Comment l’UM6SS mise sur l’intelligence artificielle et la simulation pour réinventer la pédagogie médicale
La digitalisation ne se contente plus de compléter l'enseignement médical, elle en redéfinit aujourd'hui les fondements et les outils. Dans cet entretien, le professeur Mohamed Adnaoui, président de l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé, pionnière au Maroc et en Afrique et véritable incarnation de cette transformation, nous éclaire sur les enjeux, les défis et les perspectives de la formation médicale à l’ère du digital.
Médias24 : Quel regard portez-vous sur la manière dont la digitalisation redéfinit aujourd’hui les pratiques et les méthodes pédagogiques en médecine ?
Pr Mohamed Adnaoui : La digitalisation représente aujourd’hui la quatrième révolution industrielle. Elle s’impose à tous les secteurs, y compris celui de l’enseignement, en offrant des opportunités d’innovation et d’adaptation aux besoins des générations futures.
Dans le domaine de la santé, l’intelligence artificielle est appelée à transformer en profondeur plusieurs aspects : la pratique quotidienne, le diagnostic, la décision clinique, l’analyse prédictive, la médecine de précision, les objets connectés, la télémédecine ou encore l’exploitation des big data.
Un autre volet important de la digitalisation réside dans sa capacité à servir à la fois les étudiants, les enseignants et, plus largement, la société. Elle ne se limite pas à la pédagogie, mais s’étend également aux aspects pratiques de la formation.
Aujourd’hui, les chirurgiens se forment à l’aide de robots, ce qui représente un tournant significatif. Cela implique une intégration de la digitalisation dans toutes les sphères, aussi bien pédagogiques que décisionnelles, au sein des établissements.
- Quelle place l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé (UM6SS) accorde-t-elle à la transformation numérique dans sa stratégie de développement ?
- L’engagement est clair. Depuis que le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation a lancé l’initiative "Université 4.0", avec le plan Pact ESRI 2030, toutes les universités ont été invitées à suivre cette dynamique. L’UM6SS a répondu présent, avec la volonté affirmée d’être à la pointe de cette transition.
Nous avons commencé par digitaliser nos plateformes d’enseignement. Les étudiants ne viennent plus en cours pour recevoir passivement un enseignement ; les supports sont accessibles en ligne, en amont, et les séances sont désormais consacrées à l’interaction.
Nous avons également supprimé l’usage du papier pour les examens, désormais réalisés sur tablette. Cette démarche favorise l’équité, renforce la sécurité des évaluations et améliore leur efficacité.
Sur le plan hospitalier, nous avons intégré un système d’information hospitalier permettant de fluidifier les services aux patients : consultation sans ordonnance papier, transmission directe à la pharmacie et déclaration automatique à la CNSS, par exemple.
Cette approche hospitalo-universitaire vise à faire converger la pédagogie et la pratique médicale dans un même écosystème digitalisé. Former, c’est aussi anticiper les compétences de demain.
- Comment anticipez-vous, justement, l’évolution des besoins en compétences dans les métiers de la santé face à l’émergence des nouvelles technologies ?
- Dès le départ, nous avons fait le choix de digitaliser les examens, en les organisant sur tablette. Cette décision a été précédée par une phase pilote : nous avons commencé par la quatrième année, formé les enseignants, les techniciens et les étudiants, et réalisé des examens blancs pour assurer une transition progressive.
Ensuite, le processus a été généralisé. Aujourd’hui, qu’ils soient à Rabat, à Casablanca, à Dakhla ou ailleurs, tous nos étudiants passent leurs examens le même jour, à la même heure, selon les mêmes modalités.
- La digitalisation va-t-elle jusqu’à réinventer les méthodes d’évaluation ? Peut-on imaginer, à terme, des examens en réalité virtuelle ou basés sur la simulation ?
- C’est déjà une réalité. Les évaluations virtuelles et intelligentes sont en place. Nous sommes entrés pleinement dans l’ère de la robotisation et de l’apprentissage assisté, qui s’inscrit dans une logique d’accompagnement individualisé.
Un exemple significatif est celui de l’apprentissage par simulation, crucial dans la formation médicale. L’étudiant est mis en situation sur une machine programmée pour reproduire un ensemble d’actes cliniques, qui sont ensuite enregistrés et comptabilisés. Une fois ce niveau atteint, il passe à des pratiques sur modèles animaux, avant d’être accompagné par un senior en salle d’opération.
Cependant, cette transformation doit être encadrée juridiquement et éthiquement. Ce sont des dimensions fondamentales à intégrer pour garantir une mise en œuvre responsable.
- L’ouverture prochaine de deux campus à Marrakech et Agadir marque une nouvelle étape pour l’UM6SS. Quelle est la philosophie qui sous-tend cette extension géographique ?
- Les fondations, à but non lucratif et d’utilité publique, ont vocation à accompagner l’action de l’État. La Fondation Mohammed VI œuvre ainsi à développer un écosystème complet —hospitalier, éducatif, de recherche — en élargissant l’offre de formation.
Le Maroc est en pleine transformation. Dans la perspective de grands événements comme la Coupe d’Afrique ou la Coupe du monde, il est essentiel de renforcer les capacités des régions, notamment sur le plan socio-économique et éducatif.
L’ouverture de campus à Marrakech et Agadir vise donc à rapprocher l’enseignement des étudiants, en leur offrant la même qualité d’accompagnement qu’à Rabat ou à Casablanca. Cela incarne pleinement l’esprit du nouveau Maroc.
à lire aussi
Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.
Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.
Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.
Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, superviser les structures territoriales et améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.
Article : Les prévisions météo pour le samedi 25 avril
Voici les prévisions pour le samedi 25 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps assez chaud sur le Sud-Est […]