7- Commercialisation au Maroc et à l’étranger.
8- Distribution au Maroc et à l’étranger.
"Nous pouvons tout faire, toutes les séquences sont à notre portée", promet Mia Lahlou Filali. Le "nous" désigne les Marocains d'une manière générale. Pharma 5, comme toute l'industrie, restera dans le périmètre industriel. La culture et production du cannabis étant l'affaire du fellah.
La variété locale, beldia, un trésor inestimable
Lorsqu’elle parle de cannabis, notre interlocutrice vous fait oublier qu’il s’agit d’un produit classé dans les catégories illicites pour certains de ses usages. En gros, Mia Lahlou Filali réhabilite le cannabis. Dans ses propos, c’est l’héritier de l’Argan et du Mejhoul, un produit du terroir. Bien sûr, dans ses applications thérapeutiques ou de bien-être, des applications licites. Démonstration.
"La Maroc dispose d’un trésor inestimable : la variété beldia, locale. La qualité du cannabis, son effet thérapeutique, son odeur, sa saveur, sont une combinaison de génétique et d’environnement, donc de terroir". En d'autres termes, les graines importées, très chargées en THC, ne rivalisent pas avec les "nôtres". Le THC ne fait pas le cannabis.
Elle cite les nombreuses études scientifiques à ce sujet et rappelle que les produits qui comptent ne sont pas uniquement le THC et le CBD mais aussi les terpènes, molécules d’odeur et de saveur produites par les plantes. Les terpènes marocaines, de la beldia, sont "uniques, incomparables", et rendent ce produit efficace à faible concentration de THC.
“Notre beldia est un trésor national à sauver d’urgence. Elle se vend d’ailleurs 5 fois plus cher que les variétés hybrides à haut rendement malgré un taux de THC de seulement 3% à 4%, l’un des plus bas de la planète“.
"Merci, sans façons"
Au début des années 2000, des graines hybrides avaient été introduites au Maroc. Dénommées kherdala, elles avaient été développées en Amérique latine. Leur caractéristique principale est une production à haute concentration de THC (jusqu’à 25%, soit 4 à 6 fois le taux des graines locales). Ces graines hybrides sont par ailleurs un désastre pour l’environnement en raison de leur forte consommation d’eau. D’autres variétés hybrides sont entrées au Maroc, notamment la Mexicana et la Pakistana.
Ensuite, la Critikal, variété que l'on dit originaire des Pays-Bas. Le produit de ces variétés, très concentré en THC, “explose la tête" ; il ne peut avoir d’effet qu’extrême.
Notre interlocutrice répète : "nous avons le meilleur produit, nous avons l’écosystème (de production et d’industrialisation), nous avons l’image de marque, nous n’avons besoin de personne pour industrialiser et commercialiser".
“ Nous sommes sollicités chaque semaine. Ils ne se passe pas une semaine sans que nous recevions une demande pour investir. Ces investisseurs potentiels sont attirés par tout cela."
“Notre projet : le Maroc peut tout faire“
“Le Maroc peut tout faire : intégrer la totalité de la chaîne de valeur. Travailler avec des agriculteurs pour avoir la meilleure qualité possible de beldia“.
“A Pharma 5, nous avons lancé différents projets de recherche-développement depuis l'adoption [le 15 juin 2021] du texte de loi sur le cannabis thérapeutique“, explique Mia Lahlou Filali. Des études cliniques sont en cours de lancement, au Maroc et en Europe. “Nous espérons un fast track pour l’enregistrement lorsque les études cliniques auront été concluantes“.
“Notre ambition est de contribuer à positionner le Maroc parmi les leaders mondiaux, créer des acteurs.“ Elle suggère une appellation d’origine contrôlée pour la beldia. Nous ne devons pas revivre ce qui s’est passé avec le Mejhoul ou l’argan." Elle fait allusion à la délocalisation des cultures, à l'utilisation des appellations, à l'huile d'argan produite dans d'autres pays et appelée "huile d'argan marocaine".
La priorité : écosystèmes publics et privés
Dans le monde, le marché légal actuel est estimé à 20 milliards de $ et devrait atteindre 90 MM$ en 2026, "à périmètre législatif constant". Le Maroc peut capter 25% de ce marché, en cannabis thérapeutique et de bien-être (cosmétiques, compléments alimentaires).
Pour cela, "nous devons changer de paradigme, recommande notre source. Nous devons comprendre que nous avons le meilleur terroir, la meilleure origine, la meilleure plateforme, un écosystème complet, bref tous les atouts pour le faire".
Pour résumer et selon elle, le point central de la filière cannabis est une filière 100% marocaine à forte valeur car positionnée “haut de gamme“ - sur 2 axes majeurs:
1. Cannabis thérapeutique: industrie pharmaceutique et R&D dans les domaines botanique, galénique et clinique.
2. Cannabis “bien-être“, terroir inestimable.
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