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Géopolitique

Guerre d’Iran. Les Kurdes iraniens peuvent-ils vraiment ouvrir un nouveau front contre Téhéran ?

Alors que Washington et Tel-Aviv évoquent la "carte kurde" pour fragiliser la République islamique, certains groupes d’opposition kurdes iraniens se disent prêts à passer à l’action. Mais entre coalition fragile, contraintes irakiennes et équilibres régionaux, leur capacité réelle à ouvrir un nouveau front reste incertaine.

Guerre d’Iran. Les Kurdes iraniens peuvent-ils vraiment ouvrir un nouveau front contre Téhéran ?
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Le 12 mars 2026 à 14h43 | Modifié 13 mars 2026 à 7h55

Depuis le début de la guerre d'Iran, le 28 février 2026, ils sont une multitude d'acteurs à chercher à influer sur le cours des événements. Mais il y en a un, en particulier, qui concentre aujourd’hui une bonne partie des attentions, ce sont les Kurdes iraniens.

Estimée à environ 8 à 10 millions de personnes, soit quasiment un Iranien sur dix, cette population, également présente en Irak, en Syrie, et surtout en Turquie, semble apparaître comme un potentiel levier intérieur et transfrontalier, aux yeux de Tel-Aviv et de Washington, pour ouvrir un front supplémentaire contre le régime de la "République islamique".

En effet, s'appuyant sur plusieurs personnes "au fait", la chaîne de télévision américaine CNN assurait, le 3 mars 2026, que la CIA, l'Agence centrale de renseignement des États-Unis, "s’emploie à armer des forces kurdes afin de provoquer un soulèvement populaire en Iran". Et de citer notamment le Parti démocratique du Kurdistan d'Iran (PDKI), une formation historique d'opposition basée aujourd'hui à Koy Sanjaq, dans le Kurdistan irakien, et dont il se trouvait que le secrétaire général, Mustafa Hijri, venait d'avoir la veille un entretien téléphonique avec le président américain, Donald Trump.

Lequel Donald Trump, après s'être montré enthousiasmé le 5 mars 2026 par l'idée d'une implication kurde dans le conflit, a viré sa cuti deux jours plus tard seulement en déclarant ne "pas [en] vouloir", après avoir été interrogé par des journalistes.

Mais quoi qu'il en soit, les forces kurdes iraniennes ont-elles, in fine, la capacité de peser contre Téhéran ? Et si oui, de quelle manière exactement ?

Un rappel utile face aux simplifications

Pour répondre à ces questions élémentaires, Médias24 a posé la question à Mehmet Yildiz, lui-même d'origine kurde et président, par le passé, du Centre kurde des droits de l’Homme à Genève.

À ce titre, il a insisté, au cours de notre échange, sur la nécessité de faire la part des choses et de ne pas se laisser aller aux discours réducteurs "présent[ant] souvent les Kurdes comme de facto "séparatistes" ou comme des "agents/proxys d’Israël/des États-Unis"".

"En Turquie, le ministre des Affaires étrangères [Hakan Fidan, NDLR] et le ministre du Trésor et des Finances [Mehmet Simsek, NDLR] sont d’origine kurde, et quasiment la moitié des électeurs kurdes votent pour [le président Recep Tayyip] Erdogan. Tandis que le reste vote principalement pour l’extension légale du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) en Turquie, c’est-à-dire le parti DEM (Parti de l'égalité et de la démocratie des peuples), tout de même troisième parti ayant le plus de sièges à la Grande Assemblée nationale et qui politiquement se place plutôt au centre-gauche et est social-démocrate", rappelle notamment notre interlocuteur.

Il souligne aussi, dans le même sens, qu'aussi bien en Turquie qu'en Iran, en Irak et en Syrie, "il y a comme un consensus général kurde de vouloir intégrer les États plutôt que de s’en séparer".

La coalition du 22 février change la donne

Mais concernant plus particulièrement le cas du Kurdistan iranien, il faut dire que la chronique récente a été alimentée par la formation, le 22 février 2026 à Koy Sanjaq, d'une coalition historiquement inédite comprenant à la fois le PDKI, déjà cité plus haut, le Parti pour une vie libre du Kurdistan (PJAK), le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), l'Organisation de lutte du Kurdistan d'Iran "Khabat" et le Komala des travailleurs du Kurdistan. Des formations au référentiel idéologique hétéroclite, "allant du nationalisme séculier du PDKI au confédéralisme démocratique inspiré du PKK pour le PJAK, en passant par les orientations marxistes du Komala", comme l'expose Mehmet Yildiz.

Et pourtant, ces différences, ou plutôt divergences, ces forces kurdes ont choisi de faire l'impasse dessus, en se fendant d'une déclaration commune mettant l'accent sur la réalisation du droit à l'autodétermination du peuple kurde et l'établissement d'une institution nationale et démocratique basée sur la volonté politique des Kurdes au Kurdistan iranien. Ce qui, dans le contexte de ce qui s'est passé depuis lors en Iran, a crédibilisé l'idée qu'ils seraient en passe de se lancer conjointement à l'assaut du territoire iranien.

Il faut dire aussi qu'ils ne manquent pas d'hommes pour mener une telle opération : 8.000 à 11.000 combattants, selon les estimations que nous a données Mehmet Yildiz, répartis entre 3.000 à 5.000 combattants pour le PDKI, 2.000 à 2.500 pour le PJAK, 1.000 à 1.500 pour le Komala (toutes branches incluses), et 1.500 à 2.000 pour le PAK, ainsi qu'une centaine de militants armés pour Khabat.

"La charte de la coalition, adoptée le 22 février, prévoit un "mécanisme conjoint pour la coordination politique et médiatique", ainsi qu'un "cadre partagé pour l'administration des territoires kurdes pendant une période de transition" en cas de chute du pouvoir iranien. Plus significativement, l'article 9 de la charte appelle à une "structure de commandement conjointe pour les Peshmergas [les forces armées du Kurdistan irakien, NDLR] et les guérillas", ce qui impliquerait une subordination des ailes armées des partis à une autorité collective. Cela pourrait inclure une répartition des rôles. Par exemple, le PJAK, avec son expérience de guérilla transfrontalière, pourrait se charger des opérations intérieures, tandis que le PDKI, avec ses réseaux en diaspora, gèrerait la diplomatie. Un calendrier pourrait émerger autour d'événements comme des grèves générales — ils en ont d'ailleurs appelé à une en janvier 2026, suivie dans 39 villes — ou des actions synchronisées avec des tensions régionales", détaille Mehmet Yildiz.

Une force réelle, mais des limites évidentes

Mais reste à savoir si tous ces éléments suffisent à préjuger d'une offensive future. Car en vérité, et cela seul l'avenir pourra le trancher de façon nette, la réponse pourrait bien être... non.

En effet, citant notamment des analyses de Rudaw, un média kurde basé à Erbil, capitale du Kurdistan irakien, et du Kurdish Peace Institute, un think tank américain consacré aux questions kurdes, Mehmet Yildiz est d'avis que la coalition du 22 février ne constituera pas davantage qu'une "plateforme politique". Partant, il estime qu'en ce qui s'agit en tout cas des prochains mois, "les scénarios les plus crédibles penchent vers une mobilisation politique et symbolique accrue, plutôt que des actions massives comme des prises de position, c'est-à-dire un contrôle territorial".

Et de faire, à cet égard, l'analogie avec la nouvelle politique du PKK, qui, après des décennies de combat pour l'indépendance puis l'autonomie des Kurdes en Turquie, avait mis fin, le 12 mai 2025, à la lutte armée et s'était dans la même foulée auto-dissoute, et ce à l'appel de son leader emblématique, Abdullah Ocalan.

Le facteur irakien, angle mort décisif

Qui plus est, depuis mars 2023 est en vigueur un accord entre l'Irak et l'Iran visant à sécuriser la frontière commune et à neutraliser les groupes d'opposition kurdes iraniens basés au Kurdistan irakien. Un texte qui, comme l'explique Mehmet Yildiz, "oblige Bagdad à désarmer et relocaliser les groupes kurdes iraniens vers des zones contrôlées par l'Irak central, loin des frontières, sous surveillance".

Cela étant, certains signaux laissent à penser que le régime iranien chercherait actuellement à ouvrir, directement ou indirectement, des canaux vers certains acteurs kurdes. Mehmet Yildiz pense que c'est le cas, et son espoir, tel qu'il le formule, est que "ce dialogue mènera à des résolutions concrètes qui décriminalisent les Kurdes, car pour [s]a part c’est surtout de cela qu’il s’agit : la protection des civils kurdes".

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Le 12 mars 2026 à 14h43

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