ETF. Une arrivée qui devrait changer la donne sur la liquidité et la visibilité des titres en Bourse

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Par | Le 16/2/2026 à 16:26
Très attendus par les investisseurs, les ETF (Exchange traded fund) s’apprêtent à faire leur entrée sur le marché marocain des OPCVM. En répliquant fidèlement la performance d'un indice, ces fonds indiciels cotés pourraient, à terme, améliorer la liquidité du marché boursier et renforcer la visibilité de certaines valeurs cotées.

Les ETF, très attendus par les investisseurs, s’apprêtent à faire leur entrée sur le marché marocain. Ces produits, qui s’inscrivent dans le cadre de la loi n° 03-23 relative aux OPCVM, suscitent un intérêt croissant au sein de la place financière.

Comme nous l’avons expliqué dans nos précédents articles, un ETF est tout simplement un fonds indiciel coté en Bourse, dont l’objectif est de répliquer fidèlement la performance d’un indice, plutôt que de chercher à le surperformer.

La loi encadrant ces nouveaux produits a été adoptée et publiée au Bulletin officiel. Mais une question revient avec insistance sur le marché : où en est-on concrètement aujourd’hui ?

"Il faut savoir que la mise en œuvre effective des ETF et, plus largement, de ces nouveaux produits OPCVM reste conditionnée par la publication des circulaires de l’Autorité marocaine du marché des capitaux. Ces textes devront préciser les modalités opérationnelles, techniques et pratiques. À ce stade, il faut donc attendre ces textes d’application", explique un gestionnaire d’actifs.

Très bien. Mais au-delà du calendrier réglementaire, une autre question, plus fondamentale encore, s’impose désormais dans le débat. On entend souvent que les ETF vont apporter de la liquidité au marché boursier marocain et améliorer la visibilité de certains titres jugés illiquides. Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ?

Comment les ETF peuvent structurer et dynamiser la liquidité du marché boursier

Pour comprendre l’impact potentiel des ETF sur la liquidité du marché boursier marocain, il faut revenir à leur fonctionnement intrinsèque.

"Un ETF est conçu pour répliquer fidèlement un indice de référence, tant dans sa composition que dans les pondérations de chaque valeur. Cette logique de réplication impose au fonds de détenir l’ensemble des titres composant l’indice, dans les mêmes proportions", explique notre interlocuteur.

Dans le cas d’un ETF adossé au MASI, chaque valeur intégrée à l’indice se voit ainsi attribuer une part précise de l’actif du fonds. Lorsque l’encours de l’ETF progresse, à la suite de nouvelles souscriptions, le gestionnaire est tenu d’intervenir sur le marché afin d’acquérir l’ensemble des actions composant l’indice, au prorata de leur poids respectif. Ce mécanisme transforme les flux vers l’ETF en flux directs vers le marché boursier.

"Cette mécanique joue un rôle particulièrement structurant pour les valeurs dont la liquidité est traditionnellement plus limitée. Prenons l’exemple d’une action comme Colorado. Dès lors que cette valeur fait partie de l’indice de référence, elle est systématiquement intégrée aux achats réalisés par l’ETF, même si sa pondération demeure modeste. À chaque nouvelle souscription, des ordres d’achat sont générés, contribuant à une rotation plus régulière du titre sur le marché", ajoute-t-il.

"Progressivement, ces flux récurrents permettent d’améliorer la profondeur du marché, d’accroître les volumes échangés et de fluidifier la formation des prix. Il ne s’agit pas d’un apport ponctuel de liquidité lié à un événement spécifique, mais d’un soutien continu, directement corrélé à la croissance des encours de l’ETF. À mesure que ces produits gagnent en taille et en adoption, l’effet cumulatif devient visible sur l’ensemble des valeurs composant l’indice".

"Au-delà de la seule question des volumes, ce fonctionnement contribue également à réduire certaines distorsions de marché. La présence régulière d’ordres liés aux ETF favorise un meilleur équilibre entre l’offre et la demande, limitant les à-coups observés sur les titres faiblement traités. La liquidité devient ainsi plus structurelle, portée par des flux organisés et prévisibles, plutôt que par des mouvements opportunistes".

C’est dans ce sens que les ETF sont perçus comme un levier de maturation du marché boursier. En ancrant la liquidité dans une logique indicielle et en l’étendant à l’ensemble des valeurs composant l’indice, ils participent à une meilleure lisibilité du marché et à une intégration plus homogène des titres cotés dans les dynamiques d’investissement.

