Taux de chômage : 21,3% ou 13,6% ? Voici les explications
Parmi les résultats détaillés du RGPH annoncés le mardi 17 décembre, le taux de chômage suscite un vif débat. Il est de 21,3%, annonce le HCP sur la base des résultats du recensement. Or, la dernière enquête trimestrielle de la même institution indiquait 13,6%. Lequel de ces deux chiffres est le bon ? Explications.
Quel est le vrai taux de chômage au Maroc? Est-il de 13,6% comme l'indiquait la dernière enquête trimestrielle du HCP? Ou de 21,3% comme l'indiquent les résultats du RGPH 2024?
Ce taux de 21,3% a été dévoilé mardi 17 décembre par Chakib Benmoussa dont c'était la première sortie médiatique en tant que Haut-commissaire au Plan. Il présentait une nouvelle fournée de résultats du RGPH (Recensement général de la population et de l'habitat), très riche et, heureuse surprise, avec pour la première fois la possibilité d'explorer la data.
En marge de cet important événement à longue portée (puisque les résultats seront utilisés pendant plusieurs années), un débat a été déclenché par le chiffre du chômage puisque celui-ci ne cadre pas avec les récents chiffres du HCP. Alors, quel est le bon chiffre?
Pour répondre à cette question et expliquer le contexte, Médias24 a échangé avec trois sources de haut niveau, directement concernées par le HCP et ses travaux.
→ Y a-t-il des précédents? Qu'en est-il du RGPH 2014?
Le même problème et quasiment le même écart ont été constatés lors du recensement de 2014.
Alors que les chiffres de l'enquête trimestrielle tournaient autour de 9% de chômage en 2014, le recensement de la population a dégagé un taux de chômage de 16%. Un écart de 7 points donc. Comparable à celui de cette année (7,7 points).
Notons que la tendance est dans les deux cas, conforme. Autrement dit, le taux des enquêtes trimestrielles est passé de 9% en 2014 à 13,6% en 2024. Et celui du recensement est passé au cours de la même période de 16% à 21,3%.
→ Quelle est la place du chômage et de l'emploi dans le Recensement?
Le recensement cible la population et l'habitat d'abord. Si on devait y inclure un questionnaire détaillé sur le chômage, comme celui de l'enquête trimestrielle, cela serait tout simplement impossible. Le questionnaire est trop long et détaillé.
Le questionnaire du recensement est léger et rapide. Dans 30% des cas (en moyenne nationale), un questionnaire plus détaillé a été posé. Il comprenait deux questions sur le chômage:
*Avez-vous travaillé au cours des 7 derniers jours?
*Etes-vous en train de chercher du travail ou prêt à travailler si on vous en propose?
Les réponses à ces deux questions ont fourni le chiffre de 21,3%.
→ Qu'en est-il dans l'enquête trimestrielle du HCP?
On dit que le recensement est déclaratif, tandis que les chiffres trimestriels proviennent d'une enquête. Pour schématiser, le premier niveau de compréhension d'une population est le déclaratif. Le deuxième est la mesure par une enquête avec un échantillon représentatif et un questionnaire approfondi. Le troisième est le comptage (comptabilité nationale par exemple, ou encore le comptage du chômage à travers l'assurance-chômage en France).
Dans les enquêtes trimestrielles, les questions sont nombreuses, pour essayer de recouper et préciser les réponses. C'est ce qui permet de cerner par exemple le sous-emploi, l'emploi non rémunéré, les secteurs concernés, la durée du chômage, le niveau de diplôme etc...
Contrairement au recensement où la question de l'emploi a été posée à 30% des ménages interrogés (plus de 12 millions de personnes concernées donc), l'enquête trimestrielle porte sur un échantillon de 90.000 ménages soit environ 400.000 personnes.
Le recensement est donc exhaustif mais superficiel et instantané. L'enquête trimestrielle, elle, est ciblée selon un échantillon large et représentatif, avec un questionnaire approfondi et renouvelé chaque trimestre. Le premier est déclaratif, c'est une perception. Le second est le fruit d'une enquête, donc une mesure.
Les méthodologies appliquées sont validées à l'international.
Le HCP veille d'ailleurs à suivre les meilleures pratiques. Il a entrepris de transformer la méthodologie de l'enquête trimestrielle avec le concours du BIT (Bureau International du Travail): on ajoutera notamment des questions et surtout l'échantillon sera élargi pour obtenir une meilleure granularité.
La nouvelle méthodologie sera testée discrètement en 2025 -trimestre par trimestre- et devrait être lancée en 2026.
→ Comment expliquer concrètement la différence ?
Nos sources indiquent qu'à l'échelle internationale, ce qui est "déclaratif" est toujours supérieur à ce qui est "mesuré". En d'autres termes, le recensement est déclaratif, l'enquête trimestrielle est considérée comme une mesure de l'emploi et du chômage.
L'un de nos interlocuteurs explique la différence par le sous-emploi. Pour lui, si on additionne les taux de sous-emploi (10%) et de chômage (13,6%), on dépasse un peu le fameux taux de 21,3%. D'autres explications concrètes sont avancées dont l'emploi non rémunéré (9% des emplois), non comptabilisé en tant que tel dans le recensement. Ou encore le fameux RSU, des déclarants ayant peur d'être privés des aides sociales si jamais l'Etat apprenait (alors que le recensement est anonyme) qu'ils travaillent.
→ En conclusion.
A ce stade, on peut dire que le recensement permet d'avoir une connaissance plus fine, plus granulaire, des bassins d'emploi dans le pays, jusqu'au niveau du district et du quartier. Par contre, l'enquête trimestrielle du HCP est ciblée emploi et chômage. Elle est en cours de réforme pour devenir encore plus qualitative et élargir son échantillon.
Le HCP applique les méthodologies validées internationalement. Ces méthodologies, comme le veulent les bonnes pratiques, sont régulièrement mises à jour. L'aspect psychologique ne peut être écarté de ce débat, impactant aussi bien le RGPH que l'enquête trimestrielle. Pour le moment, c'est cette enquête trimestrielle, par son historique, par son niveau de détails, par sa méthodologie reconnue, par le fait que c'est un instrument de mesure, qui reste la référence.
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