L’inflation : comment elle est calculée, de quoi est composé le panier de référence
Le calcul de l’indice des prix à la consommation, réalisé par le HCP, est la base du calcul de l’inflation au Maroc. La donnée est adoptée aussi bien par les opérateurs économiques et institutions nationales que par les institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale. La compréhension de la composition de cet indice ainsi que la méthode de collecte et de traitement de l’information qui le génère sont fondamentales. Pour la première fois, la composition détaillée du panier de base est publiée avec les pondérations de chaque produit et catégorie de produits.
Tout d’abord, les éléments constitutifs du panier de consommation des ménages et la pondération de chacun de ces composantes sont effectués sur la base de l’enquête nationale sur la consommation et la dépense des ménages.
Cette enquête, prévue tous les sept ans, est dans les faits décanale. C’est une enquête lourde qui dure en général une année. Elle concerne 16.000 ménages, un échantillonnage garantissant la représentation des diverses couches sociales et des régions marocaines. Elle permet, à intervalle régulier, d’actualiser le panier de référence et les coefficients de pondération de l’indice des prix à la consommation (IPC).
À la base, une enquête sur 16.000 ménages
Cet étalement sur l’année permet d’éviter les variations saisonnières et donne une base de calcul annuel moyen. Elle est précédée par un travail de préparation, notamment pour le zoning, la définition des produits, le choix des points de vente, etc. "D’autres enquêtes périodiques, avec un nombre moins important de ménages (5.000), permettent d’ajuster dans le temps ces pondérations", nous précise Mohamed El Maliki, chef de division des indices statistiques au Haut-Commissariat au plan (HCP).
La dernière enquête auprès des ménages date de 2017, fixant ainsi le prix de référence du panier en cette année. La base de comparaison des prix a donc un prix de base qui est celui de 2017, qui fixe le prix 0 (ou indice 100). À partir de cette année-là, l’indice permet de calculer l’évolution des prix à partir de cette base (entre 2017 et 2022, le prix du panier a augmenté de plus de 25%). Il permet aussi de calculer les évolutions d’année en année ou de mois en mois, l’IPC étant publié mensuellement.
Selon Mohamed El Maliki, la classification des composantes du panier se fait selon la méthode internationale Classification of Individual Consumption by Purpose (COICOP) ou, en français, "Classification des fonctions de consommation des ménages".
Le panier adopté compte 546 types de produits et 1.391 variétés de produits divisés en 12 postes de dépenses. Chaque produit peut avoir différentes marques, qualités ou quantités. Pour suivre la variation "pure des prix", on compare des variétés de produits identiques.
La collecte des données se fait sur 18 villes sur les 12 régions administratives du pays. Ce panier est défini légalement par décret. "La liste des produits ainsi que les villes de collecte des données varient d’une enquête décanale de consommation à une autre. Au début de l’IPC, seule Casablanca était concernée. À la fin des années 1980, il y avait huit villes. Aujourd’hui, nous en sommes à 18 villes représentatives", précise Mohamed Maliki. Les souks, dans le rural, ne sont pas inclus dans le calcul de l’indice.
La collecte des données se fait de manière hebdomadaire pour les produits volatiles comme les fruits, légumes et viandes, etc., ou bien mensuelle pour les produits moins volatiles (les services, les produits industriels, etc.). Elle est effectuée par une soixantaine d’enquêteurs dans les divers points de vente identifiés.
Un système informatisé permet la collecte et le contrôle de la donnée en temps réel au niveau des directions régionale du HCP ainsi qu’au niveau central. Les calculs des moyennes pondérés d’évolution des prix dépendent du poids de chaque produit du panier.
Des pondérations évolutives
Ce poids se fait selon des pondérations qui évoluent, comme expliqué plus haut. Ainsi, la plus grande dépense des Marocains est en lien avec les dépenses alimentaires et les boissons non alcoolisées. Cette part a baissé de 39,28% dans l’indice de 2006 à 37,28% en 2017. La pondération des catégories des produits alimentaires a aussi suivi cette tendance baissière. Ainsi, la catégorie "produit à base de céréales" a certes baissé de 6,13% à 5,89% de l’indice, mais la pondération des produits "pâtes alimentaires" a augmenté de 0,36% à 0,5%. "Il en va de même des produits comme les viennoiseries ou les pâtisseries fraîches, dont les pondérations, bien qu’infimes, ont augmenté de plus de 50%. Ces changements suivent l’évolution des modes de consommation de la société", explique Mohamed El Maliki.
Ces changements peuvent être perçus très clairement avec l’augmentation des pondérations des services de santé et d’éducation dans les paniers des ménages. Ce qui démontre le poids de plus en plus important des dépenses des ménages orientées vers ces deux postes. Ainsi, on relève que le poids des dépenses de santé dans le panier des ménages est passé de 5,5% à 7,7% entre 2006 et 2017. Celui de l’éducation est passé de 3,9% à 6,3% sur la même période.
Quant à la fiabilité de l’échantillon de produits choisis, Mohamed El Maliki est formel. "L’augmentation récente de l’IPC démontre clairement qu’il fonctionne bien. C’est comme un thermomètre qui suit l’évolution des prix. Nous sommes par ailleurs contrôlés dans nos méthodologies par des organismes internationaux, notamment le Fonds monétaire international (FMI), ce qui nous permet d’améliorer constamment la fiabilité de l’indice". Notre interlocuteur nous informe par ailleurs qu’une autre enquête nationale de la consommation est en cours de finalisation, ce qui conduira probablement à des ajustements sur les pondérations et les structures des produits.
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