Viandes rouges : voici pourquoi les prix ont doublé en quatre ans
Les prix de la viande rouge poursuivent leur hausse sur le marché. Médias24 a recueilli le son de cloche des professionnels du secteur qui reviennent sur les raisons de cette tendance et son impact sur la profession.
Une nouvelle hausse des prix des viandes bovines a été observée au niveau du marché de gros de Casablanca, à partir de la semaine du 25 septembre 2024. Le prix maximum de la viande ovine a ainsi connu une hausse de 3 DH, passant de 112 DH/kg à 115 DH/kg. Pour la viande bovine, la hausse a concerné les prix minimum et maximum qui ont tous deux augmenté de 3 DH, atteignant respectivement 93 DH/kg et 95 DH/kg.
Il suffit de revenir seulement quatre ans en arrière pour constater que le prix de la viande rouge a quasiment doublé. Exemple : le 21 octobre 2020, le prix de la viande ovine ne dépassait pas les 45 DH/kg, selon nos chiffres concernant les prix de gros à Casablanca. La viande bovine, elle, se stabilisait à l'époque à 55 DH/kg.
140 DH/kg dans les boucheries
"Le prix de vente des viandes, bovine comme ovine, au niveau des boucheries, oscille aujourd'hui entre 100 DH et 140 DH le kilogramme, en fonction de la qualité. La tendance haussière des prix de la viande rouge s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, la baisse du cheptel à l'échelle nationale à cause de la sécheresse et du coût élevé du fourrage en raison des guerres actuelles dans les zones exportatrices de céréales", explique à Médias24 Omar Arrab, secrétaire général au sein de l'Association nationale des producteurs de la viande rouge.
Pour Abdelali Ramou, président de l'Association nationale des vendeurs de viandes rouges, la problématique ne se limite pas à la sécheresse ou au coût élevé du fourrage. Si ces facteurs ont effectivement contribué à l'aggravation de la situation, le boycott du lait cru remplacé par le lait en poudre demeure le cœur de la difficulté, selon ce professionnel.
Un grande partie du lait commercialisé au Maroc produite à partir du lait en poudre
"La hausse des prix de la viande était prévisible depuis 2011. Certes, la situation a été aggravée par la sécheresse de ces six dernières années, mais le problème avait initialement émergé à cause du boycott du lait cru [en 2018, ndlr] qui a poussé les éleveurs à ne plus investir dans le cheptel bovin. Or, les éleveurs investissaient à l'époque dans les vaches à lait pour produire à la fois du lait et de la viande. Certains avaient même quitté leur emploi en entreprise pour investir dans cette activité", se remémore-t-il.
"Depuis le boycott, ces éleveurs ont été abandonnés par les sociétés laitières qui se sont tournées vers le lait en poudre, même si ces dernières disposaient du matériel nécessaire pour procéder à l'assainissement du lait acheté aux éleveurs. Une grande partie du lait commercialisé aujourd'hui au Maroc est en effet produite à partir du lait en poudre, exonéré de la TVA et des droits de douane et subventionné par l'Etat. Les professionnels de la viande en payent les pots cassés aujourd'hui", déplore notre interlocuteur.
Subventions étatiques, l'autre point de discorde
Si les professionnels de la viande rouge crient misère, c'est aussi à cause du monopole exercé sur les subventions accordées par l'Etat pour la reconstitution du cheptel.
"Certains éleveurs ont été contraints de renoncer à cette activité qu'ils jugent peu rémunératrice aujourd'hui, en l'absence notamment de subventions accordées directement aux petits et moyens acteurs qui demeurent les vrais producteurs. Les subventions ne bénéficient, malheureusement, qu'aux gros investisseurs agricoles", s'indigne Omar Arrab.
"Il faut aussi parler de l'accaparement des subventions accordées par l'Etat pour la reconstitution du cheptel par les grands éleveurs au détriment des plus petits. Beaucoup plus nombreux, ces derniers pourront élever largement plus de têtes", rebondit Abdelali Ramou.
Et ce dernier de conclure : "La filière de la viande rouge a été gravement lésée malgré des contrats-programmes pour lesquels des milliards de dirhams ont été alloués. Ces derniers ont été malheureusement monopolisés par les grosses têtes, tandis que les petits éleveurs n'en bénéficient pas. Les projets convenus dans lesdits contrats (abattoirs, boucheries...) n'ont pas été réalisés non plus. Il faut qu'il y ait un suivi et une vérification [reddition, ndlr] des comptes !"
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