Le secteur bancaire, vulnérable aux risques climatiques (BAM et BM)
Le récent rapport conjoint de Bank Al-Maghrib et de la Banque mondiale met en lumière les impacts significatifs des risques climatiques sur l’économie marocaine, avec un focus particulier sur le secteur bancaire. Détails.
Bank Al-Maghrib et la Banque mondiale ont organisé ce jeudi 9 mai un atelier pour la diffusion de leur rapport "Double Trouble: Assessing Climate Physical and Transition Risks for the Moroccan Banking Sector" (Évaluation des risques climatiques pour le secteur bancaire marocain), publié début avril 2024.
L’interaction entre les changements climatiques et la sphère macroéconomique, plus spécifiquement le secteur bancaire, n’est pas une nouveauté. Les recherches dans ce domaine remontent à plusieurs années. En effet, le prix Nobel d’économie 2018 a été décerné à William Nordhaus pour ses travaux relatifs à l’intégration des changements climatiques dans l'analyse macroéconomique à long terme. Cependant, en Afrique et dans la région MENA, cette problématique n'a pas encore suscité l'attention ni les débats nécessaires.
Le Maroc se distingue en étant parmi les premiers pays au monde à explorer cette interaction, en réalisant le premier stress test de résilience climatique en Afrique. Cette évaluation des risques climatiques sur le secteur bancaire et la stabilité financière est une initiative pionnière dans la région, tant en Afrique que dans la région MENA.
Etant donné que le Maroc est exposé à divers risques physiques liés au climat, dont les conséquences risquent de s'accentuer avec le changement climatique, la Banque centrale a pris des initiatives importantes pour gérer ces risques. En 2016, elle a établi la feuille de route visant à aligner le secteur financier sur le développement durable. En 2019, elle a lancé une unité dédiée à la finance verte et soutient publiquement les normes TCFD (Climate-related Financial Disclosures). En 2021, elle a publié une directive relative à la gestion des risques financiers climatiques et environnementaux. Enfin, cette année, en coopération avec la Banque mondiale, Bank Al-Maghrib publie le rapport sur l'évaluation des risques climatiques.
La simulation des impacts des inondations et des sécheresses sur le ratio d’adéquation des fonds propres du secteur bancaire montre que les capitaux du secteur bancaire peuvent également être affectés, en particulier par les sécheresses.
La modélisation des pertes causées par les inondations au Maroc montre qu’elles peuvent engendrer une perte économique d’environ 2% du PIB, tandis que les sécheresses peuvent causer une perte d’environ 3,5%.
Plusieurs priorités ont été identifiées pour améliorer la gestion des risques climatiques, parmi lesquelles :
- L'intégration des risques climatiques dans le suivi micro et macro-prudentiel ;
- L'incorporation de la gestion des risques climatiques dans le dispositif de supervision de Bank Al-Maghrib ;
- Combler le déficit de données pour permettre une meilleure visibilité et, par conséquent, une optimisation des analyses ainsi qu'une proposition plus pertinente d'actions à entreprendre ;
- Améliorer la transparence concernant l'orientation de la politique climatique.
Par ailleurs, il est légitime de s'interroger sur les conséquences de l'intégration des risques climatiques dans le processus d'octroi de crédit. Cette démarche pourrait entraîner une hausse des taux d'intérêt, traduisant ainsi une certaine prudence face au risque par le biais d'une prime additionnelle.
Cette hausse potentielle des coûts de crédit pourrait être perçue comme une politique monétaire restrictive, susceptible de restreindre le volume de crédit accordé. Cette réduction pourrait alors impacter les investissements, engendrant un effet en cascade sur l'emploi (déjà fragile), la consommation, la production, et ultimement, sur la croissance économique.
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