Un ETF adossé par exemple au MASI a pour objectif de refléter sa performance, pas de la dépasser

Une visibilité accrue pour des titres longtemps restés en retrait

"Donc on peut tout simplement dire que l’introduction des ETF sur le marché marocain pourrait également modifier en profondeur la visibilité de certaines valeurs cotées. En effet, l’inclusion d’un titre dans un indice de référence ne se limite pas à une simple présence statistique. Elle lui confère une exposition nouvelle, indirecte mais durable, à travers les flux et les supports d’investissement qui répliquent cet indice".

Lorsqu’un investisseur souscrit à un ETF, il n’achète pas une action en particulier, mais une exposition globale au marché. Pourtant, ce choix agrégé se traduit, en pratique, par des transactions effectives sur chacune des valeurs composant l’indice. Les titres concernés gagnent ainsi en visibilité auprès d’investisseurs qui, individuellement, n’auraient ni le temps ni l’appétit pour analyser chaque valeur cotée.

"Cette visibilité se matérialise aussi dans les outils de suivi et de reporting. Les valeurs intégrées à un ETF apparaissent dans les fiches produits, les allocations d’actifs et les rapports périodiques des sociétés de gestion. Elles cessent progressivement d’être perçues comme des titres isolés pour devenir des composantes à part entière d’un portefeuille de marché. Pour certaines entreprises cotées, notamment parmi les mid caps, cette exposition collective peut constituer un changement significatif dans leur relation avec les investisseurs".

"À terme, cette dynamique contribue à réduire l’écart entre les valeurs les plus suivies et celles qui restent habituellement en marge de l’attention du marché. La visibilité ne repose plus uniquement sur la communication financière ou sur l’actualité propre à l’entreprise, mais sur son appartenance à un ensemble indiciel, porté par des flux réguliers et structurés".

C’est là tout l’esprit de la gestion passive

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large, celui de la montée en puissance de la gestion passive. Contrairement à la gestion active, qui repose sur des choix discrétionnaires visant à surperformer le marché, la gestion passive cherche avant tout à en reproduire fidèlement la performance, à moindre coût et avec une grande transparence.

Les ETF incarnent cette philosophie. Ils offrent aux investisseurs une exposition simple et lisible à un indice, sans dépendre de décisions d’arbitrage ou de paris sur telle ou telle valeur.

"Dans le contexte marocain, l’essor de la gestion passive pourrait jouer un rôle structurant. En orientant les flux vers l’ensemble du marché plutôt que vers quelques valeurs dominantes, elle favorise une diffusion plus équilibrée de la liquidité et de la visibilité. Les ETF deviennent ainsi non seulement un outil d’investissement, mais aussi un vecteur de maturation du marché boursier, en contribuant à une meilleure intégration des titres cotés dans les portefeuilles des investisseurs", conclut notre interlocuteur.

Les ETF à l’international : poids, adoption et tendances

Sur la scène mondiale, les ETF ne sont plus des produits de niche réservés à certains marchés sophistiqués : ils constituent aujourd’hui une part majeure de l’industrie de l’investissement.

Selon le dernier rapport de la firme de recherche ETFGI, les actifs investis dans les ETF cotés mondialement ont atteint un nouveau record de 19.850 milliards de dollars à la fin de l’année 2025, dépassant nettement le niveau observé en 2024 et traduisant une progression annuelle d’environ 34% des encours globaux.

Cette progression s’explique à la fois par l’ampleur des flux nets, plus de 2.370 milliards de dollars d’inflows enregistrés sur l’année, ce qui constitue le niveau le plus élevé jamais observé, et par le prolongement d’une dynamique de collecte positive qui s’étend maintenant sur des plusieurs années consécutives.

L’industrie des ETF s’est ainsi imposée comme un vecteur de capitaux incontournable pour les investisseurs internationaux. Elle couvre aujourd’hui des milliers de produits listés sur plus de 80 Bourses dans plus de 60 pays, et associe une très large variété de stratégies : actions, obligations, matières premières, marchés émergents ou encore produits à gestion active.

Parmi les principaux acteurs du marché mondial, les géants BlackRock (via sa gamme iShares), Vanguard et State Street dominent toujours les encours, cumulant à eux seuls près de 60% des actifs totaux sous gestion.

Cette croissance à l’international montre que les ETF ne sont plus simplement des instruments de portefeuille ponctuels : ils représentent désormais une composante essentielle des allocations d’actifs, tant pour les investisseurs institutionnels que pour les particuliers. Ils servent de référence de marchés, facilitent la diversification globale et deviennent un étalon de liquidité sur les grands marchés développés et émergents.

Réforme des OPCVM. “Le potentiel est là, la mise en œuvre dépend des circulaires” (Sofia Skiredj)

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