Les trésors oubliés d'Aouli et Mibladen : quand la recherche de minéraux fait vivre une population oubliée
Autrefois parmi les plus grandes mines du Maroc, les sites d'Aouli et Mibladen sont devenus des villages fantômes après leur fermeture en 1983. Aujourd'hui, dans les galeries abandonnées, des artisans-mineurs creusent les profondeurs à la recherche de roches très prisées mondialement, démontrant que la vie peut continuer après la mine.
Le Maroc possède une longue histoire minière, qu'elle soit à ciel ouvert ou souterraine. La spécificité de son secteur minier fait que les grands projets miniers sont naturellement situés dans des régions éloignées.
Auparavant, plusieurs villes marocaines ont été fondées ou développées autour de l'activité minière. C'est le cas de Jerada, capitale du charbon, et de Youssoufia, dédiée aux phosphates et qui portait le nom de Louis Gentil, celui qui a découvert les gisements de phosphates de la région. À cela s'ajoutent les cités de Touissit, Aouli, Mibladen qui portèrent la production marocaine de minerai de plomb.
Le projet d’une mine est limité dans le temps malgré les richesses qu’il peut apporter, condamnant plusieurs villes minières à dépérir ou disparaître. Cette problématique est mondiale et est survenue à une époque où la réhabilitation des sites miniers était une option plutôt qu’une obligation, et bien qu’elle soit également actuellement limitée.
Au Maroc, la vie dans plusieurs cités minières s’est soudainement arrêtée, stoppant les opportunités socio-économiques autour d’une activité minière (commerce, emploi, stabilité sociale, taxes et impôts…). Cependant, l’ingéniosité marocaine a su s’adapter à ces réalités autour de ces cités mortes, démontrant une adaptation obligée émanant d’une volonté de vivre. Au début, il s’agissait d’une activité vivrière qui s’est développée progressivement en des commerces bien établis, mais est-ce que cette évolution profite à l’artisan qui s’aventure dans des galeries profondes et risquées ?
Pourquoi le Maroc est un pays minier très riche
Le Maroc est un pays minier diversifié, avec des sites comme ceux d'Imiter, de Bou Azzer ou d'Imini, qui approchent d'un siècle d'activité minière continue. Cette richesse minière spécifique se matérialise par des spécimens minéralogiques qui ont été découverts pour la première fois au Maroc et qui portent ainsi un nom lié au pays.
Le Maroc est ainsi la source de plusieurs minéraux topotypes, c'est-à-dire découverts et nommés d'après leur localité d'origine.
C’est le cas de l’imiterite, un minéral unique baptisé en référence à la célèbre mine d'argent d'Imiter. Composé de mercure et d'argent, ce spécimen fut découvert dans les années 1980 et officiellement approuvé par l'Association internationale de minéralogie (IMA) en 1983. Il se distingue par ses cristaux accolés, qui forment des figures en V ou des structures cycliques en étoile.
La bouazzerite tire son nom du gisement de cobalt de Bou Azzer. Approuvée par l'Association internationale de minéralogie (IMA) en 2005, elle est reconnaissable à sa couleur vert-pomme pâle, son éclat adamantin et sa présence fréquente aux côtés de minéraux cobaltifères, comme l'érythrite, ainsi que du quartz, de l'or natif et de divers minerais de cuivre.

L’agardite est un minéral découvert pour la première fois dans la mine de cuivre de Bouskour. Son nom rend hommage à Jules Agard, premier chef du Service d’études des gîtes minéraux du Maroc. Il s'agit d'un minéral très rare, un complexe arséniate de cuivre et de terres rares, souvent de couleur bleu-vert à jaune-vert. Le spécimen découvert au Maroc est notamment associé à l'yttrium. Il se présente typiquement en très fins cristaux aiguilleux formant des gerbes ou des touffes cotonneuses.
La marokite doit son nom explicite au Maroc, où elle a été découverte en mars 1962 dans les mines de manganèse de Tachgagalt situées aux environs de Ouarzazate. C'est un minéral opaque, de couleur noire, qui présente des réflexions internes carmin-rouge et se cristallise sous une structure prismatique.

