Cette rencontre s’inscrit dans le prolongement du Conseil d’association UE-Maroc tenu le 29 janvier à Bruxelles ainsi que du nouveau Pacte pour la Méditerranée, qui constituent désormais le cadre stratégique de référence du partenariat entre les deux parties.
"2025 a marqué une année d’activité intense dans les relations UE-Maroc. La dernière année a été une période de grande activité de nos relations bilatérales", a déclaré, lors de son allocution, Dimiter Tzantchev, ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, rappelant l’impact direct des évolutions européennes et internationales sur la coopération avec le Royaume.
"Le Maroc est pour l’Union européenne un partenaire incontournable", a-t-il ajouté, évoquant une coopération étroite sur des enjeux majeurs tels que la migration, la lutte contre le changement climatique, la sécurité énergétique et la stabilité régionale. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, il a souligné que "la valeur des partenaires stratégiques comme le Maroc prend tout son sens".
"Le lancement du Pacte pour la Méditerranée est une initiative stratégique majeure visant à renouveler et renforcer les relations entre l’Union européenne et les pays du sud de la Méditerranée. Ce pacte repose sur trois piliers complémentaires : un pilier humain, un pilier économique et un pilier dédié à la paix et à la stabilité, et prévoit plus de 100 initiatives concrètes".
"Dans ce cadre, le programme Karama a un impact direct sur la vie quotidienne des citoyens marocains". Il a précisé que l’appui de l’Union européenne s’est traduit en 2025 par "un versement de 292 millions de DH, contribuant notamment à l’élargissement de l’assurance maladie obligatoire et à la digitalisation des aides sociales. À fin août 2025, plus de 4 millions de familles marocaines bénéficiaient d’aides sociales directes, incluant 5,5 millions d’enfants et 1,3 million de personnes âgées".
Une année 2025 record et des impacts concrets
"La banque de développement de l’Union européenne est basée à Luxembourg. Elle travaille en coordination étroite avec la délégation de l’UE, notamment dans le champ de la coopération. En effet, le partenariat entre la BEI, l’Union européenne et le Maroc est un partenariat de longue date engagé depuis 1979, soit presque cinq décennies de coopération", a rappelé Adrien de Bassompierre, chef de la représentation de la BEI au Maroc.
"Depuis le début de cette relation, la BEI a injecté plus de 10 milliards d’euros dans l’économie marocaine, avec une action orientée vers des impacts concrets , en cohérence avec les priorités du partenariat UE-Maroc et les priorités nationales du Royaume".
Depuis le début de cette relation, la BEI a injecté plus de 10 milliards d’euros dans l’économie marocaine
Sur le plan opérationnel, 2025 a marqué une année record pour la BEI au Maroc. Adrien de Bassompierre a indiqué que "740 millions d’euros de financements ont été signés, le niveau le plus élevé enregistré depuis 2012, confirmant une trajectoire de montée en puissance depuis 2022".
"Ces financements s’inscrivent dans une dynamique progressive, avec 22 millions d’euros en 2022, 320 millions en 2023, 500 millions en 2024, puis 740 millions en 2025, illustrant une accélération continue de l’engagement de la banque".
Dans le détail, "ces nouveaux engagements ont ciblé en priorité les infrastructures essentielles. Dans le secteur de l’eau potable et de la sécurité hydraulique, la BEI a signé un financement de 70 millions d’euros avec l’ONEE-Branche Eau, sous garantie de l’Union européenne, afin de moderniser les capacités de production et de transport de l’eau potable, en particulier dans les petites et moyennes villes et les zones rurales. L’impact recherché est la résilience hydrique, la santé publique et l’accès durable à l’eau potable".
Dans le domaine de la transition énergétique, la banque a engagé "170 millions d’euros avec l’ONEE-Branche Électricité, également sous garantie européenne et en cofinancement avec la KfW, pour la modernisation et l’extension du réseau électrique. L’objectif est de renforcer la stabilité du système électrique, la sécurité énergétique et l’intégration accrue des énergies renouvelables".
Un troisième engagement majeur a concerné la reconstruction post-séisme, avec la signature d’un accord de 500 millions d’euros, correspondant à la deuxième tranche d’un programme global d’un milliard d’euros, garanti par l’Union européenne. Ce financement vise la réhabilitation des routes, des écoles et des infrastructures de santé, contribuant au rétablissement des services essentiels, mais aussi à la reprise économique et au désenclavement des zones affectées.
"La BEI a également poursuivi la mise en œuvre de projets antérieurs. En 2025, 180 millions d’euros ont été décaissés dans le secteur public, notamment en faveur de l’amélioration de la scolarisation en milieu rural, du développement urbain, du renforcement des réseaux d’eau et d’électricité, ainsi que de la sécurité et de la décarbonation des transports ferroviaires et routiers".
