L'essentiel :
- Les principales banques cotées ont généré un PNB cumulé de près de 23,3 milliards de DH au T1-2026, contre environ 24,4 MMDH un an plus tôt.
- Les revenus de marché reculent dans l’ensemble du secteur, avec des baisses marquées au sein de plusieurs établissements, dans un contexte de volatilité boursière, de correction technique et de courbe des taux moins favorable.
- Les encours de crédits cumulés des banques cotées ressortent à environ 1.250 MMDH au T1-2026, contre près de 1.188 MMDH un an plus tôt, soit une hausse d’environ 5,2%.
- Les dépôts cumulés atteignent près de 1.466 MMDH au T1-2026, contre environ 1.339 MMDH au T1-2025, soit une progression d’environ 9,5%.
- Le relais vient surtout des métiers classiques : marge d’intérêt, commissions, crédit et collecte de dépôts reprennent davantage de poids dans la formation des revenus.
- La baisse du coût du risque dans plusieurs banques soutient aussi les résultats du trimestre.
- La croissance bénéficiaire resterait orientée à la hausse en 2026-2027, portée davantage par le core banking que par les revenus de marché.
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Les détails :
Au premier trimestre 2026, les principales banques cotées de la place ont cumulé un produit net bancaire de près de 23,3 MMDH. Un niveau qui reste solide, mais qui confirme aussi un changement dans les moteurs de croissance du secteur.
Après plusieurs trimestres marqués par la forte contribution des activités de marché, le début d’année montre un net ralentissement de ce moteur dans la plupart des établissements. Les revenus tirés des opérations de marché reculent presque partout, parfois fortement, dans un environnement moins favorable qu’un an auparavant.
Pour autant, cela n’a pas empêché les banques de préserver des niveaux d’activité solides. Le secteur continue d’avancer, porté cette fois davantage par ses métiers traditionnels : production de crédit, collecte de dépôts, marge d’intérêt et commissions. Autrement dit, les revenus de marché pèsent moins dans l’équation, tandis que la dynamique commerciale reprend davantage la main.
Les activités de marché marquent le pas
Le début de l’année 2026 a été nettement moins favorable aux activités de marché qu’un an auparavant. Le marché boursier a été plus volatil, avec des phases de retrait liées d’abord à une correction technique après deux années de forte progression, puis à un contexte international plus nerveux, notamment avec les tensions au Moyen-Orient. Sur le marché obligataire également, l’environnement a été moins porteur, avec une courbe des taux moins favorable pour les portefeuilles de marché.
Ce constat se lit directement dans les comptes des banques cotées. La rubrique retenue pour comparer les établissements, à savoir les gains ou pertes nets sur instruments financiers à la juste valeur par résultat, recule dans toutes les banques du panel, avec des amplitudes très différentes.
Chez Attijariwafa bank, les activités de marché ressortent à 1,15 MMDH au premier trimestre 2026, contre 1,5 MMDH un an plus tôt, soit une baisse de 23,3%. BMCI affiche un recul proche, avec 136,8 millions de DH, contre 181,9 MDH au T1-2025, soit -24,8%. Crédit du Maroc voit cette contribution revenir à 71,7 MDH, contre 126,7 MDH, en baisse de 43,4%.
Le repli est plus marqué chez CFG Bank, dont le PNB des marchés financiers passe de 78 MDH à 37 MDH, soit -53%. CIH Bank enregistre aussi une forte baisse, avec 10 MDH seulement, contre 274,8 MDH un an auparavant. La rupture est encore plus nette pour BCP et Bank of Africa, qui basculent en territoire négatif sur cette rubrique : -41,7 MDH pour BCP, contre 1,94 MMDH au T1 2025, et -108,6 MDH pour Bank of Africa, contre 371,5 MDH un an plus tôt.
Cette évolution pèse mécaniquement sur le PNB de plusieurs banques. BCP indique d’ailleurs que son produit net bancaire a été "exceptionnellement impacté par le recul du résultat des activités de marché, dans un contexte défavorable de la courbe des taux". Bank of Africa évoque également une baisse des activités de marché dans un contexte généralisé, induisant un recul de son PNB consolidé.
Pour un analyste de la place, ce mouvement n’est pas surprenant. "Les activités de marché ont été un contributeur important aux revenus des banques en 2025, parfois même le principal moteur. En ce début 2026, la tendance change parce que le marché a été moins favorable. Ce recul pèse négativement sur le PNB, mais il était anticipé. Les activités de marché représentent environ 20% du résultat d’exploitation. Leur ralentissement devrait donc se traduire par une progression plus modérée des résultats, sans remettre en cause la croissance du secteur", explique-t-il.
La lecture du trimestre montre ainsi un changement de rythme. Les revenus de marché restent importants, surtout pour les grandes banques, mais leur contribution n’a plus le même effet d’entraînement qu’en 2025. Le relais se déplace davantage vers les métiers bancaires classiques, en particulier la marge d’intérêt, les commissions, le crédit et la collecte.

