Fossiles. Serait-il possible de valoriser ce commerce au Maroc ?
A l’issue de notre enquête sur le commerce des fossiles au Maroc, nous avons révélé les deux faces de ce business au Maroc. Si nous avons pu constater l'intérêt socio-économique évident de cette activité, nous nous sommes demandé s’il existait bien des structures plus organisées que l’artisanat, capables de mieux valoriser le potentiel de ce commerce, tout en assurant la sauvegarde de notre patrimoine géologique.
Au Maroc, le commerce des fossiles a connu une croissance significative, stimulée par une forte demande internationale, une richesse du sous-sol et un savoir-faire artisanal.
Ce savoir-faire a permis à chaque région de développer une expertise spécifique pour certaines familles de fossiles. Oued Zem illustre bien cette spécialisation régionale, étant devenue une référence mondiale dans la préparation des squelettes de mosasaures et d'autres reptiles marins.
A l’échelle nationale, le secteur du commerce des minéraux et fossiles compte environ une cinquantaine d'entreprises exportatrices, desservant plus de quarante destinations à l'international.
Les exportations annuelles de ces entreprises sont estimées entre 20 et 30 millions de dirhams et ont suivi le processus réglementaire d’exportation nécessitant la validation de l’autorité gouvernementale en charge, à savoir la Direction de la Géologie, des mines et des hydrocarbures du Ministère de la Transition Energétique.
Cependant, les revenus déclarés de l’exportation des fossiles et minéraux ne reflètent pas totalement la réalité du marché où des ventes importantes de fossiles, à des prix plus élevés, sont réalisées chaque année notamment sur internet.
PaleoLab, une plateforme marocaine de préparation de fossiles
Au cours de notre enquête sur ce secteur, nous avons été orientés par les artisans vers PaleoLab, une entreprise de préparation de fossiles située près de Tamesna aux environs de Rabat.
Elle se différencie des entreprises exportatrices du fait qu’elle ne se contente pas d’exporter des fossiles mais opère également dans leur valorisation. En plus, elle aide également les artisans à identifier les espèces retrouvées, une étape cruciale pour la commercialisation car une identification précise est très importante pour déterminer la valeur marchande d'un fossile préparé.
Cette plateforme rassemble les fossiles provenant des quatre coins du Maroc. Lors de notre visite, nous avons découvert de vastes stocks de dents d'Oued Zem, d'ammonites et de trilobites d'Erfoud, d'ostracodes de Smara, et de minéraux variés.
Ces fossiles, une fois préparés, sont commercialisés sous forme de kits éducatifs destinés aux enfants et à l'enseignement, principalement à l'export. Comme nous l'explique Adam Aaronson, le marché intérieur, bien que présent, reste encore relativement limité.
Pour lever toute ambiguïté quant à la légalité de ses activités, Adam Aaronson nous a dévoilé les autorisations délivrées par le ministère de tutelle. Ces documents, conformément à l'article 116 de la loi 33.13, l'habilitent à mener des recherches et à commercialiser les fossiles qu'il découvre.
L'absence de mosasaures parmi les fossiles proposés a retenu notre attention. L’entreprise a auparavant commercialisé ces spécimens à l'international, après les avoir achetés à Oued Zem et obtenu les autorisations nécessaires pour l’exportation, nous explique le gérant de l’entreprise. Toutefois, il a dû abandonner momentanément en raison des textes qui ne sont pas très clairs et de la concurrence déloyale des réseaux de trafic illégal.
Serge Xerri, responsable recherche et développement à PaleoLab, nous a expliqué que les fouilles d'Oued Zem et d’Erfoud sont les propulseurs de son activité. Sans elles, l’entreprise n'existerait pas. Il estime que ces fouilles représentent une double opportunité : une source de revenus en devises pour le pays et un gagne pain pour les artisans locaux.
