Métaux stratégiques : voici ce qu’il faut savoir sur les projets de mines en cours de développement au Maroc
ROUND UP. En 2025, plusieurs projets miniers connaissent une accélération notable, marquée par des avancées concrètes vers le démarrage de leur exploitation. Parmi ces projets figurent de nouvelles mines, qui vont accroître la production nationale de métaux stratégiques, essentiels à l’industrie de la transition énergétique et, plus spécifiquement, à la fabrication de batteries électriques.
À l’heure où la transition énergétique s’impose comme une priorité mondiale, le Maroc se positionne en pionnier sur le continent africain avec une ambition légitime de devenir un hub régional dans l’industrie des batteries électriques.
Aujourd’hui, un tissu industriel intégré se met en place avec notamment la mise en service prochaine de la première gigafactory africaine et plusieurs unités, en amont, dédiées à la production des composants essentiels des batteries, tels que les cathodes et les anodes.
Cependant, la durabilité de cette industrie naissante est intrinsèquement liée à l’accès à des métaux critiques à un prix compétitif et en quantité suffisante, dont l'approvisionnement ne doit pas être brutalement interrompu en raison d’une dépendance excessive à un seul pays.
Indispensables, le lithium, le nickel et le graphite sont importés
Si le Maroc dispose de ressources importantes en cobalt et en phosphates, il reste toujours tributaire de l’importation de plusieurs ressources indispensables pour la fabrication des batteries telles que le lithium, le nickel, le graphite…
À ce jour, des centaines d’indices miniers devraient être déchiffrés pour découvrir l’exploitabilité de plusieurs métaux critiques, dont principalement le lithium, le cuivre, le cobalt, les terres rares… En 2024, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) a lancé 44 projets d’exploration de métaux critiques répartis dans les quatre coins du pays.
En parallèle, plusieurs projets de développement minier de métaux critiques ont progressé au-delà de leur phase d’exploration durant cette année et devraient connaître leur première production prochainement.
La mine de cuivre de Tizert (province de Taroudant)
L'utilisation du cuivre dans les batteries lithium-ion est privilégiée en raison de sa conductivité électrique et thermique élevée, ainsi que de ses nanostructures uniques qui optimisent les performances électrochimiques. Son rôle principal est celui de collecteur de courant, garantissant le flux ordonné des électrons durant les cycles de charge et de décharge, tout en demeurant un composant fixe au sein de la batterie pour assurer une énergie stable et performante.
Managem, le principal producteur de cuivre au Maroc avec une production actuelle de 100.000 tonnes de concentré, s'apprête à doubler sa capacité grâce au nouveau projet de Tizert.
Située entre Taroudant et Tata, la mine de cuivre de Tizert, un projet de mine de classe mondiale, est en phase finale de construction avec une première production prévue durant le deuxième semestre de l’année 2025. La majorité des travaux a dépassé les 90%, à l'exception notable de la construction de la digue (85%), du génie civil de l'usine (83%), de l'installation électrique (17%) et du montage (46%).
La mine de Tizert, dont les ressources sont estimées à 56,8 millions de tonnes avec une teneur de 1,03% en cuivre et 23 g/tonne d'argent, a une durée de vie prévue de 17 ans.
Lancé en 2022, ce projet a nécessité un investissement de 440 millions de dollars (plus de 3,85 milliards de DH). Il ambitionne de devenir la plus grande exploitation minière souterraine de la région, intégrant les principes de la mine intelligente grâce à la numérisation des processus, à l'intelligence artificielle, à l'automatisation basée sur les données des machines et des événements, au suivi en temps réel des véhicules et du personnel, ainsi qu'à une intégration avec des systèmes de planification tiers pour un suivi fluide et instantané de l'avancement des travaux.
Précédemment, le groupe Managem a cédé sa filiale, qui exploitait la mine d'Oumejrane dans la province de Zagora. Pour Managem, cette décision stratégique vise à se concentrer sur ses principaux actifs, considérant qu'il serait plus optimal de céder cette entité à une autre partie capable de développer le projet.