180 millions d’euros ont été décaissés dans le secteur public
"Dans le secteur privé, 30 millions d’euros ont été décaissés au profit de la Banque Centrale Populaire, dans le cadre d’un programme soutenu par l’Union européenne visant à renforcer les chaînes de valeur dans l’automobile, le textile et l’agroalimentaire, et à améliorer la compétitivité des PME marocaines exportatrices".
Priorités 2026 : continuité, montée en puissance et matérialisation des engagements
S’agissant des perspectives, Adrien de Bassompierre a indiqué que l’année 2026 s’inscrira dans une logique de continuité, avec l'objectif de "poursuivre le soutien au déploiement des infrastructures essentielles, en cohérence avec les priorités du partenariat entre l’Union européenne et le Maroc".
"La transition énergétique, la résilience climatique et la sécurité hydrique resteront au cœur des priorités de la Banque européenne d’investissement. À ce titre, la BEI entend poursuivre son appui au plan d’équipement de l’ONEE, tant pour la branche eau que pour la branche électricité, afin de renforcer les réseaux et de permettre la décarbonation progressive du système électrique marocain".
Dans le domaine énergétique, la banque a également indiqué qu’elle examinera "avec attention" les opportunités liées à la production d’hydrogène vert ainsi qu’à l’efficacité énergétique, dans la continuité des engagements déjà pris en faveur de la transition verte.
"Le transport et la mobilité durable constitueront un autre axe structurant en 2026, avec un accent mis sur la résilience des infrastructures, leur adaptation au changement climatique et leur verdissement, aussi bien pour le transport ferroviaire que routier".
Les infrastructures sociales feront également partie des priorités, notamment dans le secteur de l’enseignement supérieur. Adrien de Bassompierre a ajouté que la BEI espère pouvoir réaliser un nouvel engagement en faveur des universités dès 2026, dans une logique de renforcement du capital humain.
Ces orientations rejoignent les axes mis en avant dans le partenariat UE-Maroc, qui met l’accent sur le développement humain, la cohésion territoriale et la croissance inclusive, tels que détaillés dans les programmes européens d’appui budgétaire présentés dans le communiqué.
"La transition numérique constitue un autre domaine d’attention pour la BEI. Dans ce cadre, Adrien de Bassompierre a rappelé l’implication de la banque dans le financement du câble sous-marin Medusa, dont une première arrivée au Maroc a eu lieu en décembre. La BEI étudie désormais des investissements complémentaires afin de renforcer l’interconnectivité numérique entre les deux rives de la Méditerranée, en ligne avec les objectifs du programme Global Gateway".
Un axe important pour 2026 concernera également le développement territorial. "La BEI a à l’étude plusieurs opérations visant à appuyer directement les régions, en finançant l’expansion des infrastructures et l’amélioration des services régionaux. L’objectif est de renforcer l’attractivité des territoires, notamment pour le secteur privé, et de favoriser la création d’opportunités économiques locales".
"Le soutien au secteur privé et à l’emploi restera enfin un pilier central de l’action de la BEI. La banque continuera d’appuyer l’accès au financement des PME via les institutions financières marocaines, avec deux opérations actuellement à l’étude, ainsi qu’un partenariat en cours de finalisation avec le fonds MedSIF, destiné à soutenir les investissements productifs".
Le soutien au secteur privé et à l’emploi restera un axe central de l’action de la BEI. "La banque continuera d’appuyer l’accès au financement des PME via les institutions financières marocaines, avec deux opérations actuellement à l’étude". Adrien de Bassompierre a également précisé que des discussions étaient en cours avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement afin de soutenir certains de ses programmes, notamment le programme CapAccess, ainsi que des projets liés à la décarbonation des entreprises, aux infrastructures durables et à des prises de participation dans des fonds climatiques de capital-risque, sous réserve d’approbation finale".
Deux opérations de soutien au financement des PME, menées avec des institutions financières marocaines, sont à l’étude, parallèlement à des discussions avec le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement
2,5 milliards de DH mobilisés par l’Union européenne en 2025
L'Union européenne a mobilisé en 2025 près de 2,5 MMDH en faveur du Maroc, dans le cadre de ses appuis budgétaires directs. Selon les données présentées lors de la conférence de presse, ces financements, versés au Trésor marocain, visent à accompagner les réformes structurelles et les politiques publiques prioritaires du Royaume.
Ces appuis couvrent plusieurs programmes clés, dont Karama, dédié à la généralisation de la protection sociale, ESRIM pour l’enseignement supérieur, la recherche et la mobilité, ainsi que des programmes portant sur la transition verte, l’inclusion financière, le développement des zones rurales et de montagne et la modernisation de l’administration publique. Les décaissements sont effectués selon le principe de l’appui budgétaire, conditionnés à l’atteinte d’indicateurs précis et à la mise en œuvre effective des réformes.
Au total, ces 2,48 MMDH, soit environ 233 millions d’euros, illustrent l’ampleur de l’engagement financier de l’Union européenne au Maroc en 2025, en complément des financements projets portés par la BEI, et s’inscrivent dans le cadre du nouveau Pacte pour la Méditerranée et de l’initiative Global Gateway.