« Les fossiles ont l’air rare car on ne se donne pas les moyens intellectuels et monétaires pour les valoriser. Heureusement, qu’il y a ces personnes qui font de la prospection au Maroc. Ces trouvailles ne se limitent pas aux collections privées ou aux musées. Elles sont essentielles à l'avancement de la science, nous permettant de mieux comprendre l'évolution de la vie sur terre afin de mieux anticiper le futur», nous explique Serge Xerri.
Le second segment d’activité de l’entreprise concerne le moulage scientifique. Les moulages et gabarit sont construits à base de silicone à partir de squelettes originaux précédemment préparés. Après leur fabrication, ils serviront à produire des copies en plâtre ou en résine, plus économiques, destinées à être exposées dans des lieux attractifs comme les musées, les aéroports, les hôtels et les parcs.
Au lieu d'avoir un seul spécimen dans une seule localité, il est donc possible de réaliser plusieurs répliques et de les exposer dans différents lieux. C'est le cas de l'Atlasaurus, dont un véritable squelette est présenté à Rabat et une réplique à Azilal.
La 10ème Conférence internationale des Géoparcs mondiaux de l'UNESCO, tenue à Marrakech en 2023, a été l'occasion pour les différents acteurs de géoparcs du monde entier de partager leurs connaissances et leurs bonnes pratiques en matière de gestion et de valorisation de ces territoires exceptionnels. Pour l'occasion, les équipes de ce laboratoire ont exposé une réplique grandeur nature d'un Spinosaurus.

PaleoTech prend son envol pour le marché l'international
Souhaitant étendre leurs activités, les dirigeants de PaleoLab ont créé PaleoTech, une entreprise spécialisée dans la préparation de fossiles à l’international, basée dans la zone franche de Kénitra.
Mettant à profit leur expertise dans le domaine de la préparation des fossiles, ils explorent de nouveaux marchés internationaux, principalement aux Etats-Unis, proposant désormais de nouvelles prestations, comme la préparation de dinosaures importés à la demande ou la fabrication de répliques de dinosaures.
Les équipes de PaleoTech et Paleolab sont composées d'une part, d'artisans locaux d'Erfoud, d'experts dans la préparation des fossiles, et d'autre part, de profils universitaires scientifiques en particulier en paléontologie. Ces dernières années, l'entreprise a décidé de développer son activité et vise désormais à rayonner à l'international.
Lors de notre visite, l'équipe de PaleoTech préparait un squelette de dinosaure terrestre : un Hardosaurus provenant de la formation de Montana aux États-Unis et datant du Crétacé supérieur, comme les mosasaures marocains.
Avec ses fémurs de la taille d'un homme, ce dinosaure, pouvant atteindre une quinzaine de mètres, est méticuleusement préparé pièce par pièce et qui serait finalisé dans les mois prochains pour revenir aux Etats-Unis.


S’interrogeant sur la possibilité de concilier le patrimoine et le commerce des fossiles, Adam Aaronson estime que le Maroc, riche en fossiles et minéraux, ne tire pas pleinement parti de ce patrimoine malgré les milliers de personnes qui se sont spécialisées dans le domaine. Outre l’exportation, ce potentiel pourrait donner naissance à de magnifiques musées valorisant les richesses fossiles de chaque région. Paradoxalement, la région de Draâ-Tafilalet, qui recèle des millions de fossiles, ne possède aucun musée dédié.
« Cette région de Draâ-Tafilalet pourrait être le sujet non pas d'un seul musée mais plutôt de plusieurs dispersés dans les provinces de la région, dynamisant ainsi l'offre touristique de nombreuses villes », souligne Adam Aaronson.
L'ouverture du musée d'Azilal a montré la voie à suivre pour développer un réseau de musées d'histoire naturelle au Maroc qui pourront constituer un levier important pour le développement socio-économique de plusieurs régions. Malgré l'insuffisance de formations universitaires dédiées (une seule au niveau national), de tel projets constituent de véritables incubateurs de talents, permettant de former une nouvelle génération de professionnels hautement qualifiés et prêts à relever les défis de projets muséaux tels que le futur musée d'archéologie et des sciences de la terre à Rabat.
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