Bien que Purple Hedge soit une entreprise nouvellement créée et donc peu connue, le communiqué annonçant l'acquisition de la Compagnie minière d’Oumejrane révèle que sa direction possède une expérience significative dans des projets miniers africains.
Outre un potentiel minéral estimé à environ 82.000 tonnes de concentrés de cuivre, la cession de la Compagnie minière d’Oumejrane devrait permettre à la nouvelle entité, Purple Hedge, d'exploiter quatre licences d’exploration couvrant 200 km². Ces licences pourraient être utilisées pour développer les ressources déjà découvertes.
Plus au nord, dans la province d'Azilal, le projet minier de Tabaroucht, développé par la Compagnie minière de Touissit (CMT), a atteint à son tour sa phase finale de développement. Les études menées auparavant ont permis d'estimer des réserves à 2 millions de tonnes de minerai à une teneur de 1,4% de cuivre. Le projet entre désormais dans sa phase finale, avec une décision d'investissement proche qui déterminera sa faisabilité économique et opérationnelle.
Les complexes miniers de phosphates de Mzinda et de Meskala
Outre son utilisation connue dans les engrais, le phosphate est un composant clé des batteries lithium fer phosphate (LFP). Cette technologie, particulièrement prisée pour sa stabilité, sa sécurité et son excellent rapport qualité-prix, séduit les principaux constructeurs automobiles. Ces derniers l'intègrent déjà, ou prévoient de l'adopter à grande échelle, pour équiper leurs nouveaux modèles de véhicules électriques.
La fabrication du matériau cathodique FePO4 repose sur un procédé relativement simple : il suffit de mélanger un sel de fer (comme le sulfate ferreux FeSO₄) avec une source de phosphate (tel que l'acide phosphorique H₃PO₄) en solution aqueuse. Cette simplicité de production, combinée à sa disponibilité locale, ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de ce type de batterie au Maroc.
En complément de ses sites historiques majeurs situés à Benguerir et à Khouribga, le groupe OCP, dans le cadre de son programme stratégique (SP2M), prévoit d'étendre ses activités dans deux nouvelles zones : Mzinda-Safi et Meskala-Essaouira.
Le projet du corridor Mzinda-Safi ambitionne d'atteindre, d'ici 2028, une capacité de production annuelle de 12 millions de tonnes de roche, de 3 millions de tonnes d'acide phosphorique et de 8,4 millions de tonnes d'engrais.
Concernant le corridor Meskala-Essaouira, l'objectif est de parvenir, à l'horizon 2030, à une capacité annuelle de 20 millions de tonnes de roche, de 1 million de tonnes d'acide phosphorique et de 2 millions de tonnes d'engrais.
Pour s'inscrire dans l'ère de la mine 5.0, ces nouveaux projets miniers devront intégrer une combinaison d'innovations technologiques et d'approches responsables. Au cœur de cette transformation figurent les technologies digitales avancées comme l'automatisation intelligente des processus, l'Internet des objets (IoT) et l'intelligence artificielle, qui permettront d'optimiser les opérations minières.
Parallèlement, l'exploitation des ressources non conventionnelles et l'adoption massive d'énergies renouvelables (solaire et éolien) viendront compléter cette modernisation technologique. Ces avancées s'accompagneront d'une démarche durable rigoureuse, intégrant pleinement les principes du développement durable pour minimiser l'impact environnemental.
La mine d’étain d’Achemmach (province de Khemisset)
L'étain est un métal stratégique pour les batteries grâce à sa grande capacité théorique de stockage du lithium, surpassant ainsi le graphite. Allié à d'autres matériaux comme le silicium ou le carbone, il gagne en stabilité et résout les problèmes liés à son expansion lors des cycles de charge et de décharge, ouvrant la voie à des batteries plus performantes et durables.
