Le MASI 20, qui regroupe les principales valeurs de la cote, enregistre un repli d’environ 13,5% depuis le début de 2026. Une baisse plus marquée que celle du MASI, qui s’établit autour de 10% sur la même période.
Cet écart illustre la pression qui s’exerce sur les poids lourds du marché, habituellement moteurs de la performance de la place casablancaise. Les banques, les industrielles ou les grandes valeurs de services figurent parmi les titres les plus sensibles dans cette séquence de marché.
La dynamique baissière s’était d’ailleurs déjà installée avant l’escalade géopolitique autour de l’Iran intervenue à la fin du mois de février. À cette date, le marché affichait déjà un mouvement de repli : sur le seul mois de février, le MASI avait cédé 2,8%, tandis que le MASI 20 reculait de 4,4%. Depuis le début de l’année, la baisse atteignait déjà -3,75% pour le MASI et -7,1% pour le MASI 20, confirmant une correction plus marquée sur les grandes capitalisations.
Dans ce contexte, une question s’impose sur la place casablancaise : qu’est-ce qui explique la contre-performance des grandes capitalisations depuis le début de l’année ?
Le rôle des rachats d’OPCVM dans la pression sur les grandes capitalisations
Pour plusieurs analystes du marché, la contre-performance des grandes capitalisations s’explique avant tout par des mouvements de rachat observés sur les OPCVM.
"Une partie de la pression observée sur les grandes valeurs provient des flux des OPCVM. Lorsque les investisseurs procèdent à des rachats de parts, les gérants doivent mobiliser rapidement de la liquidité, ce qui les conduit souvent à vendre les titres les plus liquides de leurs portefeuilles", résume l’un de ces analystes.
"Ce mécanisme exerce une pression particulière sur les grandes capitalisations de la cote. Le MASI 20 n’est pas en soi un indice de référence pour les OPCVM, dont les allocations sont généralement construites autour du MASI. Or la composition de cet indice conduit naturellement à une forte exposition aux valeurs les plus importantes du marché".
"Dans beaucoup de portefeuilles institutionnels, l’exposition au marché actions est calibrée par rapport au MASI. Lorsqu’un fonds affiche par exemple une pondération d’environ 60% sur cet indice, cela se traduit par une présence importante des grandes capitalisations. En cas de rachats, les gérants passent donc souvent par ces valeurs pour générer de la liquidité", explique un analyste de la place.
"Il faut également souligner que la Bourse de Casablanca connaît, durant ces premiers mois de l’année, un niveau de liquidité relativement limité. Dans ce contexte, même des ajustements de portefeuilles modestes peuvent se traduire par des mouvements de prix plus marqués".
En effet, à la date du 27 février 2026, "les souscriptions dans les OPCVM atteignaient près de 15,7 milliards de dirhams, tandis que les rachats totalisaient environ 38 milliards de dirhams, soit des sorties nettes de l’ordre de 22,3 milliards de dirhams".
"Dans le détail, ces flux proviennent essentiellement des fonds obligataires. Les OPCVM investis en obligations moyen et long termes enregistrent à eux seuls près de 15,8 milliards de dirhams de sorties nettes, tandis que les fonds monétaires affichent également un recul d’environ 6,2 milliards de dirhams. Les fonds actions, de leur côté, ne représentent qu’une part marginale de ces mouvements, avec des sorties nettes proches de 160 millions de dirhams".
"Cette configuration reste toutefois cohérente avec la structure de l’industrie de la gestion d’actifs au Maroc, largement dominée par les fonds monétaires et obligataires, tandis que les OPCVM actions occupent une place plus limitée dans les encours".
Pour plusieurs professionnels du marché, ces flux traduisent avant tout un mouvement de rééquilibrage des portefeuilles dans un environnement marqué par une remontée de l’attractivité des bons du Trésor. "Les rendements sur certaines maturités se sont redressés ces derniers mois. Dans ce contexte, les investisseurs peuvent être amenés à arbitrer entre classes d’actifs et à renforcer leur exposition aux instruments obligataires", conclut un analyste de la place.
Plusieurs facteurs derrière la correction des grandes capitalisations
Au-delà des mouvements observés dans l’industrie des OPCVM, plusieurs analystes soulignent que la correction actuelle s’inscrit également dans un contexte de prises de bénéfices après plusieurs années particulièrement favorables pour la Bourse de Casablanca. Le marché sort en effet d’une séquence de forte progression, ce qui incite certains investisseurs à sécuriser une partie de leurs gains.
À cela s’ajoute un facteur plus conjoncturel lié au climat international. Les tensions géopolitiques apparues à la fin du mois de février, notamment autour du détroit d’Ormuz et de l’escalade entre les États-Unis, Israël et l’Iran, ont contribué à raviver l’aversion au risque sur les marchés financiers. Dans ce type d’environnement, les réactions des investisseurs peuvent devenir plus sensibles aux facteurs émotionnels et à l’incertitude.
En effet, la volatilité observée en février s’est intensifiée avec ces développements géopolitiques, qui ont alimenté un regain de prudence chez les investisseurs.
Pour autant, ces éléments s’inscrivent dans une phase d’ajustement du marché plutôt que dans une remise en cause des fondamentaux. Le rapport souligne en effet que la correction actuelle intervient dans un marché "en manque de catalyseurs après trois années hors-norme", où les investisseurs cherchent progressivement un nouveau point d’équilibre pour les valorisations.

Source: medias24.com
