Pourquoi la région de Tata est si exposée aux risques d'inondations
Les violentes intempéries qui frappent le Sud-Est atlassique du Maroc ont particulièrement impacté la région de Tata. Cette zone est connue pour ses immenses oasis et les inondations soudaines, provoquées par la montée brutale d’une dizaine d’oueds. Les récentes inondations ont entraîné d'importants dégâts et des pertes en vies humaines. Les multiples inondations qui avait déjà par le passé frappé la région démontrent clairement sa vulnérabilité chronique. Quelles en sont les causes ?
Fin août et au cours de ce mois de septembre 2024, les provinces du Sud-Est atlassique ont été durement touchées par des pluies diluviennes dépassant parfois les 100 mm, provoquant d'importantes inondations. Ces dernières ont causé la mort d'au moins 20 personnes et entraîné la destruction de nombreuses infrastructures, notamment les routes, les parcelles agricoles et les habitations. Les provinces d'Errachidia, Figuig, Zagora, Tinghir, Ouarzazate et Tata ont été particulièrement affectées. La province de Tata a été la plus sinistrée, avec un bilan de plus d'une dizaine de morts.
Ces intempéries, d'une intensité et d'une fréquence inhabituelles, témoignent d'un contexte climatique exceptionnel. Plusieurs pays africains, notamment ceux du Sahel comme le Niger, le Mali et le Tchad, ont subi des inondations d'une ampleur similaire, soulignant ainsi les impacts du changement climatique sur la région.
Selon CNN, les analyses climatiques prédisent que ce temps orageux connu sous le nom de Zone de convergence intertropicale, se déplace de l'hémisphère nord au nord de l'Equateur pendant les mois d'été. Mais depuis la mi-juillet au moins, cette zone s'est déplacée plus au nord qu'elle ne le faisait normalement, provoquant des tempêtes dans le Grand Sahara.
En conséquence, des parties du Sahara sont de deux à plus de six fois plus humides qu'elles ne le sont habituellement et des zones ont reçu plus de 400% de leurs précipitations habituelles.
Tata, zone à haut risque d'inondations
Si ces phénomènes à l’échelle du grand Sahara sont rares, la province de Tata est régulièrement confrontée à des inondations qui surviennent presque chaque année. Ces crues dévastatrices, dont les derniers épisodes ont été enregistrés en février 2023, février 2021 et août 2019, témoignent de la vulnérabilité de la région face aux aléas météorologiques.
Les crues dévastatrices de 2019 ont contraint près de 200 habitants de la province de Tata à quitter leurs foyers. Les autorités locales avaient rapidement mis en place un dispositif d'hébergement d'urgence au centre Tagmout. Les sinistrés y ont trouvé refuge pendant plusieurs semaines, le temps que les eaux se retirent et que les équipes de secours évaluent les dégâts.
Située dans une zone à haut risque d'inondations, l’efficacité des stratégies de prévention mises en place et la capacité de la région à y faire face doivent être remises en question de façon permanente.
La lecture de la carte de vulnérabilité aux inondations (cf ci-dessous) au niveau des communes de la province de Tata indique que la majorité du territoire présente un risque d'inondations moyen à élevé. La commune de Tamanarte, située dans une zone à risque très important (zone rouge), a subi les conséquences les plus graves des dernières intempéries, avec un bilan humain dépassant les 8 décès.

L'emplacement des villages de Tata n'est pas aléatoire
Se basant sur l’agriculture, la région de Tata est réputée pour ses oasis qui constituent l'essentiel de son tissu. Bien qu’ayant un caractère urbain, la ville de Tata abrite l'une des plus grandes oasis du pays, où l'on distingue aisément sur les rives de l'Oued Tata d'importantes et denses palmeraies contrastant avec les quelques palmiers isolés sur le fond clair du désert.

La localisation des villages de la province révèle une répartition géographique non aléatoire où la plupart sont implantés soit sur la rive de l'Oued Draa (comme c’est le cas de M’hamid El Ghizlane), soit à proximité immédiate des oueds affluents de sa rive droite, tels que l'Oued Tata, l'Oued Akka ou encore l'Oued Aït Oubelli. Cette localisation, fruit d'une longue culture ancestrale remontant au moins au XIIe siècle, est vitale dans un climat pré-saharien et d'une région où l'eau est de plus en plus rare.
Contrairement à une certaine idée reçue, les oasis de Tata ne sont pas uniquement le jeu de la nature. Elles sont également le résultat d'une ingénieuse gestion de l'eau par les populations locales depuis des siècles.
Dans un contexte pré-désertique et des ressources hydriques rares, l'épandage des crues, technique ancestrale, est la solution qui est utilisé afin de mobiliser d’importants volumes d’eau nécessaire pour développer l’agriculture. Elle permet de capter l'eau lors des périodes de crues pour l'utiliser tout au long de l'année dans ces zones arides en attente d’une nouvelle crue.