Au-delà des batteries, l'étain, souvent sous forme d'alliage, est de plus en plus utilisé dans les composants électroniques, les panneaux photovoltaïques, les pièces d’automobiles…
Dans le monde, la majorité des réserves mondiales en étain sont détenues par la Chine à hauteur de 38%, alors qu’en Afrique, la République démocratique du Congo et le Rwanda possèdent les plus grandes réserves.
Le projet Achemmach, situé à environ 50 km au sud-ouest de Meknès, est sorti de sa léthargie grâce à l’acquisition en mai 2024 de Samine, ancienne filiale de Managem. Cette acquisition a permis d’étendre le corridor minier de 5 km entre Achemmach et Bou El Jaj, doublant ainsi le potentiel en étain de la région. Les ressources totales estimées s’élèvent désormais à 39,1 millions de tonnes à une teneur de 0,55 % Sn, contenant 213.000 tonnes d’étain.
Sur le plan géologique, les minéralisations d’étain d’Achemmach et de Djebel El Hammam présentent des similitudes, étant toutes deux hébergées dans des roches sédimentaires altérées par la tourmaline. Cependant, elles se distinguent par leur profondeur : si le gisement d’Achemmach est enfoui en profondeur, nécessitant une exploitation souterraine, celui de Djebel El Hammam affleure en surface, offrant des perspectives d’exploitation à ciel ouvert, plus économiques et prometteuses pour l’entreprise.
Ces nouveaux développements, couplés à de nouvelles nominations managériales et à des financements additionnels, marquent un tournant décisif pour ce projet, longtemps retardé par des difficultés financières. Cette fois, l’acquisition de Samine devrait significativement réduire les coûts, puisque l’usine de traitement de l’ancienne mine d’El Hammam pourrait être réutilisée pour le projet Achemmach.
Une décision d’investissement finale (FID) est attendue avant la mi-2025, ouvrant la voie au lancement de la construction. À terme, ce projet renforcera la souveraineté minière du Maroc en ajoutant l’étain à la liste des métaux produits dans le pays.
D’autres projets prometteurs pour l’industrie des batteries
A coté de ces projets de mines, plusieurs travaux d'exploration sont actuellement menés par l'ONHYM et des opérateurs privés qui, ces dernières années, ont accru leurs investissements dans le secteur minier.
Parmi les métaux critiques dont le Maroc manque, figure le graphite. Actuellement, l’ONHYM conduit des travaux de développement pour dérisquer un prospect de graphite situé au niveau de Jbilet, dans les environs de Marrakech.
Mais avant que cela ne puisse se concrétiser, le groupe Falcon Energy Materials prévoit la construction d’une usine de production d’anodes avancées à Tanger, avec une capacité cible de 25.000 tonnes par an. L’usine s'approvisionnera en graphite auprès d’une mine actuellement en cours de construction, exploitée par le même groupe en Guinée.
Ce projet est porté par la société canadienne SRG Mining, avec Benoit LaSalle (également directeur de AYA Gold & Silver) à la présidence du conseil d’administration de Falcon. Il bénéficie également du soutien financier de La Mancha Resources, détenue par l’homme d’affaires Naguib Sawiris.
Parallèlement au développement du graphite, l'exploration d'un autre composant majeur des batteries progresse. Piloté par Lithium Africa, une entreprise basée à Singapore, ce programme débutera par la prospection du lithium dans la région de Bir El Mami, avant d'étendre les prospections à trois autres sites identifiés notamment au niveau de l'Anti-Atlas.
À la fin, ce qui permettra d’accélérer davantage l’exploration des métaux critiques et de soutenir la souveraineté industrielle du Maroc, notamment celle liée à la transition énergétique, c’est la prochaine réforme du code minier. Cette réforme introduira plusieurs innovations, comme la création d’un cadastre minier pour plus de transparence et de gouvernance, la mise en place d’une Commission nationale des minéraux stratégiques et critiques sous tutelle ministérielle, ainsi que l’établissement d’une liste officielle de ces minéraux.
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