Les métiers traditionnels reprennent du poids
Le ralentissement des revenus de marché remet au premier plan les métiers bancaires classiques. Sur le panel des banques cotées, le PNB cumulé ressort à près de 23,3 MMDH au T1-2026, contre environ 24,4 MMDH un an plus tôt, soit un repli d’environ 4,4%. Cette baisse globale reflète surtout la contraction des activités de marché, en particulier au sein des banques qui avaient profité d’une base élevée au premier trimestre 2025.

L’activité commerciale reste bien orientée. Les encours de crédits cumulés atteignent environ 1.250 MMDH, contre près de 1.188 MMDH un an auparavant, soit une progression d’environ 5,2%. La collecte affiche une dynamique encore plus soutenue, avec des dépôts cumulés de près de 1.466 MMDH, contre environ 1.339 MMDH au T1-2025, en hausse d’environ 9,5%.
Cette base commerciale donne davantage de poids à la marge d’intérêt et aux commissions dans la formation des revenus. Plusieurs banques mettent d’ailleurs en avant la bonne tenue du core banking, portée par la croissance des encours, l’optimisation du coût des ressources et le développement des commissions. La lecture du trimestre devient ainsi plus claire : les opérations de marché pèsent moins qu’en 2025, tandis que le crédit, la collecte et les services bancaires prennent davantage le relais.
La maîtrise du coût du risque soutient aussi les résultats. Attijariwafa bank fait état d’un coût du risque en baisse de 33,3%, BCP indique un allègement significatif, Bank of Africa affiche un recul de 28%, CIH une baisse de 10,2%, et BMCI une amélioration de 67,5%. Crédit du Maroc ressort même en reprise nette de 69 MDH, contre une dotation nette un an plus tôt. Ce mouvement améliore la lecture des résultats, surtout dans un trimestre marqué par une contribution de marché moins porteuse.


2026-2027 : une croissance davantage portée par le core banking
Selon les prévisions d’AGR, la normalisation des revenus de marché ne remet pas en cause la trajectoire bénéficiaire attendue du secteur bancaire coté. Elle devrait plutôt conduire à une croissance plus sélective, davantage portée par le développement du crédit, la marge d’intérêt, les commissions et la discipline sur les charges et le risque.
Les grandes banques garderaient des profils bénéficiaires solides. Attijariwafa bank devrait afficher une progression annuelle du PNB proche de 5% sur 2026-2027, avec un RNPG attendu à 11,6 MMDH en 2027. BCP resterait sur une trajectoire plus normalisée, avec un PNB attendu en hausse de 4,3% en 2026, puis de 3,7% en 2027, pour un RNPG de 5,3 MMDH en 2026 et 5,6 MMDH en 2027. Bank of Africa afficherait, de son côté, une croissance annuelle moyenne du PNB de 5,3% sur 2025-2027, avec un RNPG attendu à 4,1 MMDH en 2026, puis 4,4 MMDH en 2027.
La croissance serait plus rapide dans les banques dont le modèle reste en phase d’expansion ou de transformation commerciale. CIH Bank afficherait un TCAM du PNB de 7,9% sur 2024-2027, avec un RNPG attendu à 1,1 MMDH en 2026 et 1,2 MMDH en 2027. Crédit du Maroc ressortirait également parmi les profils les plus dynamiques, avec un PNB attendu en hausse de 7,1% en 2026 à 3,8 MMDH, puis de 6,7% en 2027 à plus de 4 MMDH ; son RNPG atteindrait 915 MDH en 2026, puis 995 MDH en 2027. CFG Bank conserverait un rythme de croissance plus élevé, avec un PNB prévu à 1,355 MMDH en 2026, puis 1,550 MMDH en 2027, et un RNPG attendu à 388 MDH, puis 454 MDH.
BMCI évoluerait sur un rythme plus graduel, avec un PNB attendu en progression annuelle moyenne de 3,1% sur 2025-2027. Son RNPG resterait sous le seuil de 500 MDH en 2026, à 429 MDH, avant d’atteindre 491 MDH en 2027.
