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ECONOMIE

Maroc–Mondial 2030 : un choc d’investissement qui porterait la croissance potentielle à 4,6% (Marogest)

Selon Marogest, société de gestion, filiale du groupe Crédit agricole, le choc d’investissement lié à la Coupe du monde 2030 pourrait ajouter un point à la croissance potentielle du Maroc, la portant à 4,6% à l’horizon 2030. Cette trajectoire s’inscrirait dans un cadre macrofinancier jugé maîtrisé, avec un besoin de financement et une dette considérés comme soutenables, et sans pression structurelle attendue sur les taux d’intérêt.

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CDM 2030
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Le 16 février 2026 à 14h49 | Modifié 16 février 2026 à 14h49

Loin d’un simple événement sportif, la co-organisation de la Coupe du monde 2030 s’inscrit, selon Marogest, comme un choix macroéconomique structurant pour le Maroc. L’ampleur des investissements engagés, leur calendrier et leur mode de financement dessinent une trajectoire inédite pour l’économie nationale à l’horizon 2030, avec un double enjeu : élever durablement le potentiel de croissance tout en maintenant les équilibres macrofinanciers sous contrôle.

Coût global du Mondial 2030 pour le Maroc: 150 milliards de DH

Le Royaume est entré dans une phase d’investissement public sans précédent. Infrastructures sportives, extension du réseau ferroviaire à grande vitesse, modernisation des aéroports, développement des infrastructures routières, renforcement de l’offre touristique, sanitaire et télécom : la préparation du Mondial 2030 transforme le Maroc en un vaste chantier structurant.

Faute d’annonce officielle consolidée, Marogest, dans sa note de recherche intitulée "La Coupe du monde 2030 : le pari économique du Maroc", évalue le coût global des projets liés au Mondial à plus de 150 milliards de dirhams, sur la base des enveloppes déjà communiquées.

Les seuls stades mobilisent près de 20,5 milliards de dirhams, tandis que l’extension de la LGV Kénitra-Marrakech représente un projet de 96 milliards de dirhams, incluant infrastructures et matériel roulant. À cela s’ajoutent les investissements autoroutiers, aéroportuaires et touristiques.

Cette dynamique s’inscrit dans une tendance déjà soutenue : les investissements publics sont passés de 190 milliards de dirhams en 2014 à 340 milliards en 2025, soit une progression annuelle moyenne de 5,4%.

Une trajectoire de croissance en rupture avec le passé

L’analyse prospective de Marogest repose sur l’hypothèse que ce choc d’investissement se traduira par un gain d’un point de croissance potentielle, portant la croissance moyenne à 4,6% à l’horizon 2030, contre 3,6% sur la période 2002-2025.

Cette projection s’appuie sur une lecture keynésienne assumée. Dans une économie où la demande intérieure demeure le principal moteur de l’activité, l’investissement public agit comme un levier puissant via l’effet multiplicateur.

Celui-ci reste toutefois partiellement contraint par les fuites structurelles : forte dépendance aux importations, prélèvements fiscaux et faible taux d’épargne des ménages. Au regard de ces paramètres, Marogest estime le multiplicateur autour de 1,08, un niveau jugé cohérent avec la trajectoire de croissance retenue.

Investissement et financement : un déséquilibre structurel assumé

Le renforcement de l’investissement intervient dans un contexte de déséquilibre persistant entre épargne nationale et formation brute de capital fixe. Ce décrochage, amorcé au milieu des années 2000, s’est accentué avec la montée en puissance des programmes d’infrastructures.

À l’horizon 2030, en intégrant l’effort additionnel lié au Mondial, l’investissement public atteindrait environ 388 milliards de dirhams, tandis que l’investissement privé, estimé à près de 10% du PIB, se maintiendrait autour de sa moyenne historique, soutenu par la nouvelle Charte de l’investissement et les partenariats public-privé.

Sous ces hypothèses, le besoin de financement de l’économie se stabiliserait autour de 3% du PIB. Pour Marogest, ce niveau ne constitue pas une anomalie conjoncturelle mais la traduction d’un modèle de croissance reposant sur un investissement élevé, financé par un recours structurel à l’endettement.

Déficit courant et dette : une lecture non alarmiste

Le déficit courant, miroir du besoin de financement interne, atteindrait lui aussi environ 3% du PIB à l’horizon 2030. Cette dégradation est attribuée principalement au creusement de la balance commerciale, dans un contexte où l’accélération de l’investissement n’est pas encore compensée par une substitution significative des importations.

L’expérience historique du Maroc montre que des déficits courants plus élevés ont été absorbés sans déstabilisation macroéconomique majeure, dès lors qu’ils s’inscrivent dans une dynamique de croissance.

S’agissant de la dette, la note insiste sur la distinction entre dette publique globale et dette du Trésor. À fin 2024, la dette du Trésor présente un niveau proche de 68% du PIB,

Un niveau jugé soutenable au regard des standards internationaux. Les indicateurs de charge de la dette demeurent maîtrisés, avec des intérêts inférieurs à 3% du PIB et une vulnérabilité extérieure limitée.

Taux d’intérêt : un scénario central de stabilité

Contrairement aux craintes généralement associées aux grands cycles d’investissement, Marogest estime que le financement du Mondial 2030 ne devrait pas générer de pression haussière structurelle sur les taux d’intérêt.

Trois facteurs sont avancés : l’étalement de l’effort budgétaire sur plusieurs années, le recours significatif aux financements concessionnels à long terme et un environnement macroéconomique stabilisé.

Le scénario central retient ainsi une légère dégradation du solde budgétaire, mais sans tension durable sur la liquidité ni renchérissement du coût de financement.

Un pari économique assumé

In fine, la Coupe du monde 2030 apparaît, selon Marogest, comme un pari macroéconomique structurant. Le Royaume accepte des déséquilibres transitoires – déficit courant, recours accru à l’endettement – dans l’objectif de rehausser durablement son potentiel de croissance.

La réussite de ce pari dépendra toutefois de la capacité à transformer l’impulsion conjoncturelle en gains de productivité structurels, à renforcer l’intégration locale des chaînes de valeur et à mieux mobiliser l’épargne nationale. À ces conditions, le Mondial 2030 pourrait marquer l’entrée du Maroc dans un nouveau cycle de croissance plus soutenu et plus résilient.

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Le 16 février 2026 à 14h49

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