Textile. L’arrivée de Sunrise peut-elle enclencher la transformation tant attendue du secteur marocain ? (3/3)
L’implantation du groupe Sunrise au Maroc intervient dans un contexte de stagnation du secteur textile national. Ce nouvel acteur intégré pourrait contribuer à relancer une filière centrée sur la confection à façon. Mais pour que cet investissement produise des effets d’entraînement, plusieurs conditions structurelles et réglementaires restent à réunir.
L’annonce, en mars dernier, de l’implantation du géant Sunrise dans le secteur textile marocain a résonné comme un signal fort pour une industrie en quête de renouveau. Longtemps cantonné à un rôle de sous-traitant, concentré sur la confection et marqué par une faible montée en gamme, le textile marocain peine à amorcer une véritable transformation structurelle.
Ce nouvel investissement, d’une portée stratégique, vient bousculer les lignes d’un secteur en stagnation, offrant une perspective de redéploiement autour de l’amont textile – c’est-à-dire les premières étapes de la chaîne de valeur : production de fibres, filature, tissage et ennoblissement.
Dans un contexte international où les enseignes majeures privilégient de plus en plus des partenaires capables de livrer des produits finis, intégrant design, logistique et traçabilité, le modèle marocain, centré sur la confection à façon, montre ses limites. Sunrise, en tant qu’acteur intégré, pourrait bien ouvrir une brèche et entraîner avec lui un changement d’échelle, en stimulant des effets d’entraînement industriels et logistiques sur l’ensemble de la filière.
Quel impact structurant ce projet pourrait-il avoir sur l’écosystème textile national ? Quelles nouvelles opportunités offre-t-il en matière d’intégration, de compétitivité et de création de valeur ?
Pour y voir plus clair, Médias24 a échangé avec Abdelmoula Ratibe, directeur du groupe Ratibecom, opérateur reconnu dans la fabrication de prêt-à-porter à l’export. Pour lui, cette implantation traduit la montée en attractivité du Maroc aux yeux des principaux donneurs d’ordres mondiaux. Si Sunrise réussit son pari, d’autres acteurs internationaux pourraient bien suivre, estime-t-il.
"C’est un signal positif. Le fait qu’un acteur de la taille de Sunrise choisisse d’investir dans le textile au Maroc montre l’attractivité du pays. Ce type de décision ne se prend pas à la légère : il y a forcément eu une étude approfondie en amont. La présence de Sunrise s’explique probablement aussi par les avantages liés aux accords de libre-échange, notamment avec les États-Unis et l’Europe. Si cette implantation réussit, il est très probable que d’autres grands groupes lui emboîtent le pas. Dans ce secteur, lorsqu’un acteur majeur s’installe dans un pays, ses concurrents ont tendance à suivre", explique-t-il.
L’implantation de Sunrise au Maroc : quelles opportunités pour le textile, quels défis à relever ?
Selon Abdelmoula Ratibe, pour que cette implantation ait un effet structurant sur l’ensemble de la filière, encore faut-il que les conditions réglementaires permettent une intégration efficace de Sunrise dans l’écosystème local.
"Il faut maintenant voir sous quel régime la douane va autoriser Sunrise à opérer. S’ils produisent uniquement pour leur compte, c’est déjà bien en termes d’emplois. Mais l’idéal serait qu’ils puissent vendre localement la matière qu’ils fabriquent, ce serait un vrai levier pour tout le secteur".
Aujourd’hui, l’industrie textile marocaine importe la totalité de ses tissus. Cette dépendance a un coût élevé, tant en logistique qu’en devises, sans parler des délais de livraison.
"Si on pouvait acheter directement du tissu produit par Sunrise au Maroc, ce serait un gain énorme. On gagnerait du temps, on éviterait les frais logistiques et on paierait en dirhams plutôt qu’en devises. Mais cela dépend entièrement de la flexibilité de l’administration douanière", poursuit notre interlocuteur.
Au-delà de l’approvisionnement, c’est la transformation du modèle économique lui-même qui est en jeu. La vraie valeur ajoutée réside dans la production de produits finis, mais cette transition reste ardue pour la majorité des acteurs locaux.
"Produire à façon, c’est simple : on reçoit la matière, on fabrique, on exporte. Mais produire un article fini, c’est un autre métier. Il faut un bureau d’études, un service design, un pôle commercial... Aujourd’hui, le secteur marocain n’est pas encore assez compétitif à ce niveau. Pour tirer pleinement parti d’un acteur comme Sunrise, il faut que l’écosystème local soit capable d’absorber cette dynamique et de monter en compétences. Autrement dit, l’attractivité du Maroc ne suffira pas sans une évolution structurelle du tissu industriel local", souligne Abdelmoula Ratibe.
Si l’arrivée de Sunrise est porteuse d’un potentiel transformationnel pour le textile marocain, encore faut-il que le cadre réglementaire suive. La question du régime douanier applicable à ce type d’investisseur est centrale, car elle conditionne directement l’effet d’entraînement de l’implantation sur l’écosystème local.
Cette ouverture serait d’autant plus bénéfique que l’industrie textile marocaine dépend actuellement de l’importation de tissus. L’accès local à une matière première de qualité réduirait non seulement les délais et les coûts, mais renforcerait aussi la compétitivité à l’export.
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