img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Eau

Fact-checking. L'autoroute de l'eau aurait-elle pu limiter les inondations et récupérer les excédents d'eau des barrages ?

À la suite des inondations de Ksar El Kébir, des images générées par IA ont popularisé l’idée d'une généralisation de l’autoroute de l’eau à travers l'ensemble du pays, qui ferait transférer l’excédent du nord vers le sud. Mais derrière l’idée, la réalité est plus complexe. Outre les limites techniques, le coût et les délais, une question fondamentale se pose : que peut vraiment une autoroute de l'eau face aux crues ?

Fact-checking. L'autoroute de l'eau aurait-elle pu limiter les inondations et récupérer les excédents d'eau des barrages ?
©Ministère de l'Equipement et de l'eau
Par
Le 4 février 2026 à 12h33 | Modifié 4 février 2026 à 15h36

Les récentes inondations à Ksar El Kébir ont suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux. Alors que la réponse et l'anticipation sur le terrain des autorités sont efficaces, le débat s'est rapidement orienté vers un autre volet.

Les internautes imaginent désormais une autoroute de l'eau, outre celle conçue actuellement, ruisselant du nord au sud du Maroc comme un fleuve artificiel.

Fact-checking. L'autoroute de l'eau aurait-elle pu limiter les inondations et récupérer les excédents d'eau des barrages ?
Carte d'une autoroute de l'eau reliant le nord au sud du Maroc, produite par l'intelligence artificielle.

D'autres critiquent le retard pris dans la finalisation du projet d'interconnexions entre certains bassins, estimant que ces interconnexions auraient pu absorber l'excédent des apports hydriques enregistrés.

Cependant, un fleuve artificiel est-il techniquement possible au Maroc ? Ces infrastructures comme l'autoroute de l'eau ou les interconnexions pourraient-elles, par ailleurs, limiter les inondations ?

Où en est le projet d'interconnexion des bassins aujourd'hui ?

Terminée en 2025, la liaison hydraulique entre les barrages de Dar Khrofa et Oued El Makhazine ne permet pas une réponse rapide face à des crues soudaines et exceptionnelles.

Avec une capacité annuelle de 100 millions de mètres cubes, le débit de l'interconnexion ne peut absorber des apports massifs concentrés sur une période courte. Les apports massifs de fin janvier 2026 ont franchi le seuil des 500 millions de mètres cubes en une semaine. Une infrastructure de type autoroute de l'eau sert donc à un transfert programmé à faible volume sur une longue durée et non à une gestion des situations d'urgence.

Cette interconnexion fait suite à la phase initiale de l'autoroute de l'eau, finalisée en septembre 2023, dont la réalisation express visait à sauver l'alimentation en eau de Casablanca et de Rabat. L'urgence de cette opération a impliqué une mobilisation exceptionnelle pour les travaux de terrassement et de bardage sur un tracé de 66 km et exigeant une gestion spéciale d'approvisionnement des équipements du projet.

Comme l'a indiqué le ministre de l’Agriculture Ahmed El Bouari devant le parlement le 2 février 2026, la finalisation des études pour la deuxième phase du projet reliant le Bouregreg à l’Oum Er Rbia est imminente. Cette étape précède le démarrage des travaux de cette nouvelle tranche qui est trois fois plus longue que l'interconnexion d'urgence Sebou-Bouregreg.

Fact-checking. L'autoroute de l'eau aurait-elle pu limiter les inondations et récupérer les excédents d'eau des barrages ?

Pourquoi une telle lenteur dans le lancement du projet d’interconnexion Bouregreg-Oum Errabia ?

Le projet d’interconnexion entre les barrages Sidi Mohammed Ben Abdellah et Al Massira a pour objectif prioritaire de revitaliser l'agriculture du périmètre agricole de la Chaouia, durement impactée par la baisse critique des réserves du barrage Al Massira.

Compte tenu d'une distance trois fois supérieure à celle du premier tronçon reliant le bassin du Sebou au Bouregreg, les défis techniques s'annoncent nettement plus complexes.

Cette complexité est exacerbée par les dénivelés plus importants du tracé qui imposent l'installation de stations de pompage additionnelles et d'ouvrages de régulation, augmentant par conséquent la densité des équipements et le coût global de l'infrastructure.

Ces contraintes justifient l'importance des études préalables puisque le projet est davantage complexe et ne se résume pas à la simple pose de conduites mais englobe également la conception des équipements et infrastructures nécessaires.

