Comment le secteur minier s’adapte aux nouvelles exigences économiques, sociales et durables
Le secteur minier marocain se transforme rapidement pour répondre à la fois à une forte demande mondiale et aux besoins de l'industrie nationale en quête de souveraineté dans la chaîne de valeur verte. Les opérateurs miniers nationaux se sont exprimés à ce sujet, à l'occasion du Congrès international des mines 2025.
La 2e édition du congrès international des mines, qui s’est tenue à Marrakech, s’est clôturée ce mercredi 26 novembre avec comme acquis la concrétisation du cadre africain ESG du secteur minier. Celui-ci permettra de concrétiser le premier corridor africain OTC – Origine, Transit et Certification –, renforçant ainsi la place du Maroc en tant que pays leader dans le secteur minier.
En effet, plusieurs opérateurs miniers marocains ont anticipé ce cadre ESG en révisant depuis des années leurs stratégies à travers des politiques Responsabilités sociales et environnementales, en attente d’une réforme minière et de l’étude d’impact environnementale imminente généralisant la durabilité des exploitations minières marocaines.
Bien que le Maroc occupe une position de leader régional dans le secteur minier, sa marge de progression reste importante. La saisie de nouvelles opportunités, par exemple l'autoproduction, permettrait non seulement de réduire les coûts opérationnels, mais aussi de valoriser la production à travers un produit minier vert.
Pour Emile Detry, directeur associé au Boston Consulting Group (BCG), la compétitivité minière du Maroc repose sur trois piliers : positionner les projets au bas de la courbe des coûts pour contrer la volatilité, développer des clusters verts intégrant le raffinage pour progresser dans la chaîne de valeur, et sécuriser des financements nationaux et internationaux.
Comment les opérateurs veulent transformer la mine marocaine
S’il existe une grande dynamique dans les investissements miniers, ce changement se ressent également chez les grands opérateurs miniers marocains, notamment le groupe OCP, qui détient les trois quarts des réserves mondiales de phosphates.
Le groupe OCP a déjà annoncé ses ambitions de parvenir à une production décarbonée à l’horizon 2040 à travers plusieurs dimensions stratégiques : l'utilisation de 100% d’énergie propre d’ici 2027, l'emploi de 100% d’eau non conventionnelle dès 2025, et la production d'ammoniac vert… À ces dimensions stratégiques s’ajoute l'autonomisation de la chaîne de valeur, motivée par la nécessité d'améliorer la sécurité et d'accroître l'efficacité en termes de productivité et de compétitivité.
Pour OCP, il ne s’agit pas seulement d’une transformation technologique, mais également d’un changement de processus complet. Le groupe a défini un plan intégré visant à moderniser l'outil de production par l'autonomisation, et ce de bout en bout : de la foration jusqu'à l'expédition du produit final.
Les premiers effets de ce changement seront observés lors du démarrage du nouvel axe M’Zinda-Safi, qui prévoit la mise en place d'un centre d'opérations à distance intégré (IROC) de nouvelle génération. Ce centre permettra de surveiller et de contrôler l’ensemble des opérations, de la roche à la valorisation, concrétisant ainsi la mine 5.0.
Une autre mine qui concrétise l’émergence des nouvelles générations de mines marocaines alliant technologie, durabilité et respect de l’environnement, c’est la mine de Tizert du groupe Managem qui est entrée récemment en production. Utilisant 100% des eaux non conventionnelles et se sourçant d’énergies propres, cette nouvelle mine verte porterait la production marocaine en cuivre et constitue la base de la nouvelle stratégie de Managem pour la valorisation des métaux critiques.
À travers sa filiale d’ingénierie Reminex, Managem conçoit des solutions de durabilité minière efficientes adaptées au contexte marocain pour ses mines, mais également pour plusieurs opérateurs miniers installés au Maroc. Ces solutions émanent de ses laboratoires et sont le fruit d'une expérience d'une quarantaine d'années capitalisée dans plusieurs mines au Maroc et en Afrique.
La transformation stratégique du secteur est en marche
Par rapport à d’autres secteurs, le projet minier se caractérise par un risque d'investissement élevé et un délai de développement long, pouvant atteindre jusqu’à 15 ans. Si notre pays souhaite débloquer le meilleur potentiel possible de son secteur minier, il est essentiel d’attirer un grand nombre d’investissements miniers sérieux.
Très attendu, le projet de numérisation du cadastre minier permettra d’ouvrir de nouvelles opportunités d’investissement. Il vise à améliorer la connaissance du sous-sol en exploitant les avantages offerts par les sciences des données pour identifier de nouvelles zones propices. Ce dispositif est destiné à attirer davantage de nouveaux investisseurs, également séduits par des procédures entièrement dématérialisées qui renforcent la transparence et soutiennent la dynamique souhaitée pour le secteur.
Cependant, la plateforme numérique dématérialisant la procédure administrative ne sera pas suffisante à elle seule. Il est aujourd’hui nécessaire d’encourager les opérateurs miniers à développer des projets de valorisation afin de se rapprocher des matières premières requises par les industries de transformation.
En amont, l’ONHYM procède à la promotion des projets miniers, avec récemment une concentration sur les métaux critiques nécessaires à la transition énergétique. Dans les quatre coins du pays, les équipes d’exploration développent des indices miniers dans le but de dérisquer l'investissement pour un opérateur disposant des capacités techniques et financières. C’est le cas, par exemple, de la mine de Zgounder, qui s’apprête cette année à doubler la production marocaine d’argent.
À l’image du secteur des hydrocarbures, le rôle de l’ONHYM devrait également évoluer. Il pourrait passer d’un développeur et promoteur d’investissement minier à un investisseur minier direct, notamment par la transformation de son statut en société anonyme.
Kharrouba Copper Mining : un exemple d’une mine durable en pleine expansion
D'un projet d'exploration minière en 2008 sur une zone qui avait déjà fait l’objet d’exploitation par plusieurs sociétés françaises à l’époque du protectorat, le projet minier de Kharrouba Copper Mining est passé à une production de cuivre aux environs de Marrakech.
L'entreprise Kharrouba Copper Mining exploite, depuis 2016, la mine de cuivre de Jbiel, située aux environs de Kelâa des Sraghna. Une exploitation pilote de petite taille y a été lancée, soutenue par l'entreprise canadienne KCC, qui croyait au potentiel important de ce projet marocain.
Grâce à ces investissements dans l'exploration (tranchées, forages), appuyés par la géophysique, la production a pu être augmentée pour atteindre 800 tonnes de minerai par jour, et ce, au sein d'un périmètre minier de 318 km² qui n'a pas encore livré tous ses secrets.
Récemment, la société Culico Metals a acquis une participation dans Kharrouba Copper Company via un investissement de 3 millions de dollars américains. Grâce à cet investissement, Kharrouba Copper Mining développe sa production pour atteindre 1.000 tonnes de minerai par jour et a commencé à explorer d’autres opportunités minières dans la région de Marrakech et ailleurs, afin de développer de nouveaux projets miniers de métaux critiques au Maroc.
Face au stress hydrique, particulièrement dans une région aride telle que les Jbilet au nord de Marrakech, la digue de la mine a d'abord été équipée d'une géomembrane pour le recyclage de l’eau. Avec l’accentuation de la sécheresse, la compagnie Kharrouba Copper Mining a investi dans un système de recyclage de l’eau plus performant.
Ce nouveau dispositif se compose d'un système d'épaississement pour réduire la boue, complété par un système de filtre-presse qui permet de récupérer l'eau venant de l'usine pour qu'elle soit réutilisée dans le processus de valorisation minière, ce qui permet de réduire les coûts d'exploitation et renforce la durabilité des ressources hydriques.
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