La gaudefroyite est un minéral rare découvert en 1962 dans le gisement de Tachgagalt aux environs de Ouarzazate. Souvent associé à la marokite, ce borate de calcium et de manganèse est nommé en hommage à l'abbé Gaudefroy, qui a largement contribué aux études minéralogiques du Service géologique du Maroc pendant les années de protectorat. Ce minéral opaque, de couleur noirâtre, se caractérise par ses cristaux en aiguilles hexagonales au bel éclat métallique. Leurs contours sont typiquement hexagonaux et leurs faces présentent des ondulations, leur donnant un aspect tantôt brillant, tantôt terne.
Aouli, vestiges d'une mine oubliée, là où l'histoire a laissé place au silence
À l’époque du Protectorat, la région sud-orientale, située entre Bouarfa et Midelt, a été le sujet de l'exploitation de plusieurs mines, notamment de plomb à Zaïda, Mibladen et Aouli aux environs de Midelt, et de manganèse à Bouarfa.
Découverte en 1923, la mine de plomb et de zinc d'Aouli a mobilisé des investissements massifs en raison du cours élevé du plomb à cette époque, ce qui a notamment conduit à la création d'une des premières centrales électriques du Maroc en 1928, de chemins de fer, ainsi que des infrastructures minières de valorisation du minerai extrait.
Après l’indépendance du Maroc, ces mines entrent à plusieurs reprises dans des périodes difficiles en raison de la variabilité du cours du plomb. Elles ont cependant maintenu une activité jusqu’à la fermeture de Mibladen et Aouli en 1983. Jusqu’à sa fermeture, le site a livré près de 16,4 millions de tonnes de plomb (selon le Guide minier du Maroc).
Alors que l’économie de cette région était centrée sur l’activité minière, la fermeture de ces sites a été une condamnation à mort pour la population de cette région aride. Du jour au lendemain, ces mines, qui en plus de générer une grande part de la production minière nationale de l'époque, permettaient également une vie digne à la population qui travaillait avec des salaires décents, se sont soudainement arrêtées.
De plus, la fermeture de ces sites sans réhabilitation et sans gestion des déchets a causé une pollution due aux résidus miniers générés par cette activité.
Malgré ces entraves, la difficulté de mettre en place un développement socio-économique alternatif et le départ d'une grande partie de la population, une part a choisi de rester dans une période où les alternatives étaient bien moindres qu'aujourd'hui.
Un grand silence règne aujourd’hui sur ces sites, désormais des villages fantômes, qui furent jadis la source de la richesse du Maroc et le moteur socio-économique de la région de l'Oriental. Ce silence est brisé par l’activité d’une dizaine d’artisans qui cherchent incessamment leur gagne-pain à travers le minerai.
La vanadinite, source de vie pour les ménages après la fermeture de la mine
À l’échelle mondiale, les spécimens les plus spectaculaires de vanadinite proviennent des régions de Mibladen et d'Aouli. Leur prix varie considérablement, allant de quelques centaines de dirhams, voire moins pour les faux, pour les échantillons ordinaires à plusieurs dizaines de milliers de dirhams, voire plus, pour les pièces exceptionnellement rares.
De couleur rouge sang et d'un éclat brillant, ce minéral a été historiquement découvert par les mineurs d'Aouli, où il apparaît lors de l'extraction des minerais de plomb.
La vanadinite est l'une des principales sources de vanadium, un métal essentiel utilisé dans la fabrication d'alliages industriels. Cependant, la demande principale et la valorisation pour ce minéral sont portées par les collectionneurs et les musées.

Dans les mines abandonnées d’Aouli, les artisans récupèrent d’autres spécimens minéralogiques comme les géodes de quartz, les agates, l'azurite, la cérusite, la malachite, la wulfénite, la romanéchite…
Bien que l'essor du commerce électronique ait aboli les distances avec les principaux marchés internationaux, son impact sur les bénéfices des artisans mineurs d'Aouli, Mibladen et Zaida demeure marginal.
