img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
POLITIQUE

Formation continue. La loi 60-17 en cours de révision, la S.A. bientôt créée

EXCLUSIF. Une page est sur le point de se tourner dans la gestion de la formation continue au Maroc. Le dispositif actuel, structuré autour de l’OFPPT depuis 2018, devrait céder la place à une nouvelle architecture portée par une société anonyme, dans un contexte de remise en cause croissante de la gouvernance et des performances du système.

Formation continue. La loi 60-17 en cours de révision, la S.A. bientôt créée
Par
Le 18 avril 2026 à 14h26 | Modifié 20 avril 2026 à 10h54

C'est un des dossiers chauds du dialogue social depuis plusieurs années. Et il est enfin en passe d'être réglé.

Selon des informations obtenues par Médias24, la loi n°60-17, relative à l'organisation de la formation continue, sera révisée dans les deux prochains mois. Au cœur de cet aggiornamento, attendu en juin 2026 précisément, figurent deux points qui n'ont cessé d'alimenter la controverse autour du texte depuis sa promulgation sous le gouvernement Saâd Dine El Otmani — en octobre 2018 — : la gouvernance de la formation continue au Maroc et l'architecture institutionnelle dédiée à sa gestion.

En effet, le ministre de l'Emploi, Younès Sekkouri, va, concrètement, mettre en place une société anonyme, qui, de ce fait, remplacera le dispositif actuel, fondé sur une structure administrative permanente intégrée à l’OFPPT (Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail).

À ce titre, le projet de loi modifiant la loi 60-17 sera déposé dans des délais très brefs et le nouveau système sera opérationnel à partir de fin juin.

Une gouvernance contestée

L’instance de gouvernance du dispositif de formation continue, telle que prévue par la loi 60.17, avait très tôt cristallisé les critiques à la fois du patronat et des syndicats. Dans leur ligne de mire notamment, l'emprise excessive qu'y exerce, de leur point de vue, l'État au détriment du reste des partenaires sociaux, alors même que ce sont les entreprises qui financent massivement le système via la taxe de formation professionnelle (TFP) — fixée à 1,6% de la masse salariale brute et collectée via la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) —, et que la formation continue touche par ailleurs au cœur des droits et des parcours des salariés.

Ainsi, sur un plan purement technique par exemple, cette prééminence se traduit, insistent les mêmes voix, dans la composition même de l’organe de gouvernance du dispositif, qui attribue huit sièges aux pouvoirs publics, contre quatre aux représentants des employeurs et quatre aux représentants des employés.

Un dispositif jugé peu praticable

Mais il y a plus : au-delà de son déséquilibre institutionnel, le dispositif a aussi été mis en cause pour son manque de praticité.

Dans son Livre blanc publié en octobre 2021, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) avançait, ainsi, qu’à peine 1% des entreprises assujetties à la TFP bénéficiaient des contrats spéciaux de formation (CSF), qui sont des mécanismes de financement permettant aux entreprises de se faire rembourser tout ou partie des dépenses engagées pour former leurs salariés. Derrière, l’obligation d’avancer les dépenses de formation avant de pouvoir prétendre à un remboursement ; des délais de traitement qui retardent le retour des fonds engagés ; des critères d’accès et des exigences documentaires peu compatibles avec les moyens administratifs de nombreuses entreprises ; des procédures de dépôt, de suivi et de liquidation des dossiers jugées lourdes ; la nécessité de réunir et de justifier un ensemble étoffé de pièces techniques et financières ; et, plus largement, un dispositif souvent perçu comme trop peu lisible et trop rigide pour être activé facilement à grande échelle, notamment par les TPME.

Des griefs partagés jusque par la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), dont le rapport final recommandait déjà, en mai 2021, de dissocier le financement de la formation continue de l’OFPPT et de le confier à un organe dédié, également chargé de la certification des compétences et de la validation des acquis professionnels. En creux, l'instance présidée à l'époque par l'actuel Haut-Commissaire au plan (HCP), Chakib Benmoussa, actait elle-même les fragilités structurelles d’un modèle peu apte à assurer, de manière efficace et lisible, la mobilisation des ressources consacrées à la formation continue.

La convergence des institutions

Plus récemment, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a mis à profit l'organisation, le 25 mars 2026, de la cent quatre-vingtième session ordinaire de son Assemblée générale pour adopter un projet d’avis portant sur la "Réforme de la formation continue dans le secteur privé", et dont le fin mot en était le même que celui de la CSMD, à savoir que le système actuel n’était plus en mesure de répondre efficacement aux besoins de montée en compétences, et qu’une réforme en profondeur s’imposait pour valoriser le capital humain, fluidifier l’accès à la formation continue et renforcer la compétitivité de l’entreprise.

En amont, à la suite d'une auto-saisine confiée à sa commission permanente chargée de l’emploi et des relations professionnelles, le CESE avait notamment ouvert, du 3 décembre 2025 au 5 janvier 2026, une consultation citoyenne sur sa plateforme Ouchariko pour documenter les perceptions relatives à l’accessibilité du dispositif, à ses instruments et à ses modalités d’application, recueillant 1.666 réponses pour 1.667 participants. Et il avait également reçu le 20 janvier, dans le même sens, Younès Sekkouri, dans l’objectif d’alimenter son auto-saisine par une audition institutionnelle.

Mais il faut dire aussi que le ministre n'avait pas attendu cette séquence pour mettre la main dans le cambouis. Dès novembre 2023, il avait annoncé, dans des déclarations publiques, la réforme du cadre de la formation continue, en pointant explicitement les limites de la loi 60.17, notamment en matière de gouvernance et d’efficacité du dispositif. Et c’est dans ce cadre que cette dernière avait fini par figurer, quelques mois plus tard, à l’ordre du jour de la session du dialogue social d’avril 2024, dont le communiqué final actait le principe d’une révision juridique et institutionnelle du dispositif de formation continue, consacrant ainsi son inscription parmi les chantiers prioritaires du compromis social tripartite.

Deux autres années supplémentaires se seront depuis lors écoulées, mais le dossier semble désormais toucher à son dénouement.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 18 avril 2026 à 14h26

à lire aussi

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026
Quoi de neuf

Article : Le trafic aérien en hausse de 11,15% à fin mars 2026

L'Office national des aéroports (ONDA) a annoncé que le trafic aérien commercial dans les aéroports du Royaume a enregistré 8.913.041 passagers à fin mars 2026, soit une croissance de 11,15% par rapport à la même période de l'année précédente.

Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi
Football

Article : Mondial 2026. Le double pivot, pierre angulaire du projet Ouahbi

Les deux milieux de terrain devant la défense constituent l’élément central du dispositif tactique du sélectionneur national. Un principe qui assure l’équilibre des Lions de l’Atlas, conditionne la récupération du ballon et la première phase de construction. Mais qui n’est pas sans risque.

SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib
SIAM 2026

Article : SIAM 2026 : malgré un taux de couverture de 60%, 450 communes rurales restent exclues des services financiers selon Bank Al-Maghrib

À Meknès, le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza a indiqué que 450 communes rurales restent sans services financiers malgré une couverture de 60%. Il a aussi annoncé l’équipement de 50 coopératives en TPE et rappelé que 25% des programmes d’éducation financière ont ciblé le monde rural.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité