La Bourse de Casablanca traverse actuellement une phase que l’on peut qualifier de correction. L’indice principal, le MASI, affiche une baisse proche de 2% au 2 février 2026.
À première vue, le mouvement peut sembler limité. Pourtant, replacé dans son contexte, il interpelle. Sur l’ensemble de l’année 2025, le MASI avait enregistré une performance solide de 27,5%, portée par une dynamique haussière soutenue et un fort appétit des investisseurs pour les actions.
Aujourd’hui, le retournement, même modéré, suscite des interrogations, surtout chez les petits porteurs. Beaucoup voient leur portefeuille reculer et se posent les mêmes questions : pourquoi cette correction maintenant ? jusqu’où peut-elle aller ? et, surtout, est-ce que quelque chose a changé du côté des fondamentaux ?
Faut-il s’inquiéter ?
Contactés à ce sujet, plusieurs analystes de la place se rejoignent sur un point essentiel. "La période que nous vivons actuellement correspond clairement à une phase de consolidation. Après une année 2025 exceptionnelle, marquée par une très belle performance du marché, une correction est tout à fait normale. C’est une prise de bénéfices", résume l’un d’eux.
Ils rappellent d’ailleurs que le marché avait déjà commencé à souffler entre septembre et octobre 2025, une séquence qui a permis de digérer une partie des hausses successives enregistrées tout au long de l’année. "2025 a aussi été une année volatile. On ne peut pas retenir uniquement la hausse, il y a eu des mouvements importants dans les deux sens".
"Nous avons démarré l’année sur des niveaux déjà élevés, au-dessus de 18.000 points. Le marché ne peut pas rester indéfiniment dans une dynamique de hausse continue. Psychologiquement, certains investisseurs ont du mal à accepter de voir leurs portefeuilles baisser, mais les phases de repli font partie du cycle normal d’un marché".
En résumé, pour ces analystes, l’état actuel du marché actions reste celui d’une consolidation, alimentée par plusieurs facteurs.
D’abord, des prises de bénéfices classiques, dans l’attente de la publication des résultats annuels 2025. Beaucoup d’investisseurs préfèrent temporiser avant de réajuster leurs portefeuilles sur la base de données financières actualisées.
Ensuite, un début d’année 2026 plus hésitant et plus sélectif. "Le ton est plus prudent, mais globalement il n’y a rien d’inquiétant. On est davantage dans une phase d’observation que dans un mouvement de sortie massif".
Le marché obligataire est un facteur clé à prendre en compte. "En janvier, on a observé une hausse marquée des rendements sur les maturités 2 et 5 ans. Cela crée une pression vendeuse sur les actions. Il s’agit surtout d’un mouvement de réallocation : quand les obligations deviennent plus attractives, une partie des flux se déplace naturellement vers ces supports, perçus comme moins risqués".
Enfin, un élément saisonnier entre aussi en ligne de compte. "On est aux portes du mois de Ramadan, une période qui, historiquement, se caractérise par un rythme plus calme en bourse, avec des séances moins animées. Ce facteur peut peser sur les volumes et accentuer l’impression de ralentissement dans les semaines à venir".
Moins d’échanges, mais une base de marché solide
Du côté de l’activité du marché, les chiffres montrent que la dynamique reste présente, même si elle est moins intense que lors des pics précédents. Les volumes traités en janvier dépassent 8 milliards de DH, tandis que la capitalisation globale demeure au-delà des 1.000 MMDH. Le marché reste donc de taille significative et conserve une certaine profondeur.
Ces volumes restent toutefois modérés si on les compare à la même période l’an dernier. En janvier 2025, le total des échanges avait dépassé 29 MMDH. La différence illustre bien le changement de rythme : on est dans une phase plus calme, avec des investisseurs plus sélectifs et moins enclins à multiplier les opérations.
Concernant la liquidité, la capitalisation flottante s’établit autour de 276,9 MMDH, ce qui représente près de 26,8% de la capitalisation totale.
Concernant la liquidité, la capitalisation flottante s’établit autour de 276,9 MMDH, ce qui représente près de 26,8% de la capitalisation totale
Les fondamentaux tiennent-ils toujours ?
"Si on met de côté la volatilité de court terme, les fondamentaux du marché restent bien orientés. On est dans un environnement macroéconomique relativement stable, avec une inflation contenue et une dynamique d’activité qui continue de soutenir plusieurs secteurs clés de l’économie".
"Les perspectives bénéficiaires restent solides à l’échelle de la cote. On n’observe pas de signal de rupture dans les résultats attendus ni de dégradation marquée du cycle économique local", explique un analyste de la place.
Pour AGR, la croissance devient plus équilibrée entre secteurs. La contribution des banques à la progression globale des bénéfices passe de 74% en 2024 à 46% sur la période 2025-2026, ce qui montre une montée en puissance d’autres segments de la cote, notamment les mines, le BTP, le ciment, les activités portuaires et la santé. La base de la croissance s’élargit donc, ce qui renforce la solidité du cycle bénéficiaire.
Le secteur minier constitue d’ailleurs l’un des moteurs les plus dynamiques. Les bénéfices du compartiment devraient passer de 0,8 MMDH à 1,9 MMDH en 2026, soit un rythme de progression annuel moyen de l’ordre de +55%.
Dans plusieurs autres secteurs et sur la même période, les marges s’améliorent également, notamment les banques (+2,2 points), les ports (+3,1 points), le ciment (+3,0 points), le BTP (+1,3 point) ou encore les NTI (+2,7 points). Les profits progressent ainsi plus vite que l’activité, ce qui traduit une amélioration de la rentabilité.
Cette dynamique bénéficiaire contribue aussi à normaliser les niveaux de valorisation. Le P/E du panier AGR-30 est attendu en amélioration, passant de 22,4 fois à 20,3 fois, soit une détente de 2,1 points grâce à la croissance des résultats. Derrière cette moyenne, AGR relève toutefois des disparités marquées : les banques se traitent autour de 13 fois, les télécoms autour de 15,6 fois, alors que d’autres secteurs affichent des niveaux plus élevés, autour de 32,7 fois. Cela renforce l’idée d’un marché de plus en plus sélectif.
Impact psychologique de l’international sur les marchés
Même si les événements internationaux ne touchent pas directement l’économie marocaine, ils influencent fortement la psychologie des investisseurs.
"Un exemple récent venu des États-Unis illustre bien ce mécanisme : la décision du président Donald Trump de proposer Kevin Warsh comme futur président de la Réserve fédérale américaine (Fed) a pesé sur les marchés américains, avec des indices comme le Nasdaq ou le S&P 500 qui ont reculé, en grande partie parce que les investisseurs craignent une politique monétaire plus stricte et une incertitude accrue".
Ce type d’annonce alimente un climat d’aversion au risque : les opérateurs deviennent plus prudents, ils réduisent leur exposition aux actifs perçus comme risqués et attendent de voir comment les choses évoluent avant de reprendre des positions plus affirmées.
"Cela illustre bien une logique qu’on observe sur presque toutes les places financières : l’incertitude internationale déclenche des réactions émotionnelles, même si elle n’a pas de lien direct avec l’économie locale. En période d’incertitude, les investisseurs préfèrent réduire leur risque avant tout, ce qui se traduit par des prises de bénéfices ou des arbitrages conservateurs".
"Aujourd’hui, le marché réagit autant aux perceptions qu’aux chiffres. Le climat géopolitique mondial reste instable, avec des tensions qui évoluent rapidement et des décisions politiques qui peuvent changer d’un jour à l’autre".
"Les investisseurs n’aiment pas l’incertitude. Même si les fondamentaux locaux ne se dégradent pas, un environnement international agité pousse à la prudence. On réduit le risque, on allège certaines positions, on attend d’y voir plus clair".
Source: medias24.com
