Aide au transport : ce que l’on sait des subventions, ce qui inquiète les industriels
Alors que le gouvernement annonce une nouvelle opération d’aide exceptionnelle au profit des professionnels du transport pour faire face à la hausse des carburants, les détails du dispositif ne sont pas encore connus. Parallèlement, l’exclusion présumée des industriels disposant de leur propre flotte logistique soulève des inquiétudes quant à l’impact réel de cette mesure sur les coûts de distribution et, in fine, sur les prix à la consommation et in fine, sur la compétitivité des industriels concernés.
Face à la flambée des cours du pétrole sur les marchés internationaux et à leur répercussion sur les prix des hydrocarbures au niveau national, le gouvernement relance une opération d’aide exceptionnelle destinée aux professionnels du transport de marchandises et de personnes. Une mesure qui vise, selon l’exécutif, à contenir l’impact de la hausse des coûts énergétiques sur les prix et à préserver le pouvoir d’achat des ménages.
À compter du vendredi 20 mars, les transporteurs concernés pourront s’inscrire sur la plateforme dédiée mouakaba.transport.gov.ma afin de déposer leurs demandes selon leurs catégories et d’en assurer le suivi électronique. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité des opérations similaires mises en place ces dernières années.
Selon l’annonce, l’aide cible plusieurs segments du secteur :
- transport de marchandises ;
- transport public et privé de voyageurs ;
- petits et grands taxis ;
- transport mixte en milieu rural ;
- autocars interurbains ;
- autobus ;
- transport touristique.
La question du transport scolaire reste toutefois posée. Lors des précédentes opérations, ce segment avait été intégré durant les périodes de cours, mais exclu pendant les vacances estivales en raison de l’arrêt de l’activité.
Des montants toujours pas annoncés
À ce stade, aucun montant n’a été officiellement communiqué pour cette nouvelle opération.
À titre indicatif, les aides accordées lors du dispositif lancé en 2022 prévoyaient notamment une subvention de 2.200 DH pour les grands taxis, 1.600 DH pour les petits taxis et 1.800 DH pour les véhicules de transport mixte en milieu rural. Les autocars interurbains bénéficiaient d’un soutien de 7.000 DH, contre 6.200 DH pour les autobus.
Dans le transport touristique, les autocars de première série recevaient 2.800 DH, les minibus de deuxième série 1.400 DH et les véhicules de troisième série (TGR/TLS) 1.000 DH.
Concernant le transport de marchandises pour compte d’autrui, l’aide s’élevait à 1.000 DH pour les véhicules de dépannage, 2.600 DH pour les camions dont le PTAC est compris entre 3,5 et 14 tonnes, 3.400 DH pour ceux entre 14 et 19 tonnes, 4.200 DH au-delà de 19 tonnes et 6.000 DH pour les tracteurs routiers.
Les professionnels du transport de personnel pour le compte d’autrui bénéficiaient, quant à eux, d’une aide de 1.200 DH par véhicule, tandis que le transport scolaire pour le compte d’autrui recevait 1.000 DH par unité.
Concernant les conditions d’éligibilité, les dispositifs précédents exigeaient notamment l’attestation de paiement de la taxe spéciale annuelle sur les véhicules, ainsi qu’une autorisation ou une feuille de circulation valide. Faute de précisions nouvelles, ces critères pourraient être reconduits.
La flotte logistique des industriels exclue du périmètre
Une autre interrogation majeure concerne les entreprises industrielles ou commerciales disposant de leur propre flotte logistique. Selon des témoignages recueillis par Médias24 auprès d’industriels, ces opérateurs ne sont pas éligibles, l’aide étant réservée aux professionnels dont le transport constitue l’activité principale. Certaines sociétés affirment ainsi exploiter quotidiennement des dizaines de camions pour la distribution de produits de grande consommation sans pouvoir bénéficier du dispositif.
Cette situation soulève un enjeu économique plus large. Si l’objectif des aides est de limiter les hausses de prix pour les citoyens, l’exclusion des industriels intégrant le transport dans leur chaîne de valeur pourrait les contraindre à répercuter l’augmentation des coûts sur les prix finaux. Pour de nombreux producteurs, les dépenses liées au transport, à la logistique et à la distribution représentent entre 20% et 40% du chiffre d’affaires net, tandis que le carburant peut constituer entre 10% et 20% de ces charges.
Dans ce contexte, les professionnels attendent davantage de clarifications sur le périmètre exact des bénéficiaires, les montants qui seront accordés et la durée de cette nouvelle opération d’aide.
Autant d’éléments déterminants pour évaluer son impact réel sur l’inflation et sur la préservation du pouvoir d’achat.
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