Les ambitions de Thales au Maroc en matière de cybersécurité (entretien avec Pierre-Yves Jolivet)
Le géant français de l’industrie de la défense et de l’aérospatiale est aussi l’un des leaders mondiaux de la cybersécurité. Médias24 s’est entretenu avec son vice-président chargé des solutions de cyberdéfense au sujet des ambitions du groupe au Maroc et de l’évolution des menaces cyber.
Le groupe français Thales intègre le Maroc dans sa carte mondiale de la cybersécurité. En 2022, il a annoncé le lancement d’un centre opérationnel de cybersécurité dans le Royaume. Le groupe en a 11 dans le monde. L’ambition est d’employer 200 ingénieurs à l’horizon des quatre prochaines années, révèle à Médias24 Pierre-Yves Jolivet, vice-président de Thales pour la business-line Solutions de cyberdéfense.
Une équipe marocaine, constituée depuis près de cinq ans, est au service des autres centres. Avec une quarantaine d’ingénieurs, elle atteint aujourd'hui une taille critique, et l’objectif pour Thales est de quadrupler ce nombre afin de servir autant les besoins marocains qu’africains et mondiaux. Une dizaine de postes sont actuellement à pourvoir, annonce le responsable de Thales.
Cette équipe rejoindra les 4.000 ingénieurs du groupe au niveau international, et permettra de contribuer à assurer une permanence de la surveillance sur tous les fuseaux horaires, en collaboration avec les autres centres du groupe.
La disponibilité des compétences en cybersécurité reste l’enjeu principal dans ce secteur
Compte tenu de l’augmentation des besoins en cybersécurité dans le monde et de la forte croissance de ce marché, l’enjeu principal pour Thales reste le recrutement des talents. La seule limite, c’est la capacité à attirer les bonnes compétences pour travailler dans cette activité, assure Pierre-Yves Jolivet.
En raison de la pénurie mondiale des talents dans ce domaine, le Maroc attire de plus en plus d’acteurs internationaux de la cybersécurité désireux de s’y implanter. En février dernier, le groupe Deloitte a ouvert son cyber center qui emploie une centaine d’ingénieurs, avec l’ambition de porter ce nombre à 400.
Conscient de cet enjeu, Thales renforce le partenariat avec les universités marocaines. Un accord de coopération a été signé avec l’Institut national des postes et télécommunications (INPT) et l’Université internationale de Rabat (UIR) sur les volets recrutement, formation et recherche. Un hackathon a été organisé conjointement dans l’objectif de promouvoir les initiatives relatives à la cybersécurité auprès des élèves ingénieurs.
Les menaces de cybersécurité plus importantes que jamais
D’après lui, le nombre d’attaques augmente d’environ 40% annuellement avec de plus en plus d’impact et de dégâts. "Depuis une quinzaine d’années, il y a eu une croissance importante des menaces de cybersécurité. Cette tendance s’est accélérée depuis 2019. La raison est la crise du Covid qui a conduit à l’accélération de la digitalisation des entreprises, forcées d’adopter le télétravail. La surface d’attaque s’est donc élargie et a créé de nouvelles menaces", explique-t-il.
De plus, on constate une digitalisation et une automatisation croissantes de l’outil de production industriel. Tous ces systèmes de production connectés augmentent la menace d’attaques cyber, qui pourraient occasionner des dégâts considérables. "Même des sociétés qui se considéraient trop petites pour être attaquées le sont à présent, les menant parfois à mettre la clé sous la porte", ajoute-il.
"Depuis environ cinq ans, on constate en parallèle une professionnalisation croissante de la mafia de la cybersécurité. Ce business, qui prend une grande ampleur, s’évalue à un milliard d’euros. Ces mafias se sont structurées en filières, qui vont des développeurs de logiciels d’attaque à ceux qui les utilisent et ceux qui demandent des rançons", poursuit-il.
Même au niveau géopolitique, les risques s’accroissent puisque les conflits entre les Etats et les guerres se déplacent sur le terrain cybernétique. "On peut faire autant de dégâts avec une équipe de 15 cyberattaquants brillants qu’avec un bataillon de 1.500 personnes", signale-t-il.
Thales, une présence de plus de 40 ans au Maroc
Le groupe Thales est fort d’une présence de plus de 40 ans dans le Royaume. Il a noué un partenariat de longue date avec les Forces armées royales qui utilisent ses systèmes et équipements.
En 2016, Thales a inauguré un centre d’excellence industrielle spécialisé dans la fabrication additive métallique (impressions métalliques 3D) à Casablanca. Il intègre ainsi l’écosystème local des fournisseurs de pièces mécaniques, notamment les composants avec des structures complexes.
La première carte nationale d’identité biométrique utilisée par le Maroc, basée sur la technologie de la carte à puce sans contact, a également été fournie par le groupe français. Un centre de compétence "Identité et sécurité numériques" a été créé en 2012 pour déployer plusieurs solutions (passeports électroniques, systèmes AFIS/FRS nationaux, équipements biométriques, etc.)
Thales est également un fournisseur de premier rang dans le secteur aéronautique et électronique embarquée pour les constructeurs Airbus et Boeing. Il est également partenaire de la compagnie Royal Air Maroc, notamment en ce qui concerne le systèmes de divertissement de bord pour les avions de ligne.
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