Si la construction de quelques barrages de retenue, canaux de dérivation et autres séguias ont favorisé la préservation de l’eau pour une longue durée et obligatoirement l'extension des zones cultivées de Tata, le développement parallèle de l'irrigation privée, reposant sur le pompage des nappes phréatiques, a permis une expansion encore plus rapide des périmètres irrigués. Toutefois, cette croissance s'est faite au détriment de la durabilité de ces agro-systèmes. Aggravée par la récurrence des années de sécheresse, cette situation a dégradé les périmètres irrigués et compromis l'efficacité des opérations d'épandage des crues.
Entre une sécheresse aiguë et des crues dévastatrices, la région a besoin de solutions durables pour gérer ses ressources en eau. Le projet de barrage de Msalit, parmi d’autres projets hydrauliques, illustre cette volonté de concilier recharge des nappes phréatiques et protection contre les inondations. Avec une capacité de stockage de 30 millions de mètres cubes, ce barrage contribuera également à sécuriser l'approvisionnement en eau pour la région de Tata.
Une géomorphologie bien particulière
Situées aux piémonts de l'Anti-Atlas, les plaines de Tata se trouvent à une altitude d'environ 600 mètres, entourées de crêtes culminant entre 800 et 2.151 mètres (Adrar-n-Aklim). Le relief, caractérisé par une pente générale du nord vers le sud, est parcouru par de nombreux oueds qui, lors de précipitations importantes, connaissent des crues soudaines avant de rejoindre le Draa.

Les fortes précipitations des 6 au 9 septembre 2024 ont entraîné un apport d'eau considérable dans l'Oued Draa, provoquant une crue exceptionnelle de ce fleuve, le plus long du Maroc. L'intensité des intempéries, couplée à un relief propice aux crues, a rapidement fait monter les niveaux d'eau des oueds affluents de l’Oued Draa.
Les zones riveraines des oueds sont particulièrement vulnérables aux inondations. Lors des crues, les parcelles agricoles en bordure des oueds sont les premières inondées, tout comme les habitations qui subissent d'importants dégâts. L’examen des images satellites révèlent que de nombreuses maisons sont construites à quelques mètres de l'Oued, comme à Douar Indfiane, près de Tata. En cas de crue, le côté concave du cours d'eau, où se trouve le douar, est plus exposé à l'érosion et aux inondations.

De nombreuses autres habitations sont implantées dans d'autres zones à risque, à proximité immédiate de l'oued et en contrebas d'une crête. Leur position géographique les rend notamment vulnérables aux inondations causées par les torrents lors des épisodes de fortes précipitations.

Le douar Aoukerda, situé dans la commune de Tamanarte, a été le plus durement touché par les récentes crues. Les fortes pluies et les glissements de terrain ont causé d'importants dégâts, détruisant de nombreux logements et isolant le village. Les images satellite révèlent que le douar est bâti dans un canyon étroit et sinueux, traversé par l'oued, ce qui le rend extrêmement vulnérable aux inondations.

Les principales villes de la province de Tata - Foum El Hissn, Foum Zguid et Akka, sont implantées dans des gorges montagneuses. Lors des crues normales, les eaux inondent naturellement les zones agricoles, favorisant ainsi l'épandage des alluvions, l'irrigation des cultures et la recharge des nappes phréatiques. Toutefois, en cas de crues dévastatrices, ces mêmes zones deviennent une menace sérieuse pour les populations.

Dans un contexte de changement climatique marqué par la multiplication des événements extrêmes, il est urgent de mettre en place un système d'alerte précoce et de prévision performant pour la région de Tata, à l'instar de celui mis en œuvre dans la vallée de l'Ourika. Ce dispositif permettrait de déclencher des plans d'évacuation efficaces et de réduire ainsi de manière significative les dégâts d'inondations qui pourraient se reproduire à une plus grande fréquence dans un avenir proche.

À découvrir
à lire aussi
Article : Éducation : le Maroc renforce sa coopération avec l’université chinoise Beihang
Le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a signé vendredi 17 avril 2026 à Rabat une convention de partenariat avec l’université chinoise Beihang University, visant à renforcer la coopération bilatérale en matière d’enseignement, de recherche scientifique et d’innovation technologique.
Article : Agents de gardiennage : vers la fin des journées de 12 heures payées seulement 8
Le gouvernement, en concertation avec les partenaires sociaux, veut corriger une situation persistante en revoyant le cadre légal applicable aux amplitudes horaires dans la sécurité privée.
Article : Cinéma. Dans “Calle Málaga”, Maryam Touzani célèbre la vie et lève le tabou de la vieillesse
Né de la douleur, de la perte et du besoin de garder vivant le souvenir de sa mère, le nouveau film de Maryam Touzani se veut un hommage à la renaissance. Dans les rues de Tanger, la réalisatrice nous confie son souhait de transformer la vieillesse en un privilège et de faire de la fiction un espace de liberté pour filmer la persistance de l'être et l'amour de la vie.
Article : Race to the bunkers: Algiers rattled by the FAR’s technological rise
Satellite images circulating on social media point to unusual activity across the border. The Algerian army appears to be stepping up the construction of underground structures, underscoring its concern over the precision of Moroccan strike systems.
Article : Mondial 2030. Où en sont les chantiers des stades de Casablanca ?
Casablanca accélère la modernisation de ses infrastructures sportives à l’approche de la Coupe du monde 2030. Plusieurs stades emblématiques de la ville font l’objet de projets de réhabilitation ou de reconstruction, avec des investissements importants mobilisés. Round-up.
Article : Sahara : malgré ses efforts, Alger se heurte à une ligne américaine inchangée
En marge de l’Antalya Diplomacy Forum, en Turquie, le ministre des Affaires étrangères algérien et le haut conseiller du président américain pour le monde arabe et l'Afrique ont échangé autour de plusieurs "sujets d'actualité", dont le Sahara. Mais derrière les formules convenues du texte algérien, l'appui américain à l'intégrité territoriale du Maroc demeure clair et inchangé. Relevant depuis décembre 2020 de la logique de la continuité étatique, la position de Washington s'inscrit désormais dans la durée, indépendamment des alternances politiques internes ou des efforts diplomatiques engagés par Alger. Analyse.