Également, il requiert des analyses géotechniques approfondies afin d'identifier les sols de faible portance susceptibles de provoquer des tassements, obligeant alors les ingénieurs à contourner ces zones instables ou à en renforcer considérablement les fondations.

Que nous enseignent les expériences internationales en matière d’interconnexion entre les bassins ?

À ce jour, aucun pays au monde n'a réussi à mailler l’intégralité de son territoire par des interconnexions hydrauliques, bien que la Libye fasse figure d'exception pour avoir développé le plus grand aqueduc du monde sous l'ère Kadhafi.

La faisabilité de tels ouvrages dépend largement de la topographie et de la distance. Les régions présentant d’importants dénivelés, telles que la Chine, l’Inde et l’Amérique du Nord, se heurtent à une complexité technique considérable due aux reliefs montagneux et aux vastes plateaux.

Ces zones doivent alors s'appuyer sur des systèmes de pompage extensifs pour acheminer l’eau sur de grandes distances verticales, illustrant les défis d’ingénierie nécessaires pour surmonter la topographie. À l'inverse, les projets bénéficiant de profils d’élévation favorables affichent des besoins énergétiques faibles, voire négatifs. C'est notamment le cas du Canada, qui parvient à réduire les contraintes de dénivelé grâce à l'utilisation de grands barrages hydroélectriques.

Cette dimension énergétique est importante car le coût d'un projet ne se limite pas à sa construction mais inclut des charges d'exploitation potentiellement élevées. La viabilité à long terme des interconnexions repose donc sur une approche équilibrée du nexus eau-énergie, où la consommation requise pour le transport et la gestion de la ressource doit être minutieusement optimisée.

Face à ces enjeux complexes, le WWF (Fonds mondial pour la nature) a défini cinq conditions préalables pour justifier le transfert d'eau entre deux bassins : l’existence d’un excédent réel dans le bassin donneur et un déficit réel dans le bassin receveur, la durabilité du projet, la bonne gouvernance (transparence, décision participative, redevabilité…), l'équilibre entre droits existants et besoins et un fondement scientifique solide.

 Une interconnexion nationale entre les dix bassins est-elle envisageable ?

À première vue, l’interconnexion nationale semble répondre à un double objectif de bénéfice général et de justice territoriale, en permettant une répartition plus homogène des ressources hydriques entre les bassins, et donc entre les différentes régions du pays.

En réalité, les apports totaux reçus par l’ensemble des bassins, qui sont par nature inégaux et variables, ne permettent pas d’envisager une interconnexion généralisée de l’ensemble du territoire.

Aussi, une telle infrastructure ne peut être établie entre deux bassins structurellement déficitaires, et le volume transféré ne doit en aucun cas dépasser l’excédent réel d’un bassin donneur, afin de préserver les équilibres hydroclimatiques et naturels de sa région.

Le contexte climatique marocain a profondément évolué. Si la période 1945‑1979 était marquée par une fréquence élevée d’années humides, les épisodes d’excédents hydriques sont devenus beaucoup plus rares sous l’effet aggravant du changement climatique. Cette tendance réduit encore la marge de manœuvre pour des transferts massifs et durables entre bassins.

L’autoroute de l’eau ne doit pas être perçue comme une solution instantanée et facilement réalisable.  Si les bassins du Sebou et du Loukkos bénéficient d'une pluviométrie abondante, l’interconnexion entre le Bouregreg et l’Oum Er Rbia s'avère techniquement plus complexe et devrait être conçue de manière à optimiser son efficacité énergétique. Entre les plans et les travaux, la réalité de terrain impose beaucoup de changements et de complexité.

La crise de l'eau dépasse largement le cadre des interconnexions car elle englobe des défis structurels comme l'épuisement des eaux souterraines et l'aggravation de la pollution. Ce sujet vital et stratégique pour le Maroc ne doit donc pas être banalisé.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 4 février 2026 à 12h33

à lire aussi

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026
Quoi de neuf

Article : Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026

L'Office national des aéroports (ONDA) a annoncé que le trafic aérien commercial dans les aéroports du Royaume a enregistré 8.913.041 passagers à fin mars 2026, soit une croissance de 11,15% par rapport à la même période de l'année précédente.

Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Football

Article : Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi

Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.

SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib

À Meknès, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza a indiqué que 450 communes rurales restent sans services financiers malgré une couverture de 60%. Il a aussi annoncé l’équipement de 50 coopératives en TPE et rappelé que 25% des programmes d’éducation financière ont ciblé le monde rural.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité