Les tensions géopolitiques entre Israël, les États-Unis et l’Iran constituent bien entendu un facteur de risque pour les marchés financiers. Le marché boursier marocain n’y a pas échappé. La Bourse de Casablanca a ainsi décroché lors des séances des 2 et 3 mars 2026, avec une baisse cumulée d’environ 10%, dans un contexte marqué par une forte aversion au risque des investisseurs.
Cette réaction s’explique notamment par les craintes d’un choc énergétique. Une hausse du pétrole pourrait en effet raviver l’inflation importée au Maroc et exercer une pression sur les perspectives de croissance et sur les taux d’intérêt.
Après ce décrochage, le marché a toutefois rebondi lors des séances des 4 et 5 mars, avec une hausse d’environ 6%, effaçant une partie des pertes.
Dans ce contexte, une question se pose : comment l’évolution du dollar, du pétrole ou encore du charbon peut-elle influencer les entreprises cotées à la Bourse de Casablanca ? Surtout, quelles sont celles qui y sont le plus exposées ?
L’effet dollar sur la cote casablancaise
Sur le marché des changes, l’évolution du dollar constitue un facteur à suivre pour certaines entreprises cotées, notamment celles dont une partie de l’activité est réalisée à l’international.
La paire USD/MAD a enregistré une légère baisse lors de la semaine du 23 au 27 février, le dollar s’inscrivant en recul d’environ 0,15% face au dirham.
Sur le marché des changes, le dollar s’est légèrement apprécié face au dirham au début du mois de mars. La paire USD/MAD affiche une progression d’environ 1,4% sur un mois. Sur la semaine du 2 au 6 mars, elle est ainsi passée d’environ 9,23 à 9,32 DH, soit une appréciation proche de 1% du dollar face au dirham.
"Les tensions géopolitiques ont alimenté un mouvement classique de fuite vers les actifs refuges, dont le billet vert reste la principale référence. La paire EUR/USD a ainsi reculé de plus de 1% au début de la semaine du 2 mars, sous l’effet d’une demande accrue pour la devise américaine. Le dollar a également progressé face à plusieurs grandes devises, porté par l’aversion au risque des investisseurs et par la remontée des prix de l’énergie", nous explique un analyste de la place.
Deux mécanismes expliquent généralement ce type de mouvement. "Le premier tient à l’effet valeur refuge. Lorsque les tensions géopolitiques s’intensifient, les investisseurs réallouent une partie de leurs capitaux vers les actifs jugés les plus liquides et les plus sûrs, au premier rang desquels figurent le dollar et les obligations du Trésor américain. Le second mécanisme est lié au marché de l’énergie".
"Le conflit autour de l’Iran ravive les inquiétudes sur la sécurité de l’approvisionnement mondial, notamment autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial. La hausse des prix de l’énergie qui en résulte tend à pénaliser davantage les économies fortement dépendantes des importations énergétiques, en particulier en Europe, ce qui contribue à affaiblir l’euro face au dollar".
Pour certaines entreprises cotées à Casablanca, "l’évolution du dollar peut se répercuter dans les comptes lorsque l’activité comporte une forte dimension internationale. L’effet se matérialise au moment de la conversion des revenus réalisés en devises dans les comptes consolidés exprimés en dirhams. Lorsque le billet vert s’apprécie, les ventes facturées en dollars se traduisent mécaniquement par un montant plus élevé une fois converties en dirhams. À l’inverse, un dollar plus faible peut atténuer la croissance apparente des revenus exprimés dans la monnaie locale".
"Cette logique concerne notamment HPS, dont l’activité est largement tournée vers les marchés internationaux. Le groupe déploie ses solutions de paiement dans de nombreux pays et réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires hors du Maroc, ce qui rend ses revenus sensibles aux fluctuations des devises lors de leur conversion en dirhams".
"Le mécanisme apparaît également chez Mutandis, qui réalise une partie de ses ventes à l’international, notamment aux États-Unis à travers sa marque Season. Dans ce cas, les performances commerciales peuvent être influencées par l’évolution du dollar : une progression du chiffre d’affaires en devise peut apparaître plus modérée une fois convertie en dirhams si la devise américaine s’affaiblit, et inversement lorsque le billet vert se renforce".
Charbon : une variable clé pour Taqa Morocco
Pour Taqa Morocco, l’évolution du charbon thermique, généralement indexé sur le benchmark international de Newcastle, se répercute directement sur les équilibres financiers de la centrale de Jorf Lasfar. Ce combustible constitue en effet le principal intrant énergétique utilisé pour la production d’électricité et représente une part importante des frais d’exploitation de l’installation.
"La centrale opère dans le cadre d’un contrat de fourniture d’électricité de long terme avec l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE). Ce type de contrat, connu sous le nom de Power Purchase Agreement (PPA), fixe les conditions de vente de l’électricité et assure des revenus contractuellement définis pour l’exploitant sur une longue période", explique l’analyste de la place.
Le prix du charbon de référence évolue actuellement autour de 129 dollars la tonne, contre un point bas proche de 90 dollars il y a quelques mois, soit une progression de plus de 30% sur un an.
À cette variable s’ajoute l’effet du taux de change. Le charbon étant importé et libellé en dollars, l’évolution de la parité USD/MAD influence directement le coût d’approvisionnement.
"Une appréciation du dollar renchérit mécaniquement le coût d’approvisionnement en charbon, celui-ci étant importé et payé en devise américaine".
"Au final, l’équilibre économique de l’activité thermique repose sur deux variables macroéconomiques étroitement liées : le niveau des prix du charbon sur le marché international et l’évolution de la parité dollar-dirham. Ces deux facteurs déterminent l’évolution des frais d’énergie et, par conséquent, celle du chiffre d’affaires généré par la centrale de Jorf Lasfar".
Pétrole : un facteur macroéconomique clé pour les marchés
Le 6 mars, les marchés pétroliers ont fortement réagi à l’escalade des tensions au Moyen-Orient. Les déclarations de Donald Trump affirmant vouloir poursuivre les opérations militaires jusqu’à la "capitulation totale" de l’Iran ont ravivé les craintes des investisseurs quant à une perturbation de l’offre énergétique dans la région. Les inquiétudes portent notamment sur les infrastructures pétrolières et sur le détroit d’Ormuz, un corridor stratégique par lequel transite une part importante du commerce mondial de pétrole.
Dans ce contexte, les prix du brut ont nettement progressé. Le Brent, référence internationale du marché pétrolier, a atteint 91,89 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis avril 2024. Le brut américain West Texas Intermediate (WTI) a également enregistré une forte hausse, grimpant brièvement à 89,62 dollars, soit une progression d’environ 10,6% en séance, avant de se stabiliser légèrement.
"La hausse des prix du pétrole agit sur les marchés financiers à travers une chaîne de transmission qui dépasse largement le seul secteur énergétique. Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les investisseurs redoutent d’abord une perturbation des flux pétroliers, notamment autour du détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le commerce mondial d’hydrocarbures. Cette crainte se traduit immédiatement par une remontée des cours du baril".
"Mais l’impact du pétrole ne se limite pas au marché de l’énergie. Il se diffuse progressivement à l’ensemble de l’économie. Le pétrole constitue en effet un intrant essentiel pour le transport maritime, le transport routier, la logistique et une partie de l’activité industrielle. Lorsque le prix du baril augmente, les coûts de transport et de fret tendent à progresser, ce qui peut renchérir les chaînes d’approvisionnement internationales. Cette hausse se transmet ensuite aux coûts des matières premières, aux prix des biens importés et, plus largement, à l’inflation".
"Pour une économie comme celle du Maroc, fortement dépendante des importations d’énergie, cette dynamique est particulièrement surveillée par les investisseurs. Une hausse durable du pétrole peut alourdir la facture énergétique nationale, accentuer les pressions inflationnistes et peser sur les équilibres macroéconomiques. Sur le marché boursier, cette perspective peut inciter les investisseurs à adopter une attitude plus prudente, car elle introduit davantage d’incertitude sur l’évolution des coûts, de l’inflation et de la croissance".
Source: medias24.com