Est-ce que cette activité est légale ?
La loi 33-13 relative aux mines a initié l’encadrement de ces activités artisanales de collectes et de fouilles à travers l’article 116 qui exige que l'extraction, la collecte et la commercialisation des spécimens minéralogiques nécessitent une autorisation de la part de l’administration chargée des mines.
S'il est vrai que cette activité est autorisée, ce texte doit être profondément amélioré et clarifié. En effet, la réalité du terrain révèle que ces artisans mineurs ne bénéficient pas des prix élevés dans les marchés internationaux. Ils privilégient souvent la vente locale pour un gagne-pain immédiat, laissant le marché informel acquérir leurs produits à des prix nettement inférieurs au marché pour ensuite réaliser des profits substantiels à l'exportation.
Bien que ce cadre ouvre la voie à d'importantes opportunités, l'action publique actuelle, bien que présente, ne parvient pas à stimuler le plein potentiel de développement de ces régions. Il est important que la société civile joue un rôle pour catalyser et maximiser ces opportunités. Pour cela, un nouveau texte est nécessaire, lequel devra encadrer rigoureusement cette activité artisanale avec, comme objectif principal, la création d'opportunités socio-économiques durables tout en parvenant à la protection du patrimoine, élément essentiel pour la promotion du tourisme durable.
Cet accompagnement doit commencer par la reconnaissance des activités de fouilles minérales et leur intégration dans les circuits formels de commercialisation des produits artisanaux. En effet, le Maroc dispose de nombreuses régions similaires, telles que Jerada, Taouz ou Erfoud, qui possèdent également une activité artisanale et un fort potentiel pour impulser un développement local générateur de revenus.
Lire également.
Le Maroc minier entre dans l’ère de la valorisation et de la transition énergétique
Cartographie des acteurs miniers : qui explore le sous-sol marocain ?
À découvrir
à lire aussi
Article : Redressement d'Ozone. Après le fisc, Bank of Africa fait valider sa créance contre la société de Aziz El Badraoui
Bank of Africa rejoint la liste des créanciers admis à concourir dans la procédure de redressement visant le groupe Ozone.
Article : Brief Médias24. L'analyse de l'attaque terroriste visant Bamako le 25 avril 2026
Le Mali a été frappé, le 25 avril 2026, par une offensive d’une ampleur exceptionnelle, visant jusqu’aux abords du pouvoir à Bamako. À travers ce “brief”, nouveau format d’analyse de Médias24, nous revenons sur les faits, les enjeux et les zones d’ombre d’une attaque qui pourrait marquer un tournant dans la crise malienne. Ou pas.
Article : En Tanzanie, le sifflet marocain à l'honneur pour le choc Simba SC-Young Africans
Reconnaissant l'expertise marocaine à l'échelle continentale, la Fédération tanzanienne de football a sollicité l'appui de la FRMF pour assurer l’arbitrage de son choc national.
Article : Migration irrégulière : 113 ressortissants guinéens rapatriés du Maroc
Les autorités guinéennes, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations, ont organisé le retour de 113 migrants depuis le Maroc, dont 29 femmes et 14 enfants.
Article : Washington Hilton. Ce que l’on sait de l’assaut contre le gala de la presse où se trouvait Donald Trump
Dans la soirée du samedi 25 avril 2026, le prestigieux gala annuel des correspondants de la Maison-Blanche, qui se tenait dans la grande salle de bal du Washington Hilton, a basculé dans le chaos. Alors que le gratin du journalisme, de la politique et des célébrités s’apprêtait à dîner en présence du président Donald Trump, des coups de feu ont retenti, déclenchant une évacuation d'urgence et une traque immédiate au cœur de l'hôtel.
Article : ETRUR Maroc. Lourde sanction contre le dirigeant après la chute de l'industriel du liège
Jugée à Rabat le 23 avril 2026, l’affaire ETRUR Maroc met en jeu une procédure de comblement du passif aux conséquences patrimoniales majeures pour son dirigeant, à la suite de la liquidation prononcée l’été dernier.